Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

L’intifada de l’indépendance ou la vocation retrouvée du centre-ville

Notre opposition à la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, capitale du Liban et symbole de son unité, n’a jamais été fondée uniquement sur des considérations urbanistiques et architecturales. Elle découlait aussi et surtout du fait que les options de reconstruction d’une ville qui s’est scindée selon des lignes de clivages politiques, sectaires et communautaires, durant quinze ans, doivent en principe être régies par des orientations de politique nationale émanant de la volonté nette et ferme de réunifier la capitale, en lui rendant son rôle unificateur, cette mission d’espace de rencontre que remplissait le centre-ville durant des années, sinon des siècles. L’aspect destructeur dans la reconstruction du centre-ville – que ce soit au niveau des vestiges traditionnels liés à sa mémoire ou de l’élimination du tissu social dans ses différentes composantes communautaires et sociales par le biais de la saisie des biens-fonds des propriétaires et de l’émigration forcée de ceux qui habitaient ces biens-fonds – a eu un impact négatif sur le double plan de la redynamisation de cet espace et du rétablissement de son rôle réunificateur entre les deux pôles de la capitale. Le centre-ville a ainsi été le théâtre d’activités récréatives futiles, d’activités commerciales élitistes, ou de projets immobiliers destinés à des clients étrangers à la population de Beyrouth. Tout cela a conduit au maintien d’une orientation partitionniste au sein de la capitale et à la consécration du climat de tri confessionnel et de l’abolition de l’espace de retrouvailles. La place des Martyrs s’est transformée d’un pôle historique d’unité et de rencontre entre les Libanais en un point de passage rapide pour les voitures, perdant ainsi ses spécificités civilisatrices et nationales en rapport avec son histoire. À n’en pas douter, ce qui s’est produit à la place des Martyrs après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, le début de l’intifada de l’indépendance, et plus particulièrement le rassemblement permanent des jeunes sont révélateurs du besoin qu’ont les habitants de Beyrouth à bénéficier d’un espace de rencontre, pour retrouver ce que le projet de reconstruction du centre-ville avait effacé. Il n’est désormais plus possible de faire abstraction de l’orientation unioniste que les habitants de Beyrouth ont manifestée durant les trois dernières semaines, et de ses répercussions sur l’avenir de la capitale au niveau de l’urbanisme et du développement. Les orientations qui ont été adoptées par le passé pour faire du cœur de la capitale « une ville prestigieuse pour l’avenir » ont pour objectif de contenir des activités commerciales luxueuses pour des classes privilégiées de la société, avec, en toile de fond, des investissements sans aucun rapport avec les autres secteurs de la capitale, protégés par une ceinture de sécurité privée. Cette approche qui fait du centre-ville un îlot indépendant de son environnement est définitivement tombée. L’intifada de l’indépendance a montré que les habitants de Beyrouth aspirent à l’unité de Beyrouth et au rétablissement du rôle historique de la place des Martyrs et du centre-ville en faveur de la consolidation de cette unité. Ils aspirent également à faire du cœur de la capitale un espace de rencontre entre les habitants de la capitale, toutes classes et catégories sociales ou communautaires confondues. Le phénomène national, social, culturel et civique que l’intifada de l’indépendance a généré dans le centre-ville nécessite une traduction, une concrétisation sur le terrain. Cela passe par un réexamen structurel du développement du centre-ville à travers l’ensemble de ses aspects, notamment sur les plans humanitaire, moral, économique et du développement. Le centre-ville doit retourner à ses habitants, recouvrer son véritable rôle, à savoir faciliter les retrouvailles des fils de Beyrouth dans leurs différentes composantes, de manière à permettre à ces derniers, toutes strates sociales confondues, de se livrer à leurs activités sans distinction aucune. Ce qui s’est produit nécessite une révision radicale du plan directeur adopté pour la place des Martyrs, compte tenu des nouvelles données qui se sont imposées d’elles-mêmes après le 14 février 2005. Parmi celles-ci : – Le rétablissement de la symbolique unioniste de la place des Martyrs, perdue durant les années de l’absurde guerre civile, mais aussi à l’occasion de la planification nébuleuse et vide de toute perspective qui a été adoptée et mise en application pour la reconstruction du centre-ville. – L’édification de la mosquée Mohammed el-Amine nécessite, compte tenu de son ampleur et de sa superficie, une révision de son environnement, notamment de son rapport avec la place des Martyrs et avec les autres édifices religieux contigus. – L’édification de la sépulture du président Rafic Hariri et de ses compagnons, et l’étude de son rapport de proximité avec la place, en tenant compte du rôle qu’elle occupe désormais dans le cadre de cet espace. – Le retour de la statue des Martyrs au cœur de la place et le réexamen de sa localisation en fonction des nouvelles composantes qui l’entourent désormais. – L’édification nécessaire d’édifices publics qui répercutent la fonction civile de la place et qui répondent aux impératifs infrastructurels et superstructurels du secteur. – Le réexamen de la nouvelle place dans une perspective plus large, notamment en ce qui concerne ses frontières dans le cadre de la zone Solidere et son rattachement aux parties du centre qui ont déjà été reconstruites à l’ouest ou qui l’entourent à l’est. Les bulldozers de la reconstruction ont emporté l’histoire et la mémoire de Beyrouth, mettant en péril l’unité de la capitale en déplaçant ses habitants du centre. L’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri a rendu au centre-ville son âme. La ville a été réunifiée par la volonté des Beyrouthins à travers une dynamique sans précédent, qui a dépassé les théories factices et artificielles des philosophes de l’urbanisme. La ville appartient à ses habitants. Elle n’existe pas sans ses habitants, sans cet espace de rencontre et d’interaction entre eux. Et, surtout, elle n’existe pas sans sa mémoire. Assem SALAM Ancien président de l’Ordre des ingénieurs

Notre opposition à la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, capitale du Liban et symbole de son unité, n’a jamais été fondée uniquement sur des considérations urbanistiques et architecturales. Elle découlait aussi et surtout du fait que les options de reconstruction d’une ville qui s’est scindée selon des lignes de clivages politiques, sectaires et communautaires, durant quinze ans, doivent en principe être régies par des orientations de politique nationale émanant de la volonté nette et ferme de réunifier la capitale, en lui rendant son rôle unificateur, cette mission d’espace de rencontre que remplissait le centre-ville durant des années, sinon des siècles.
L’aspect destructeur dans la reconstruction du centre-ville – que ce soit au niveau des vestiges traditionnels liés à sa mémoire ou de...