Elles ont choisi de conjuguer le titre d’ambassadeur à tous les temps du plus-que-parfait. Mesdames les ambassadeurs, femmes, épouses et souvent mères, portent avec élégance et séduction une fonction qui leur va comme un gant. Mêlant à la fois savoir-faire et douceur, autorité et diplomatie, sans jamais rien perdre de leur charme naturel. Égales aux hommes, mais avec ce détail qui change, elles sont les parfaites ambassadrices de leur état. Aujourd’hui, Liu Xianghua, ambassadeur de Chine au Liban.
Le drapeau rouge fend le ciel, légèrement gris ce matin. La présence de la Chine dans cette artère de Ramlet el-Baïda s’impose d’emblée. Silencieuse et colorée. Pourtant, c’est en toute discrétion que la vie s’organise autour de l’ambassade et derrière ces étranges murs intérieurs d’un bleu étrange. Appartements de fonction, résidence de madame l’ambassadeur, mais aussi aire de sport, terrain de tennis et piscine, invisibles au regard des visiteurs. Liu Xianghua, qui passe le plus clair de son temps dans cet espace de vie et de travail, se sent comblée. « J’aime le travail d’équipe. Je dirige l’ambassade comme une famille. Je mets toute mon énergie dans mon travail, précise-t-elle. Dans les moments de loisir, je m’occupe de ma vie. » Sa vie, c’est, au Liban où elle a été nommée en septembre 2002, le grand air et la visite du pays, du sport, tous les soirs une heure et demie d’entraînement, suivi de quelques réceptions officielles. Mais la vie de Liu Xianghua, où qu’elle soit, c’est surtout le travail, le travail et encore le travail. « Les diplomates sont un peu comme des soldats au service de leur nation. » Il en a toujours été ainsi, et cela depuis qu’elle a obtenu son diplôme de l’Université de langues étrangères de Pékin, depuis qu’elle a « servi » son pays, le terme est d’elle, en tant que troisième secrétaire, second et premier secrétaire, chef de division, conseiller, directeur adjoint du département Asie de l’Est-Afrique du Nord au ministère des Affaires étrangères et enfin ambassadeur.
Une douce détermination
« J’aime ma vie et mon métier. Mon travail, c’est un message, une mission à délivrer », précise cette dame au visage lisse, à qui il est difficile de donner un âge ou de surprendre des émotions. Calme, réservée, elle répond à nos questions avec juste ce qu’il faut d’informations et dans un arabe parfait ; le dialogue est franc, même s’il est prudent. Il n’y a pas de barrières linguistiques entre nous, et pas de murs. Mais plutôt une grande muraille qui se dessine dans notre tête, un pont qui essaie de relier cette civilisation méconnue à notre petit pays. « Les Libanais ne connaissent pas la Chine, leurs regards sont encore tournés vers les pays arabes. Pourtant, l’avenir économique s’y construit jour après jour. » Liu Xianghua, elle, connaît parfaitement le Moyen-Orient, sa culture, sa politique et ses conflits. Elle a appris l’arabe en Chine, en 1977, durant quatre ans. « C’est une langue que j’ai toujours aimée. Et puis j’ai pensé qu’elle sera utile dans l’avenir. » Tous les quotidiens locaux, en arabe dans le texte, et qui traînent sur son immense bureau, sont dépouillés et analysés chaque matin. « Je le fais moi-même », souligne-t-elle. Lorsqu’elle épouse Li Cheng Wen, rencontré à la faculté, et qui embrasse également une carrière diplomatique, le couple s’envole pour l’Égypte où ils sont tous deux nommés secrétaires à l’ambassade. En 1987, elle rentre en Chine et accouche d’un Li Xiaufei. Deux ans plus tard, elle part en Israël faire des recherches et des analyses sur le conflit. « Pendant presque trois ans, j’ai appris l’autre face du problème, de même qu’une autre culture. » À son retour au pays, elle rejoint le ministère des Affaires étrangères et dépose ses bagages diplomatiques pour dix ans. « Pendant ce temps, et alors que je voulais être auprès de mon fils, lui donner un maximum d’affection, mon mari a été conseiller auprès de l’ambassade de Chine à Tunis, Oman et en Jordanie. Durant ces années, poursuit-elle, j’ai pu visiter, auprès de délégations chinoises, quelque 17 pays arabes, dont le Liban, que j’avais particulièrement apprécié. C’est un pays ouvert. Les Libanais sont polis et instruits, et les hommes ont un profond respect pour les femmes, dans le travail et dans la vie... » Sa mission, qu’elle tient à mener au mieux, durant ces quelques années, passe essentiellement par une meilleure compréhension des deux pays et un échange constant.
Lorsque sa mission sera achevée, dans quelques courtes années, « le temps passe tellement vite ! » s’exclame-t-elle, et que le Liban, espère-t-elle en même temps que nous, « aura trouvé une issue pacifique et heureuse à ce conflit et aura recouvré sa liberté et sa souveraineté », elle s’en ira retrouver son fils, qui a à présent 17 ans, pour ses premières années universitaires. « J’ai de très bons rapports avec lui, je suis plus une amie, une confidente, qu’une simple mère. »
Gageons tout de même qu’elle trouvera bien le moyen de poursuivre sa mission. Celle de continuer à faire briller, outre le rouge, les plus belles couleurs de son pays dans le monde.
Carla HENOUD
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Le drapeau rouge fend le ciel, légèrement gris ce matin. La présence de la Chine dans cette artère de Ramlet el-Baïda s’impose d’emblée. Silencieuse et colorée. Pourtant, c’est en toute discrétion que la vie s’organise autour de l’ambassade et derrière ces étranges murs intérieurs d’un bleu étrange....