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Actualités - Chronologie

Festival Al-Bustan Brûlante actualité de la poésie de Nadia Tuéni (Photo)

C’est l’apanage des poètes d’être immortels... Une soirée avec la voix de Nadia Tuéni et tout un passé surgit brusquement. Lumineusement, douloureusement. Et la morsure n’a d’égal que l’éblouissement. Une scène presque vide avec un écran éteint, une chaise et une table. Pas de décor, c’est évident, les mots de Nadia Tuéni, expression d’une sensibilité originale, n’en n’ont pas besoin. Ils diffusent et charrient, avec tant de force, de tension mais aussi de sérenité, pensées, images et musicalité. Du côté de la scène, au pied de la colonne en tubulures blanches enveloppée de pénombre, s’installe Bassem Rizk avec son oud, tout de noir vêtu, comme un trouvère de jadis. Visage impassible, regard baissé, il ponctuera, en toute discrétion mais admirable efficacité, la séance de ses longues coulées plaintives ou de ses accords pincés au rythme et respiration des phrases et des mots. Dans le blanc glacial du Crystal Garden d’al-Bustan à Beit-Méry, tapi à l’ombre des spots, un grand cercle d’amis. Un cercle dense et recueilli gardé, par-delà les baies vitrées saisies par le froid de la nuit, par une série de thuyas verts, en pot de terre cuite, taillés en spirales, comme les flèches ondoyantes et tourmentées d’un ciel étoilé à la Van Gogh. Silence absolu quand les lumières baissent avec la présence de Roger Assaf (conception et réalisation – voir article de L’Orient-Le jour du samedi 12 mars) qui « emprunte » la voix du poète. Un homme qui fouille le passé et tente de retrouver ce qui le lie à la vie. Un homme en quête d’une femme qui hante son âme et son esprit. Prétexte d’une dramaturgie transparente pour retrouver le « dire » poétique de Nadia Tuéni. Un « dire » fait de lumière et d’ombre, d’eau et de feu, de zéphyr et de tempête, de vie et de mort, d’invocation et de souvenirs, de cris et de murmures, de révolte et de lassitude, de deuil et de joies fugaces, de souffrance et de lutte, de rêve et d’abnégation, d’une dame qui a « habité si poétiquement la terre », pour reprendre l’expression de Hölderlin. Flot de mots jaillis comme d’une source cristalline, prolongeant son chant entre rires perlés et grondements sourds, à travers un subtil montage d’écrits groupant aussi bien les Textes blonds que les Archives sentimentales d’une guerre au Liban en passant par l’Âge d’écume, Poèmes pour une histoire, Juin et les mécréantes et Le rêveur de terre. Ne sommes-nous pas tous des rêveurs de terre et des rêveurs d’amour... Mais la voix de Nadia Tuéni, dans son somptueux lyrisme empruntant la poussière et le soleil de l’Orient pour parler de la fragilité et de la force de vivre, de la douleur d’affronter un destin et de se lover dans un paysage auquel inévitablement on appartient, est unique. Inendiguables vocables qui moussent et essaiment comme des papillons cherchant furieusement et instinctivement la lumière. Quitte à se brûler les ailes ! Il y a tant de destins en sacrifice de la connaissance et du miracle de l’amour. Vocables en éruption où flottent la tendresse, la célébration des rencontres, l’appartenance multiple, le deuil, la guerre, la défaite, le rêve, le désarroi, l’attente, l’incertitude, le doute, l’exaltation et, bien sûr, l’amour de la vie, des êtres, de la patrie. Tout cela est la tessiture de cette poésie libre, jetant des embranchements profonds dans une prose marquée par la cadence, à la fois incandescente et fluide, qui va tantôt au galop tantôt l’amble. Et s’égrènent dans la marée de mots, telle une lame de fond déferlante, toutes les angoisses et les attentes d’un être qui avait parfaitement assimilé la leçon des souffrances humaines. Folie des guerres, destins aveugles, cruauté des lendemains indécis, rien n’est épargné à la traversée humaine. C’est cette émouvante et magnifique voix de femme, de mère, d’épouse, de citoyenne, d’orientale, de femme de lettres, d’esthète, de poète qu’on vient d’entendre. Pour répondre aux pressantes interrogations de Roger Assaf sur une scène dominée par les images d’un Liban passionnément aimé (on pense soudain à tous ces jeunes qui agitent aujourd’hui le drapeau frappé du cèdre à la place des Martyrs !) il y a aussi la présence de Marwa Khalil. Les deux « récitants », à la diction impeccable, ont restitué, sans grandiloquence ni accents empesés, mais en toute simplicité et avec un talent indéniable, tout l’éclat d’une langue française aux diaprures insaisissables et immensément riches. Ils nous ont épargnés, avec une extrême sagesse, l’ennui d’un pompeux récital psalmodié, scandé ou incantatoire, pour ne garder, dans cette « dramatisation poétique », que leur voix naturelle, posée avec savoir-faire et calme. Et l’on écoute, médusé et séduit, la brûlante actualité de la poésie de Nadia Tuéni. Comme un grand livre ouvert dont les pages sont d’une troublante et réconfortante familiarité. Edgar DAVIDIAN
C’est l’apanage des poètes d’être immortels... Une soirée avec la voix de Nadia Tuéni et tout un passé surgit brusquement. Lumineusement, douloureusement. Et la morsure n’a d’égal que l’éblouissement.
Une scène presque vide avec un écran éteint, une chaise et une table. Pas de décor, c’est évident, les mots de Nadia Tuéni, expression d’une sensibilité originale, n’en n’ont pas besoin. Ils diffusent et charrient, avec tant de force, de tension mais aussi de sérenité, pensées, images et musicalité. Du côté de la scène, au pied de la colonne en tubulures blanches enveloppée de pénombre, s’installe Bassem Rizk avec son oud, tout de noir vêtu, comme un trouvère de jadis. Visage impassible, regard baissé, il ponctuera, en toute discrétion mais admirable efficacité, la séance de ses longues...