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Point de vue Le contexte du Liban et la réunion de la Ligue arabe

Par Hyam Mallat «On ne gouverne pas innocemment » se plaisait à dire Saint-Just au cours de la révolution française, lui qui avait fini par être guillotiné. Et l’histoire atteste bien qu’elle va toujours à la rencontre de ceux qui l’oublient ou la défigurent. Que cette rencontre soit violente ou tranquille ne change rien à ce déterminisme qui permet au citoyen de s’affirmer, et à un pays de grandir. Il n’existe pas au Liban – et il n’a jamais existé – de génération heureuse et tranquille et aucune de celles qui sont passées au cours des deux derniers siècles ne peut prétendre avoir connu la quiétude, car rien dans ce pays n’est acquis pour toujours – à l’exception de la liberté. L’assassinat du président Hariri aura incontestablement été à l’origine d’une explosion de revendications nationales qui étaient en gestation latente et qu’il fallait être aveugle pour ne pas voir venir. Et toutes ces photos de citoyens manifestant pour la souveraineté, la liberté et la vérité relayées par les télévisions et la presse locale, régionale et mondiale resteront inoubliables dans le monde. Cela dit, il est incontestable que la crise libanaise actuelle présente des aspects internationaux et régionaux de très forte intensité. Les déclarations et les appels du Conseil de sécurité, des États- Unis, de l’Union européenne, de la France, de l’Égypte, de la Ligue arabe, etc. doivent être envisagés et surtout évalués à leur juste mesure. La politique internationale étant faite d’intérêts bien plus que de sentiments et d’évaluations morales, il est symptômatique de voir brusquement cette convergence internationale et régionale s’orienter vers une nouvelle donne au Liban. Mais ce n’est pas la première fois que l’histoire du Liban connaît pareille convergence et, à chaque fois que quelque chose doit changer dans notre pays, nous assistons à cette rencontre d’intérêts des grandes puissances. Déjà, la Conférence internationale de Beyrouth des années 1860-1861 – première du genre dans l’histoire politique et diplomatique internationale – avec la présence de toutes les grandes puissances de l’époque dont l’Empire ottoman – montrait bien la sensibilisation du monde à ce Liban qui, ne pouvant disparaître de la carte du Proche-Orient et donc du monde car son peuple est unique, traduisait le souci de toutes les nations qui, à différentes périodes de leur histoire des deux derniers siècles, ont dû consacrer les efforts de leur diplomatie – et parfois de leur armée – à s’occuper de ce petit pays. On dira que ce n’est pas le moment de rappeler le passé dans cet instant d’avenir. Si nous le rappelons, c’est bien pour relever la profondeur historique de la question du Liban et pour que les diplomates d’aujourd’hui sachent bien qu’ils ne font que perpétuer le souci des ambassadeurs et des consuls de leur pays au cours des trois derniers siècles et qu’étant dépositaires d’une tradition, ils se voient investis d’un rôle plusieurs fois centenaire d’aider un peuple à maintenir ce qui a toujours été la trame de son histoire en matière de liberté. Notre propos devient plus particulier car le Liban étant l’un des pays pionniers du monde arabe dans sa renaissance politique et culturelle, depuis le XVIIe siècle, puis membre fondateur de la Ligue arabe, il était évident que face à la crise actuelle et à ses implications internationales (avec le Conseil de sécurité des Nations unies, les États-Unis, la France et les autres pays de l’Union européenne, l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Syrie et la Jordanie), il aurait été des plus naturels que cette Ligue arabe inscrive la question libanaise à son ordre du jour lors de la 132e session de la conférence des ministres des Affaires étrangères au Caire, les 2 et 3 mars courant, annonce de la réunion du 17e sommet arabe à Alger. Or, l’ordre du jour de cette réunion comprend vingt titres dont le rapport du secrétaire général sur les activités du secrétariat général ; l’ordre du jour du 17e sommet arabe d’Alger ; l’affaire israélo-palestinienne (avec pour thèmes l’évolution de la question palestinienne et du conflit israélo-arabe, l’évolution de l’intifada, les réfugiés, Jérusalem, le budget de l’Autorité palestinienne, le mur érigé par Israël, les rapports du bureau de boycottage d’Israël, le Golan arabe syrien occupé, la solidarité avec le Liban dans ce domaine, la déclaration du ministre des Affaires étrangères d’Israël sur l’amélioration des relations israélo-arabes) ; la situation en Irak, l’occupation par l’Iran d’îles que réclament les Émirats arabes unis ; les sanctions contre la Libye suite à l’affaire Lockerbie ; le refus des sanctions américaines unilatérales contre la Syrie ; le soutien à la paix au Soudan ; le soutien aux pays arabes (Somalie, les îles Comores) ; les dangers de l’armement israélien sur la sécurité nationale arabe ; le terrorisme international et les moyens de le combattre ; les relations arabes internationales dont le sommet latino-arabe prévu les 10 et 11 mai au Brésil... Point de référence à la question du Liban dans cet ordre du jour. Ainsi, au moment où le Conseil de sécurité, les États Unis, la France et les pays de l’Union européenne, l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et la Syrie sont chaque jour confrontés à la question du Liban qui est l’objet de déclarations et de prises de position quotidienne, la Ligue arabe trouve le moyen – sur demande ou non – d’aborder tous les sujets jugés importants pour le monde arabe en oubliant ou négligeant le Liban. Chacun pourra interpréter cet oubli ou cette négligence à sa guise. Il n’en demeure pas moins qu’il est singulier que cette question du Liban, objet aujourd’hui de toutes les attentions des chancelleries internationales proches ou lointaines, à l’instar de la question d’Orient au XIXe siècle, ne soit pas portée à l’ordre du jour d’une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères organisée par la Ligue érabe elle-même en prévision d’un sommet des chefs d’État arabes. À ceux qui critiquaient les Nations unies dans les premières années de son existence, H. Cabot Lodge, qui avait été l’un des diplomates américains les plus renommés de l’après-guerre, se plaisait à dire : « L’Organisation des Nations unies a été créée pour nous empêcher d’aller tous ensemble en enfer. Cette organisation n’a jamais voulu nous conduire tous au paradis. » Et la Ligue arabe donc ?
Par Hyam Mallat

«On ne gouverne pas innocemment » se plaisait à dire Saint-Just au cours de la révolution française, lui qui avait fini par être guillotiné. Et l’histoire atteste bien qu’elle va toujours à la rencontre de ceux qui l’oublient ou la défigurent. Que cette rencontre soit violente ou tranquille ne change rien à ce déterminisme qui permet au citoyen de s’affirmer, et à un pays de grandir.
Il n’existe pas au Liban – et il n’a jamais existé – de génération heureuse et tranquille et aucune de celles qui sont passées au cours des deux derniers siècles ne peut prétendre avoir connu la quiétude, car rien dans ce pays n’est acquis pour toujours – à l’exception de la liberté.
L’assassinat du président Hariri aura incontestablement été à l’origine d’une explosion de...