Au lendemain du renoncement de Sonia Gandhi, le président de la République indienne a officiellement chargé hier soir Manmohan Singh, un économiste de 71 ans, de former un nouveau gouvernement fédéral.
Le Premier ministre désigné a aussitôt déclaré que ce gouvernement fonctionnerait avec « le soutien et les conseils de Madame » Sonia Gandhi qui restera présidente du parti du Congrès et du groupe parlementaire de cette formation. M. Singh avait été désigné peu auparavant « à l’unanimité » candidat du Congrès au poste de Premier ministre après le refus catégorique – réitéré hier – de Mme Gandhi d’assumer ses fonctions.
Sonia Gandhi, qui a accompagné Manmohan Singh chez le président Abdul Kalam, semblait très soulagée à l’issue de l’entretien. Le sourire aux lèvres, elle a dit que le gouvernement de l’Inde serait « en de bonnes mains avec M. Singh ». Elle a admis que la « pression énorme » de ces derniers jours l’avait « quelque peu déprimée ». Jusqu’à mardi, l’héritière de la dynastie Nehru-Gandhi avait continué à être la cible de violentes attaques liées à ses origines italiennes.
« Je suis heureux d’informer la nation que je formerai le prochain gouvernement », a annoncé M. Singh à l’issue d’un bref entretien avec le chef de l’État. Il a promis qu’il ferait de l’Inde « un modèle de réformes économiques » qui offriront « de nouvelles chances aux pauvres et aux déshérités », en vue du développement du pays qui ambitionne d’être une superpuissance d’ici à 15 ans.
Le Congrès, arrivé en tête aux élections législatives qui se sont déroulées du 20 avril au 10 mai, sera soutenu au Parlement par la gauche indienne et des partis régionaux.
M. Singh a indiqué qu’il avait transmis au président Kalam « les lettres de soutien » des partis alliés au Congrès. Appelée l’Alliance progressiste unie, cette coalition devrait compter 20 formations, y compris le Congrès, et devrait disposer de plus de 300 sièges, soit la majorité absolue, à la Chambre basse du Parlement qui en compte 545.
Ancien gouverneur de la Banque centrale de l’Inde, M. Singh a été ministre des Finances de 1991 à 1996. Considéré comme un réformiste, il est apprécié des milieux d’affaires aussi bien en Inde qu’à l’étranger. Il doit succéder à Atal Behari Vajpayee, 79 ans, chef du camp nationaliste hindou qui a été défait aux élections.
La date de sa prestation de serment n’a pas été officiellement annoncée, mais toute la classe politique s’attend à une cérémonie avant la fin de la semaine.
Il serait le premier sikh à accéder au poste de chef du gouvernement fédéral de la plus grande démocratie du monde (plus d’un milliard d’habitants, majoritairement hindous). Ce serait également la première fois qu’un représentant d’une minorité deviendrait Premier ministre de l’Inde, poste jusqu’ici occupé par des hindous. L’Inde est une république laïque.
Dans des déclarations à la chaîne de télévision privée indienne Aaj Tak, Manmohan Singh a déclaré que les marchés financiers n’avaient rien à craindre d’un gouvernement soutenu par les communistes. Il a promis des mesures en faveur de la croissance qui tourne actuellement autour de 8 %. « Tout le monde souhaite que notre pays progresse vite, mais la pauvreté doit être aussi éradiquée », a-t-il ajouté.
Auparavant, en dépit des pressions des cadres de son parti qui avaient démissionné de leurs postes au Congrès et de milliers de partisans dans la rue, Mme Gandhi avait réaffirmé son refus de devenir Premier ministre, tout en soulignant qu’elle n’avait pas abandonné la politique, « loin de là ». « Je continuerai en tant que présidente du Congrès et du groupe parlementaire aussi longtemps que vous le voudrez. » Mme Gandhi n’a pas donné les raisons de sa décision. Un responsable communiste, allié au Congrès, a évoqué les pressions de ses enfants, Rahul, 33 ans, et Priyanka Vadra, 32 ans, qui craignaient pour la sécurité de leur mère. Le mari de Mme Gandhi a été assassiné en 1991 et sa belle-mère Indira Gandhi, Premier ministre, en 1984.
La presse indienne a rendu unanimement hommage au « sacrifice » de Sonia Gandhi, évoquant la noblesse de ce « grand acte de renoncement », contrairement aux « esprits étriqués » d’une droite nationaliste « arrogante » qui cherchait à utiliser la question de ses « origines étrangères », selon le quotidien The Hindu.
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Le Premier ministre désigné a aussitôt déclaré que ce gouvernement fonctionnerait avec « le soutien et les conseils de Madame » Sonia Gandhi qui restera présidente du parti du Congrès et du groupe parlementaire de cette formation. M. Singh avait été désigné peu auparavant « à l’unanimité » candidat du Congrès au poste de Premier ministre après le refus catégorique – réitéré hier – de Mme Gandhi d’assumer ses fonctions.
Sonia Gandhi, qui a accompagné Manmohan Singh chez le président Abdul Kalam, semblait très soulagée à l’issue de l’entretien. Le sourire aux lèvres, elle a dit que le...