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Actualités - Opinion

Éclairage - Au nom d’Abou Moussab al-Zarqaoui

La résistance irakienne d’un côté et Washington de l’autre s’accordent pour exagérer à dessein le rôle en Irak du terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, estiment des experts internationaux. Les deux camps ont intérêt, pour des raisons bien sûr opposées, à utiliser un nom propre devenu (surtout sur Internet) synonyme de « terroriste » et à lui faire endosser davantage d’attaques et d’attentats qu’un homme seul, même à la tête d’un efficace réseau, ne peut raisonnablement en organiser, ajoutent-ils. Cela permet aux Américains de personnifier la menace terroriste en Irak, à destination de leur opinion publique et de l’étranger : alors qu’Oussama Ben Laden reste la figure tutélaire, ce Jordanien de 38 ans, de son vrai nom Fadel Nazzal al-Khalayleh, est le nouveau « bad guy », ce « méchant » que les Américains adorent haïr, assurent ces experts. Ils ajoutent que la référence permanente à Zarqaoui permet à la résistance nationaliste irakienne, au sein de laquelle les anciens du régime de Saddam Hussein semblent jouer un grand rôle, de se défausser sur un étranger, d’actions pouvant se révéler impopulaires. « Les Américains tentent de lui attribuer la plupart des actions de résistance, pour créer un autre phénomène Ben Laden » estime, à Beyrouth, une source irakienne informée. « De l’autre côté, des secteurs de la résistance, afin de continuer de rester dans l’ombre, lui attribuent aussi certaines de leurs actions. Son rôle est donc exagéré par les deux parties », ajoute cette source, qui exige de rester anonyme. « L’exagération est grossière. Mes contacts à l’intérieur de l’Irak m’assurent qu’il n’a pas plus de 200 hommes. » Dans un pays où certaines régions sont livrées au chaos, l’armée américaine et les forces de l’ordre irakiennes ont compris qu’elles affrontaient un ennemi protéiforme, qu’elles ont du mal à cerner, et que l’utilisation du nom « Zarqaoui » pouvait avoir des vertus simplificatrices. « Il y a des groupes distincts, et vous ne savez jamais où va surgir la prochaine alliance », confiait ainsi récemment le commandant James West, officier de renseignement du corps des Marines dans la province d’Anbar. L’ancien inspecteur en désarmement de l’Onu Scott Ritter voit derrière les impressionnantes séries d’attaques attribuées à l’islamiste jordanien la main des anciens services de renseignements de Saddam Hussein. « On ne peut s’empêcher de se demander si Zarqaoui n’a pas été utilisé pour tendre un piège aux Américains et les forcer à donner l’assaut sur Falloujah », écrit-il. « Soudain un Jordanien dirige une organisation qui opère en cellules sophistiquées dans tout l’Irak. Aucun homme ne peut logiquement faire cela. Mais il y a une organisation qui le peut : les “moukhabarat” (services secrets) de Saddam Hussein », explique-t-il. Il qualifie ainsi Zarqaoui de « mythe », de « cible de fiction », au centre d’une « opération de désinformation de la part des “moukhabarat” », qui s’étaient de longue date préparés à l’invasion. L’historien irakien (installé en France) Hassan al-Zaïdi doute pour sa part qu’un étranger puisse, dans un pays où la structure clanique et tribale est prépondérante, s’imposer en chef de guerre. « Les Irakiens ont l’habitude de regarder les Jordaniens de haut, un peu comme les Français les Belges, dit-il. Ils ne pourraient pas accepter qu’un Jordanien les dirige. » L’expert américain Daniel Benjamin, du Centre d’études stratégiques internationales (CSIS) de Washington, met en garde toutefois contre les « théories de la conspiration, dont on est souvent friand, spécialement au Moyen-Orient ». Il assure que « nos services de renseignements estiment que Zarqaoui est un véritable phénomène » mais reconnaît « qu’un très grand nombre d’attaques lui est attribué ». « Il ne serait pas étonnant de découvrir qu’il n’était pas à l’origine de toutes ces attaques », ajoute-t-il. « Mais de quelque façon dont vous voyez les choses, il a prouvé qu’il constituait un vraie menace. » Michel MOUTOT (AFP)
La résistance irakienne d’un côté et Washington de l’autre s’accordent pour exagérer à dessein le rôle en Irak du terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, estiment des experts internationaux. Les deux camps ont intérêt, pour des raisons bien sûr opposées, à utiliser un nom propre devenu (surtout sur Internet) synonyme de « terroriste » et à lui faire endosser davantage d’attaques et d’attentats qu’un homme seul, même à la tête d’un efficace réseau, ne peut raisonnablement en organiser, ajoutent-ils.
Cela permet aux Américains de personnifier la menace terroriste en Irak, à destination de leur opinion publique et de l’étranger : alors qu’Oussama Ben Laden reste la figure tutélaire, ce Jordanien de 38 ans, de son vrai nom Fadel Nazzal al-Khalayleh, est le nouveau « bad guy », ce « méchant...