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Actualités - Chronologie

Énigme Au Kenya, les roches gravées du Turkana gardent leur mystère (Photo)

Des alignements de girafes, accompagnées d’antilopes, d’éléphants et de rhinocéros, sont gravés sur les parois des collines rocheuses qui se dressent au milieu d’un désert de cailloux près de Kalacha, à l’est du lac Turkana, dans l’extrême nord-est du Kenya, près de la frontière éthiopienne. Worabu, le guide, dirige ses pas le long d’un sentier à flanc de colline et découvre à chaque détour une nouvelle série de gravures rupestres préhistoriques. Il raconte à sa façon les hommes qui ont laissé ces témoignages de leur passage: «Des chasseurs venaient ici, d’où ils pouvaient surplomber un petit cirque creusé d’un point d’eau où les animaux venaient boire. Il leur suffisait de bloquer l’accès pour tuer leur gibier à coups de lances et de flèches, confortablement et sans danger depuis leur espèce de balcon». À voir ces animaux gravés dans le roc, on pense à des trophées de chasse, aux vœux exprimés par les chasseurs ou à leurs remerciements pour une expédition réussie. «Ne tombez pas dans ce piège du tableau de chasse, il s’agit plutôt vraisemblablement de représentations liées à la magie, au chamanisme, au pouvoir qu’on attribuait à tel ou tel animal», met en garde David Coulson, un spécialiste britannique qui a sillonné l’Afrique pour répertorier les peintures et gravures rupestres foisonnant notamment dans tout le Sahara. Établi à Nairobi, il a multiplié les publications sur le sujet en collaboration avec Alec Campbell, qui siège avec lui au comité directeur du Trust for African Rock Art (Tara), voué à la préservation de ces sites d’art rupestre. «La girafe, qu’on retrouve largement représentée au Sahara et en Afrique de l’Est, est manifestement considérée comme un animal doté de pouvoirs particuliers», explique-t-il. «Nous l’avons parfois vue représentée le cou dépassant des nuages, arrosée par la pluie. La girafe est vraisemblablement liée à la pluie, élément primordial pour des chasseurs dépendant de l’abondance du gibier», estime-t-il. Pourquoi, alors, les autres animaux représentés à Kalacha et qu’on retrouve aussi dans les deux seuls autres sites de gravures rupestres répertoriés jusqu’ici dans cette région? «L’inconvénient, ou l’avantage, avec ces gravures d’Afrique de l’Est, c’est qu’on ne sait rien de précis, de définitif», souligne David Coulson. «J’ai participé tout récemment à un séminaire à la British Academy, à Londres. La conclusion, tout à fait caractéristique de ce qui touche à l’art rupestre, a été que “nous ne savons pas”», poursuit-il. Impossible de dater ces œuvres avec précision, car la méthode du carbone 14 est inopérante, en l’absence des ingrédients qu’on trouverait par contre dans la composition de peintures, explique-t-il. Aux Musées nationaux du Kenya, on avoue ne jamais avoir consacré d’études spécifiques à ce site de Kalacha. «Cela date peut-être de 1000 ou 2000 ans. A priori pas au-delà de 2300 ans, car la région était jusqu’alors sous les eaux d’un grand lac», explique encore David. «Les dessins les plus proches, on les trouve au Sahara, vers le Niger. Là aussi des girafes, aussi difficiles à dater, 2000 à 3000 ans peut-être», selon lui. Difficile aussi d’identifier les artistes. «De nombreuses peuplades ont dû se succéder ici et disparaître dans les nombreux affrontements qu’il y a eu au fil des siècles », ajoute David Coulson. La seule certitude, c’est le danger de disparition des gravures, exposées à tous les vents. Elles ne craignent guère l’usure du temps, traversé jusqu’ici sans dommage, mais plutôt les dégradations infligées par des trafiquants ou des touristes. «La protection de ces sites, à l’échelle de ce continent d’où l’homme tire son origine, est une entreprise démesurée, en raison de son coût. À tout le moins, avec Tara, nous essayons de faire œuvre de mémoire», conclut-il.
Des alignements de girafes, accompagnées d’antilopes, d’éléphants et de rhinocéros, sont gravés sur les parois des collines rocheuses qui se dressent au milieu d’un désert de cailloux près de Kalacha, à l’est du lac Turkana, dans l’extrême nord-est du Kenya, près de la frontière éthiopienne.
Worabu, le guide, dirige ses pas le long d’un sentier à flanc de colline et découvre à chaque détour une nouvelle série de gravures rupestres préhistoriques.
Il raconte à sa façon les hommes qui ont laissé ces témoignages de leur passage: «Des chasseurs venaient ici, d’où ils pouvaient surplomber un petit cirque creusé d’un point d’eau où les animaux venaient boire. Il leur suffisait de bloquer l’accès pour tuer leur gibier à coups de lances et de flèches, confortablement et sans danger depuis leur...