«L e projet Sannine pourrait être la meilleure nouvelle pour le secteur touristique libanais depuis longtemps, mais, s’il n’est pas exécuté de façon professionnelle, il pourrait devenir un lourd fardeau pour toutes les parties impliquées, et surtout les investisseurs », écrit le cabinet de conseil immobilier Ramco dans son dernier rapport bimestriel. Dans un dossier consacré au projet qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, Ramco estime que le bruit suscité par la nationalité des propriétaires des terrains est un faux débat.
« C’est la validité du projet et la compétence de la compagnie de développement qui devraient préoccuper avant tout le gouvernement libanais et l’opinion publique », écrivent les auteurs. Si l’argent des investisseurs du Golfe est certes le bienvenu, la façon dont le projet sera vendu est déterminante, car les conséquences d’un échec éventuel rejailliraient négativement sur tout le pays, en raison de la taille de ce projet ambitieux.
« Le projet Sannine ne peut pas être vendu comme un schéma classique de développement immobilier », souligne Ramco, selon qui il faut qu’une « autorité de développement du meilleur calibre soit chargée dès le premier jour de la mise en œuvre d’un projet d’une telle taille et d’une telle complexité ». La prise en compte de la longueur de la phase de développement est cruciale, estime Ramco, qui souligne que les investisseurs du Golfe sont habitués à des projets immobiliers rentabilisés sur une courte période. Ces investisseurs « sont réputés pour avoir un horizon à court terme, une préférence pour la liquidité et une aversion au risque. Il leur faudra donc des preuves claires que le projet est faisable, viable et commercialisable sur le long terme ». Les auteurs du dossier insistent aussi sur la nécessité de proposer une stratégie de sortie à ces investisseurs, qui sont sollicités à hauteur de 1,4 milliard de dollars environ. Ramco effectue à cet égard une comparaison avec Solidere pour montrer que les projets de développement immobiliers sont des projets de long terme qui comportent des risques. Ceux qui ont investi dans la société chargée de reconstruire le centre-ville de Beyrouth ont en effet vu la valeur de leur action chuter de moitié. Il ne faut pas davantage négliger les risques commerciaux liés au projet, écrit Ramco. Ils procèdent essentiellement de sa taille : ce sont des milliers de villas, d’appartements ou autres habitations qui vont devoir trouver acquéreur. « Placer un tel stock, sans parler de sa construction, nécessitera des années, voire des décennies », soulignent les auteurs. La clientèle visée sont les ressortissants du Golfe, dont la demande augmente de plus en plus depuis les attentats du 11 septembre 2001. Mais cette clientèle ne manquera pas de comparer l’offre de Sannine avec celle d’autres villes et villages encore populaires, notamment en matière de prix, insiste Ramco. « En résumé, si le projet Sannine promet des bénéfices énormes, il comporte aussi des risques substantiels », concluent les experts en immobilier. Il est vrai que ce risque financier est assumé par des investisseurs privés, comme le soulignent les promoteurs de Sannine. Mais, en raison de sa taille, la réussite ou l’échec du projet aura des implications sur le pays tout entier.
S.R.
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« C’est la validité du projet et la compétence de la compagnie de développement qui devraient préoccuper avant tout le gouvernement libanais et l’opinion publique », écrivent les auteurs. Si l’argent des investisseurs du Golfe est certes le bienvenu, la façon dont le projet sera...