J’ai fait un rêve. Je garde l’illusion et l’espoir de Martin Luther King. Je rêve toujours d’un Liban indépendant, libre et souverain sur l’ensemble de son territoire, où s’exerce uniquement l’autorité de l’État, sans présence armée étrangère ou milicienne.
Je souhaite une coexistence harmonieuse entre toutes les communautés religieuses, dans un Liban réconcilié avec son histoire, ayant définitivement tourné la page de la guerre (la totalité des Libanais espère que cette guerre sera la « der des ders »). La pérennité de la mosaïque libanaise, unique en son genre, ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une laïcité totale des institutions de la république libanaise qui empêchera, je l’espère, des querelles futiles pour quelques strapontins au Parlement.
Je fais aussi ce rêve d’une vie politique normale. Je veux dire la formation de partis politiques qui ne soient pas un camouflage d’un regroupement clanique ou confessionnel, ou un paravent pour certains chefs féodaux ou magnats de la finance.
J’ai encore le rêve d’un fonctionnement sain des institutions étatiques. Je vise spécialement une volonté politico-judiciaire pour arrêter le gaspillage, le népotisme et la corruption alors que le « bakchich » est désormais quasiment institutionnalisé. L’Italie a lancé sa campagne antimafia au début des années 90. À quand notre tour?
Je vise également le fonctionnement des institutions politiques avec le respect du sacro-saint principe de la séparation des trois pouvoirs :
• Un pouvoir législatif, réellement représentatif, formé de députés élus sur base de circonscriptions uninominales, qui accomplit enfin sa mission de représentant et de législateur du peuple libanais. Actuellement, la députation se résume à un pourvoi de services aux électeurs. Le choix des députés implique également une conscience politique. Les citoyens doivent savoir choisir entre un «zaïm» qui tire sa gloire du nom familial et de l’action de ses illustres aïeux, et un candidat valable selon l’adage « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ».
• Un pouvoir exécutif avec un président légitimé par le suffrage universel et disposant de grands pouvoirs. Un président qui contrôle les services militaires et sécuritaires, sans toutefois verser dans la dictature et le totalitarisme.
• Un pouvoir judiciaire qui possède le courage de résister aux pressions ainsi que la volonté de traîner en justice les politiciens véreux (il existe au Liban quelques rares exceptions d’hommes politiques intègres). Les crimes de « haute trahison » et d’« atteinte à la coexistence nationale et à la paix civile » s’appliqueront aux vrais coupables et non aux personnes qui osent dire NON.
J’espère que le Liban trouvera son « homme providentiel », son Charles de Gaulle, qui saura réconcilier les Libanais avec l’État. Un homme ayant la volonté d’accomplir les réformes profondes auxquelles aspire la majorité des Libanais. Le Liban se contente actuellement de trogne.
Mon rêve s’inscrit dans le cadre onirique de tous les Libanais, qui rejettent d’une façon ou d’une autre le fait accompli et la satellisation de ce qui fut « la Suisse du Proche-Orient ». Le Liban perd chaque jour de plus en plus de sa liberté de décision et son identité nationale. L’or pur se transforme progressivement en plomb vil.
Mais les Libanais refusent la soumission, et le système politique actuel, une version pire encore que celle du chaos d’avant-guerre, pourri jusqu’à la moelle, est condamné. Comme l’a dit Alain Decaux: « Le Liban a perdu plusieurs fois sa liberté … il n’a jamais perdu son âme. »
Patrick ACCAOUI
Étudiant à l’USJ
J’ai fait un rêve. Je garde l’illusion et l’espoir de Martin Luther King. Je rêve toujours d’un Liban indépendant, libre et souverain sur l’ensemble de son territoire, où s’exerce uniquement l’autorité de l’État, sans présence armée étrangère ou milicienne.
Je souhaite une coexistence harmonieuse entre toutes les communautés religieuses, dans un Liban réconcilié avec son histoire, ayant définitivement tourné la page de la guerre (la totalité des Libanais espère que cette guerre sera la « der des ders »). La pérennité de la mosaïque libanaise, unique en son genre, ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une laïcité totale des institutions de la république libanaise qui empêchera, je l’espère, des querelles futiles pour quelques strapontins au Parlement.
Je fais aussi ce rêve d’une vie...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.