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L’ayatollah Sistani, l’homme qui a porté les chiites au pouvoir

Le grand ayatollah Ali Sistani est l’homme qui a conduit pour la première fois les chiites au pouvoir dans un grand pays arabe depuis le califat fatimide en Égypte au Xe siècle. Avec une inflexible détermination, cette figure emblématique des chiites d’Irak poursuit depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en avril 2003, son dessein de voir sa communauté majoritaire du pays prendre les rênes du pouvoir par le biais des élections générales. Avec la victoire hier de la liste chiite de l’Alliance unifiée irakienne, dirigée par Abdel Aziz Hakim, à laquelle il avait apporté son soutien, il a atteint son but. Depuis la chute du régime, il s’est opposé tant à la coalition, qui souhaitait dans un premier temps gouverner directement ou par le biais d’une assemblée désignée, qu’aux sunnites qui voulaient reporter le scrutin du 31 janvier ou encore au trublion Moqtada Sadr qui cherchait à l’entraîner dans une guerre contre les forces américaines. Âgé de 73 ans, ce sayyed qui porte le turban noir des descendants du prophète est né à Machhad en Iran. À cinq ans, il commence à apprendre le Coran, puis poursuit ses études dans la ville sainte chiite iranienne de Qom. Il s’installe ensuite en 1952 à Najaf, la ville sainte chiite au sud de Bagdad. Il étudie avec les plus importants maîtres chiites, dont le grand ayatollah Aboul Qassem al-Khoï. À la mort de ce dernier en 1992, il est choisi par ses pairs pour devenir un marjaa (référence) et se voit attribuer le titre de « grand » ayatollah. Cet homme, qui vit reclus dans sa maison-bureau à quelques pas du mausolée de l’imam Ali à Najaf, l’un des lieux les plus sacrés du chiisme, a commencé par s’opposer à l’administrateur en chef américain Paul Bremer. Il a émis une fatwa (avis religieux) en juin 2003 s’opposant à la rédaction d’une Constitution par une assemblée désignée par les forces d’occupation, estimant que des élections devaient se tenir au préalable. La barbe grise, le visage sévère, il tombe officiellement malade alors que les combats font rage en août 2004 à Najaf entre la milice de Sadr et l’armée américaine. Il est hospitalisé à Londres et revient deux semaines plus tard au moment ou les partisans du jeune chef radical sont encerclés dans le mausolée d’Ali. Il fait un retour triomphal en traversant le sud chiite et obtient la reddition de son turbulent adversaire. Le 28 août, la marjaïya, la direction religieuse chiite, réunie au domicile d’Ali Sistani, affirme son refus de la lutte armée contre les Américains. Il s’oppose aussi aux sunnites qui souhaitent un report des élections en raison de l’insécurité et l’occupation. Considéré aujourd’hui comme le plus important des quatre grands ayatollahs, il s’inscrit dans la tradition de l’école théologique des chiites irakiens et s’oppose à la théorie du « velayat e-faqih » de l’ayatollah iranien Ruhollah Khomeiny sur la primauté du religieux dans les affaires politiques. Il préconise que les hommes de religion exercent un rôle de référence sans être engagés dans la gestion de l’État.

Le grand ayatollah Ali Sistani est l’homme qui a conduit pour la première fois les chiites au pouvoir dans un grand pays arabe depuis le califat fatimide en Égypte au Xe siècle.
Avec une inflexible détermination, cette figure emblématique des chiites d’Irak poursuit depuis la chute du régime de Saddam Hussein, en avril 2003, son dessein de voir sa communauté majoritaire du pays prendre les rênes du pouvoir par le biais des élections générales. Avec la victoire hier de la liste chiite de l’Alliance unifiée irakienne, dirigée par Abdel Aziz Hakim, à laquelle il avait apporté son soutien, il a atteint son but.
Depuis la chute du régime, il s’est opposé tant à la coalition, qui souhaitait dans un premier temps gouverner directement ou par le biais d’une assemblée désignée, qu’aux sunnites qui voulaient...