Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celles, un peu moins formelles, comme cette rencontre autour de quelques mots. Aujourd’hui, Héloïsa de Vincenzi, épouse de l’ambassadeur du Brésil.
La résidence est imposante, cernée de murs élevés qui la protègent, avec élégance, des regards indiscrets. Mais à peine entrés, il se dégage des lieux une impression de convivialité que seules les maisons très justement baptisées « home sweet home » possèdent. Comme si chaque objet, chaque meuble ici avait son histoire, son passé et sa raison d’être.
« Vous êtes chez moi ! » Héloïsa de Vincenzi ne pouvait mieux dire… Installée au Liban, avec son époux l’ambassadeur Marcus de Vincenzi, depuis septembre 2003, elle a tenu, comme à chacun de leurs déplacements, à déménager les inséparables compagnons de leur existence, les meubles et autres objets personnels. « Ceci aide à être heureux. Nous avons besoin d’avoir avec soi les amis, les êtres et les objets qu’on aime. On peut les regarder, les toucher. » Dans des cadres en argent alignés sur une table, des dizaines de photos d’êtres chers rappellent les moments passés. Ailleurs, des collections de boîtes et autres cadeaux reçus par des amis attentionnés et que l’on n’oublie pas; des anges, Jésus, Saint-Joseph, des sculptures en bois datant des siècles derniers, et puis ces bouquets de fleurs rouges, des roses, des oiseaux du paradis, la touche personnelle de notre hôte que l’on a presque oublié de regarder. Grande négligence. Car Héloïsa de Vincenzi est une lady. Une beauté brésilienne qui sait conjuguer charme avec élégance et spontanéité avec réserve. Une vraie Carioca née à Rio de Janeiro. Qui parle avec ses grandes mains, qui bouscule avec ses doigts fins les mots impatients, en chasse quelques-uns pour en retenir d’autres. Qui fait vaciller ses yeux entre le vert de la nostalgie et le marron de la colère. Qui fume sans prendre un souffle, parle, sourit de tout son être, s’exprime avec simplicité. Et qui aime passionnément la vie, les gens, la misère souriante du Brésil, les « milles choses à faire tous les jours » et la musique des rues de Rio. « Vous pouvez, en l’écoutant, sentir l’odeur de la rose », précise-t-elle de sa voix impressionnante, déchirée par tant de fumée, et avec un français chantant qui porte en lui le soleil de son pays. Mais par-dessus tout, notre parfaite Carioca aime son époux, avec qui elle forme un couple parfait.
Une belle histoire
Ils avaient tout pour s’aimer. C’est ainsi qu’aurait pu commencer leur histoire. Elle raconte la suite: « Nous sommes tous les deux de Copa Cabana, nos familles se connaissaient. Nous avons passé toute notre enfance sur une petite plage, joué ensemble, fréquenté la même école. Nos grands-parents étaient voisins. Nous avions également les mêmes amis, les mêmes références… » Les amis d’enfance deviennent de grands amis. Les « plus grands amis du monde», comme elle aime à qualifier cette belle entente, vont d’abord vivre leur vie séparément. Le jeune homme se spécialise en sociologie et philosophie, passe et décroche le très laborieux examen de l’Académie diplomatique à 19 ans, et démarre une carrière diplomatique avec un premier poste à Washington. «J’aurais peut-être aimé qu’il soit footballeur ou poète fou! Notre vie aurait été plus facile. Mais c’est un homme brillant, simple et discret.» Elle préfère le journalisme, la décoration intérieure, la peinture, la danse, la sculpture, l’Europe. « Ma mère, qui vient d’une famille aristocratique brésilienne et écossaise, a toujours voulu que mon frère et moi apprenions le français et l’anglais. Elle, qui aurait aimé qu’on grandisse auprès d’elle, ne savait pas qu’on allait vivre en dehors du pays. » Treize ans plus tard, les vieux amis se retrouvent. Être ensemble devient une évidence. « L’amour, c’est aussi une grande amitié », précise la femme, comblée. Ensemble, enfin, ils vont s’installer en Colombie, de 1984 à 1987. « Nous avons tellement aimé ce pays que nous avions promis à nos amis d’y revenir un jour. » Après Londres, puis le Brésil où Marcus de Vincenzi est nommé chef du protocole, et donc la personne la plus proche du président de la république, après, enfin, New York, « le président brésilien, confie-t-elle, nous a fait ce cadeau, un nouveau poste en Colombie… ».
Le Liban, un pays ami
« Lorsque je suis quelque part, je mène la vie des gens du pays. Je partage leur enthousiasme, leur peines, leurs joies. Au Liban, je ne me considère pas comme une diplomate mais comme une amie. Je suis aussi concernée que vous par les événements que vous traversez. » Concernée mais aussi enthousiaste, dans la discrétion la plus totale, elle connaît tous les acteurs de la scène politique, a ses préférences qu’elle garde pour elle, en bonne diplomate. « Mon devoir, surtout, est d’être près de mon époux. Qu’il soit heureux avec moi, dans le pays où nous vivons, et qu’ensemble, nous puissions continuer dans cette harmonie, car la vie que nous menons peut parfois sembler dure. Tous les quatre ans, il faut changer de langue, de connaissances, d’habitudes. »
Heureusement qu’il reste les photos, les amis que l’on se fait, que l’on trimballe avec le reste ; et que l’on installe, plus tard, près des fleurs et au cœur des souvenirs. Et cet amour de la vie qui donne envie de lui sourire, tout le temps. La nostalgie, dans tout cela ? « Je ne me donne pas le luxe d’être nostalgique», répond avec grâce Héloïsa de Vincenzi.
Carla HENOUD
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