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Actualités - Reportage

Spécial Le Figaro Les Européens et le défi iranien

Pierre ROUSSELIN George W. Bush tient sa promesse faite lors de sa tournée en Europe. Les États-Unis vont enfin soutenir les négociations menées avec l’Iran par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, en offrant à Téhéran des incitations à l’abandon de ses ambitions nucléaires. Si les négociations échouent, les Européens s’engagent à soumettre le dossier au Conseil de sécurité de l’Onu en vue de l’adoption de sanctions. Le compromis transatlantique était nécessaire. Fera-t-il plier la République islamique ? Rien n’est moins sûr. Mais une chance est donnée à la diplomatie et l’on ne pourra plus reprocher au président Bush de ne croire qu’en la manière forte. Même si les Américains refusent toujours de cautionner le régime des mollahs en siégeant à la table des pourparlers, les Occidentaux travaillent désormais main dans la main. Aux négociateurs européens de jouer. Ils ont des atouts à abattre dont ils ne disposaient pas auparavant. Quand ils faisaient miroiter aux Iraniens la fourniture d’Airbus munis de réacteurs américains, ils n’étaient pas crédibles sans l’aval de Washington. De même pour l’adhésion de Téhéran à l’OMC : sans l’accord de Bush, il était illusoire d’en parler. Même si de vraies tractations peuvent maintenant s’engager, l’Iran n’abandonnera pas facilement toute volonté de se doter de l’arme nucléaire. Il ne le fera pas, en tout cas, au moment où conservateurs et modérés s’apprêtent à se disputer la présidentielle du 17 juin. Téhéran reste, malgré tout, sensible aux pressions internationales, surtout lorsqu’il fait face à un front uni. Ainsi a-t-il accepté, en novembre 2004, de suspendre provisoirement son programme d’enrichissement d’uranium pour la durée des négociations. Le changement d’attitude des États-Unis ne suffira pas à faire plier l’Iran, mais il permettra au moins de prolonger les pourparlers et de tester ses vraies intentions. Dans cette affaire, les trois grands pays européens ont un rôle majeur à jouer, vis-à-vis de Téhéran comme de Washington. Il s’agit de convaincre les deux parties qu’une issue négociée est dans le meilleur intérêt de chacun. Trop lourdement engagés en Irak, les États-Unis savent qu’ils n’ont pas d’option militaire crédible en Iran. Cela explique leur changement d’attitude. Pour que les Américains renoncent à plus long terme à un « changement de régime » à Téhéran, il faudra leur prouver qu’un régime de non-prolifération, efficace et vérifiable, peut être imposé par une voie négociée. Les Européens devront se montrer tout aussi persuasifs à l’égard des mollahs. Il va falloir les convaincre que la survie de leur régime dépend des concessions qu’ils seront prêts à faire à l’Occident. La négociation sera longue et difficile. Elle n’est pas perdue d’avance. Mais, compte tenu du rôle-clé de la République islamique au Moyen-Orient, du Liban à l’Afghanistan, elle n’aboutira que si l’on parvient à réinsérer l’Iran dans le jeu régional.


Pierre ROUSSELIN

George W. Bush tient sa promesse faite lors de sa tournée en Europe. Les États-Unis vont enfin soutenir les négociations menées avec l’Iran par la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, en offrant à Téhéran des incitations à l’abandon de ses ambitions nucléaires. Si les négociations échouent, les Européens s’engagent à soumettre le dossier au Conseil de sécurité de l’Onu en vue de l’adoption de sanctions.
Le compromis transatlantique était nécessaire. Fera-t-il plier la République islamique ? Rien n’est moins sûr. Mais une chance est donnée à la diplomatie et l’on ne pourra plus reprocher au président Bush de ne croire qu’en la manière forte. Même si les Américains refusent toujours de cautionner le régime des mollahs en siégeant à la table des pourparlers, les...