Dans son rapport annuel remis hier au Premier ministre, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’intéresse au « risque sectaire » et à ses conséquences sur les enfants et les adolescents.
L’organisation créée en 2002 met en lumière le risque de « désocialisation des enfants », notamment ceux élevés au sein de communautés, et met en garde contre « les discours de séduction » à l’intention des adolescents, en particulier sur Internet. « Dans un contexte général où les maltraitances d’enfants et les tentatives de suicide d’adolescents sont de plus en plus préoccupantes, il convient de s’arrêter sur les dangers que font courir à des enfants l’appartenance de leur famille à un groupe d’adeptes et sur les risques que prennent les adolescents sous l’influence de certains discours », peut-on lire dans le rapport de 115 pages.
L’organisation présidée par Jean-Louis Langlais donne l’exemple d’enfants élevés par un groupe ou considérés comme les enfants du gourou, à qui ils sont parfois « donnés », y compris sexuellement. Elle évoque aussi le sort d’un bébé de 17 mois dont la mort a pu être causée par un régime végétalien inadéquat.
La Mission invite en outre à protéger les adolescents, autre « catégorie » d’adeptes potentiels en raison de leur fragilité, à qui les sectes s’adressent de façon ciblée. Les Raëliens, sur leur site officiel, présentent ainsi le ralliement à leurs thèses comme une opportunité de « se faire des amis en France », note la Miviludes.
L’organisation, dont la mission est d’observer et d’analyser le phénomène sectaire, met aussi en garde contre « une mouvance très présente sur le réseau Internet et qui, pour recruter de nouveaux adeptes, profite de la vague gothique, posture esthétique très “tendance”, particulièrement en faveur chez les adolescents ».
Elle s’intéresse en particulier à la mouvance sataniste, dont les adeptes se rassemblent autour de valeurs communes telles que « des références antirépublicaines, de mêmes goûts musicaux, des pratiques sexuelles déviantes ou un goût prononcé pour la magie et/ou le vampirisme ».
La Mission a relevé en 2003 et 2004 deux suicides et deux meurtres susceptibles d’être rattachés au phénomène sataniste, que les auteurs du rapport lient également à l’augmentation des profanations de cimetières.
Messages de prévention
La Miviludes fait le point sur les actions entreprises par neuf ministères (Justice, Affaires étrangères, Intérieur, Défense, Économie, Éducation, Jeunesse, Solidarités, Emploi) pour lutter contre les sectes.
Au chapitre des progrès constatés l’an dernier, la Mission salue l’adoption des lois sur la bioéthique et sur les psychothérapies qui «devraient mettre un coup d’arrêt aux propagandes en faveur du clonage reproductif» et « mieux encadrer l’exercice d’une profession exposée à certaines
dérives ».
La Mission fait également huit propositions d’action destinées notamment à améliorer la prévention à l’égard des jeunes, à sensibiliser les milieux économiques et à développer la recherche universitaire.
En partenariat avec les ministères de l’Éducation et de la Jeunesse, la Miviludes s’engage à diffuser des messages de prévention dans l’audiovisuel et sur Internet. Elle veut favoriser la formation d’intervenants spécialisés dans la prise en charge des victimes d’emprise sectaire. Elle suggère aussi la rédaction de « documents soulignant les garanties dont doivent être entourés l’accueil des enfants et celui des personnes en situation de vulnérabilité ».
Pour la Miviludes, le caractère « sectaire » d’une organisation tient à sa capacité de « modifier la personnalité de ses adeptes en vue de favoriser l’allégeance inconditionnelle au clan et à son gourou ». Elle reconnaît aussi que « l’une des caractéristiques de l’emprise sectaire tient sans aucun doute à la difficulté d’en évaluer les dommages et d’en établir les responsables au regard de la loi ».
Selon un rapport parlementaire, il existerait en France quelque 200 sectes, dont la plupart comptent moins de 2000 membres. La plus importante, celle des Témoins de Jéhovah, comprendrait 130 000 adeptes.
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L’organisation créée en 2002 met en lumière le risque de « désocialisation des enfants », notamment ceux élevés au sein de communautés, et met en garde contre « les discours de séduction » à l’intention des adolescents, en particulier sur Internet. « Dans un contexte général où les maltraitances d’enfants et les tentatives de suicide d’adolescents sont de plus en plus préoccupantes, il convient de s’arrêter sur les dangers que font courir à des enfants l’appartenance de leur famille à un groupe d’adeptes et sur les risques que prennent les adolescents...