«Le temps est proche où il faudra penser la politique autrement. » Nietzsche ne croyait pas si bien dire. Le Liban est à nouveau au cœur de l’actualité internationale. Le bras de fer entre loyalistes et opposants, à la veille des élections législatives, et les affirmations et pressions multiples et de plus en plus pressantes quant à l’impérieuse nécessité d’appliquer la résolution 1559 du Conseil de sécurité laissent augurer l’éclatement d’une crise majeure.
L’une des interrogations aiguës auxquelles il importe de répondre n’est pas celle du « comment » (comment les choses se sont-elles réellement passées ?) que celle du « quoi » (quelles choses méritent ou exigent d’être considérées ?)
Le régime est depuis quelque temps déjà au pied du mur, ou plutôt de trois murs. Celui de la nouvelle donne régionale qu’à créé la double intervention des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Celui, plus global, des prétentions teintées de lyrisme messianique des « ingénieurs de la démocratie ». Celui enfin de sa propre usure. Trois murs pour un régime exsangue, massivement rejeté par la population et tenu en suspicion par le reste du monde. Alors que dans les allées du pouvoir, le complexe de la citadelle assiégée devenait de plus en plus prégnant, l’indécision, la gestion homéostatique et l’affermage de la conduite de la nation devenaient de plus en plus intolérables, à un moment où le pays a besoin plus que jamais d’imagination, d’audace et de détermination.
Si le peuple libanais a longtemps supporté, sans mutinerie, certaines erreurs graves de ses dirigeants, de nombreuses lois injustes et inopportunes, l’ampleur de la crise actuelle doit faire dessiller les yeux de ceux qui ont cru qu’une longue suite d’abus et de prévarications lui échapperait, ou de ceux qui ont cru pouvoir jouer la carte de la résignation, de la peur, du conformisme et de l’obéissance subie. Dans le contexte actuel de perversité cruelle, de blasement général, « image fidèle de l’ère des derniers Césars », nul ne saurait prendre pour argent comptant l’étalage insolent d’afflictions affectées de ceux pour qui la violence est la continuation de la politique par tous les moyens. Cette fable, contée par des autochtones venus grossir les rangs « allogènes » et s’enrôler sans rechigner dans leurs bataillons n’est pas moins absurde et pas moins innocente que celle du gouvernement bienveillant. La distorsion grotesque entre le caractère outrancièrement policier, tyrannique et liberticide du régime, et la façade démocratique et libérale, révèle la longue expérience de dépossession et d’aliénation de la souveraineté, de l’exercice de la citoyenneté et de l’identité.
Entreprendre une critique impitoyable, dans le sens où la critique ne reculera ni devant ses propres conclusions ni devant le conflit avec le pouvoir – quel qu’il soit – telle est l’unique « violence » légitime. L’assassinat du président Hariri, avec tous les jeux et enjeux qui le sous-tendent, ouvre autant d’opportunités qu’il crée de contraintes. Car la politique du pire demeure très probablement la pire des politiques.
Tina E. MAALOUF
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L’une des interrogations aiguës auxquelles il importe de répondre n’est pas celle du « comment » (comment les choses se sont-elles réellement passées ?) que celle du « quoi » (quelles choses méritent ou exigent d’être considérées ?)
Le régime est depuis quelque temps déjà au pied du mur, ou plutôt de trois murs. Celui de la nouvelle...