Le successeur de Jean-Paul II, dont le charisme avait masqué la fragilité de l’Église catholique dans un monde en mutation, va être vite confronté à des défis redoutables liés à la chute des vocations, à la concurrence des autres religions et à l’évolution des mœurs. Il devra aussi rapidement remettre de l’ordre dans le gouvernement de l’Église, négligé par son prédécesseur, et répondre à ceux qui réclament une plus grande collégialité entre le pape, évêque de Rome, et les responsables des églises locales.
Le pape Wojtyla avait su donner au message de l’Église un écho sans précédent sur la scène internationale, qui masquait les failles de l’institution. Sa disparition a réveillé impatiences et exigences contradictoires au sein d’une communauté d’un milliard de catholiques éparpillés à travers le monde.
Le nouveau pape est attendu sur la synthèse qu’il saura faire entre deux visions différentes de la mission de l’Église face aux défis du 3e millénaire, l’une incarnée avant le conclave par le conservateur Joseph Ratzinger, gardien du dogme, et l’autre par Carlo Maria Martini, partisan d’une Église ouverte sur le monde. Malgré les apparences, l’Église catholique est aujourd’hui plus faible qu’au début du pontificat de Jean-Paul II il y a 26 ans : 17 % de la population mondiale se réclame du catholicisme (17,75 % en 1978), et le nombre de baptisés croît désormais moins vite que les naissances.
La vitalité du catholicisme en Asie et en Afrique ne permet plus de compenser la chute des vocations sur le Vieux Continent autrefois missionnaire : on comptait 416 329 prêtres en 1978, ils n’étaient plus que 405 450 en 2003. En revanche l’islam, les courants évangéliques inspirés du protestantisme et l’indifférence religieuse sont en pleine progression.
Aujourd’hui les trois quarts des catholiques se trouvent hors d’Europe, le continent de son expansion initiale, où son influence est en perte de vitesse.
Pourtant, relevait récemment le cardinal portugais José Saraiva Martins, « presque tous les problèmes » où l’on attend l’Église « naissent en Europe, notamment dans “le domaine de la bioéthique” ». C’est en Europe, et dans une moindre mesure en Amérique du Nord, que les mouvements catholiques contestataires sont les plus actifs. Ils s’inquiètent d’une aggravation du divorce entre l’Église catholique et la société moderne, notamment dans le domaine des mœurs (divorce, contraception, homosexualité, bioéthique), militent pour l’ordination des hommes mariés et des femmes, condamnent le « centralisme » de l’Église. Mais leurs voix, qui reflètent celles de la masse des catholiques non pratiquants désormais indifférents aux interdits de l’Église, sont très minoritaires dans l’institution. Même en Europe, les mouvements conservateurs de laïcs, choyés sous Jean-Paul II, ont aujourd’hui le vent en poupe. Les prochaines années devraient les voir s’exprimer avec force sur les questions de bioéthique, comme ils l’ont récemment fait aux États-Unis avec l’affaire Terry Schiavo, la jeune Américaine décédée après 15 ans de coma et l’interruption de son alimentation artificielle.
L’Église n’échappe pas non plus aux durcissements identitaires que connaissent toutes les religions. Une bonne partie du clergé et de nombreux fidèles, notamment dans les continents confrontés à la concurrence religieuse, restent attachés à ce qui fait sa spécificité : rigueur sur le plan des mœurs, prêtrise réservée aux hommes célibataires, importance donnée aux rituels.
Sur le dialogue interreligieux, Jean-Paul II laisse à son successeur un héritage d’initiatives (réconciliation avec les juifs, contacts avec l’islam) jugées par certains trop audacieuses. Dans le domaine de l’œcuménisme (relations entre confessions chrétiennes), le dossier dont hérite le nouveau pape est embourbé : depuis le retour à la liberté religieuse dans l’ancien empire soviétique, les catholiques ont souvent été accusés de prosélytisme par les Églises orthodoxes d’Europe centrale. Avec les protestants, l’opposition demeure sur la question de la primauté du pape.
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Le pape Wojtyla avait su donner au message de l’Église un écho sans précédent sur la scène internationale, qui masquait les failles de l’institution. Sa disparition a réveillé impatiences et exigences contradictoires au sein d’une communauté d’un milliard de catholiques éparpillés à...