Le Premier ministre irakien sortant Iyad Allaoui veut prendre la tête de l’opposition au sein du Parlement face à la liste chiite soutenue par le grand ayatollah Ali Sistani, quasiment assurée de remporter les élections du 30 janvier, ont estimé hier politiciens et experts. Alors que les résultats de ces élections générales doivent être proclamés dans les prochains jours, M. Allaoui a rencontré hier dans la ville septentrionale d’Erbil le chef kurde Massoud Barzani après s’être réuni la veille à Bagdad avec des partis sunnites et chiites. Officiellement, il s’agit d’impliquer toutes les communautés dans le processus politique. « Le dialogue se poursuit pour unifier les rangs des différentes forces politiques ayant participé ou pas au scrutin » du 30 janvier, a-t-il expliqué mercredi.
« Il y a de vieilles relations entre ces forces qui se poursuivront et prendront une forme plus légale et mieux organisée », a dit M. Allaoui.
Mais, pour beaucoup, il veut organiser autour de lui l’opposition dans la prochaine Assemblée nationale provisoire. « Il est certain de perdre le pouvoir, alors il veut mettre sur pied une sorte de “front national démocratique” regroupant le maximum de partis et personnalités laïcs, modérés, communistes, nationalistes », a affirmé le conseiller politique d’une formation laïque qui a refusé d’être identifié. « Il souhaite si possible intégrer les Kurdes pour donner plus de poids à sa coalition laïcisante, notamment lors de la rédaction de la Constitution », a-t-il ajouté.
La liste de M. Allaoui n’arrive qu’en troisième position avec 13,6 % des suffrages après le dépouillement partiel des votes, derrière celle des Kurdes qui recueille 24,6 % des voix.
L’Alliance unifiée irakienne, parrainée par Ali Sistani, est largement en tête avec 51,4 % des suffrages, et cette liste compte encore un réservoir de voix dans les provinces du Sud chiites dont de nombreux bureaux de vote attendaient toujours d’être décomptés.
« C’est clair qu’Allaoui tente de bâtir une coalition rassemblant beaucoup de partis politiques afin de rester à son poste. Mais je pense que l’Alliance (unifiée irakienne) aura plus de 50 % des sièges dans le prochain Parlement et qu’elle ne lui permettra pas de le garder », a affirmé Qaïs al-Azzaoui, porte-parole du mouvement socialiste arabe et rédacteur en chef du journal al-Jarida.
Selon M. Azzaoui, le Premier ministre sortant a de « grandes chances » de créer un pôle minoritaire alternatif au Parlement « car il y aura des conflits entre les islamistes qui essayeront de faire entrer la religion dans la vie quotidienne et les démocrates et libéraux qui sont opposés à la création d’un État religieux en Irak ».
Ce dirigeant politique laïc est convaincu que les Kurdes « rejoindront ce front pour faire face à la grande coalition religieuse ». Une source du bureau de Ali Sistani a récemment affirmé qu’il souhaitait que l’islam devienne « la source de la législation en Irak », alors qu’il n’est jusqu’à présent qu’« une » source de la législation actuelle.
Le dirigeant chrétien Yonadam Kanna pense également que M. Allaoui est en train de construire sa coalition. « L’Irak traverse sa période la plus critique. Ce n’est pas le moment de créer une opposition. C’est bien qu’il y en ait une, mais il est difficile de passer du régime de Saddam Hussein à un système ayant tous les attributs de la démocratie », dit-il.
Sammy KETZ (AFP)
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