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Septième Art La critique est (mal) aisée et l’art est galvaudé (photos)

C’est un article publié dans le journal français Libération qui explique (ou justifie?) le commentaire qui va suivre. Le titre de l’article en question attire l’attention: «Silence, on tourne mal», et le surtitre en est provocateur: «La disparition des véritables critiques de cinéma attise la réalisation massive de films creux.» Diable! Le tout, sous la signature d’une certaine Maria Koleva, qui s’affirme «cinéaste indépendante». Évidemment, me suis-je dit, ce n’est pas parce que je n’ai pas disparu (du moins pas encore) que je peux me considérer un véritable critique de cinéma. Le critère serait aussi flou qu’insuffisant. Regardons-y de plus près. Avant et aujourd’hui Mais, justement, à quoi Maria Koleva reconnaît-elle les «vrais» critiques de cinéma? Elle s’en explique: «Avant, c’était un enseignant pluridisciplinaire qui, à partir de sa connaissance de la littérature, de la peinture, de la philosophie, des sciences humaines, proposait aux jeunes et aux moins jeunes de vivre dans le monde à travers un film, qui leur apprenait à aimer, à affronter l’autre, à avoir le sens de l’honneur, le sens de l’amitié à tous crins, la volonté de vaincre les obstacles de la vie (...) À force d’apprendre à tous ce que le film leur disait, le critique de cinéma formait les jeunes et les moins jeunes...» Même si cela pourrait nous reporter à l’époque (combien lointaine!) où Truffaut, Godard et autres Rohmer s’exprimaient par l’écrit avant de passer derrière la caméra (avec un critique-type modèle: André Bazin), la vision et le programme tracés par Maria Koleva semblent par trop ambitieux. En termes plus simples – et plus modestes –, le critique de cinéma se doit d’informer, de donner son opinion en toute liberté et sincérité, de dénoncer ce qu’il estime médiocre, raccrocheur et sans intérêt dans trop de films à objectifs bassement commerciaux (le divertissement drôle et intelligent n’ayant bien sûr rien de répréhensible!). Au Liban, c’est tout de même la critique qui avait lancé – avec l’action des ciné-clubs – le cinéma d’auteurs comme Bergman, Kurosawa, Kubrick, Fellini, Almodovar, Chahine et tant d’autres. Le rôle et les limites Dans le même article, on peut encore lire ceci, qui est important: «On ne peut pas faire des films à la botte des soi-disant “décideurs” de la télévision, alors que ce sont ceux qui paient la publicité avant et après le film, et qui décident du contenu (...) Dans ce vide culturel, se sont engouffrés des films où le riche, le fort, l’arrogant, le cynique, le puissant, le divertisseur, le violeur ont brusquement acquis tous les droits...» Il y a du vrai. Quelle conclusion? Dans le paysage culturel du Liban d’aujourd’hui, la situation du cinéma n’a rien de tellement encourageant. Eastwood, Scorsese, De Palma et quelques autres sont encore – heureusement – visibles. Mais Bergman? Eh bien, justement, parlons de Bergman. L’idée de présenter à Beyrouth son dernier chef-d’œuvre, Sarabande, n’a donc intéressé personne. L’ambassade de Suède au Liban étant inexistante, on aurait pu espérer que l’Union européenne (Bergman, c’est un grand Européen, non?) allait se mobiliser. Non. Rien. Totale déception. Voilà qui souligne les limites de l’influence (supposée) des critiques de cinéma. Vrais ou pas. J.-P. GOUX-PELLETAN
C’est un article publié dans le journal français Libération qui explique (ou justifie?) le commentaire qui va suivre. Le titre de l’article en question attire l’attention: «Silence, on tourne mal», et le surtitre en est provocateur: «La disparition des véritables critiques de cinéma attise la réalisation massive de films creux.» Diable! Le tout, sous la signature d’une certaine Maria Koleva, qui s’affirme «cinéaste indépendante». Évidemment, me suis-je dit, ce n’est pas parce que je n’ai pas disparu (du moins pas encore) que je peux me considérer un véritable critique de cinéma. Le critère serait aussi flou qu’insuffisant. Regardons-y de plus près.

Avant et aujourd’hui
Mais, justement, à quoi Maria Koleva reconnaît-elle les «vrais» critiques de cinéma? Elle s’en explique: «Avant,...