Au cours d’une intervention très remarquée, et prononcée avec beaucoup d’éloquence, Myriam Khoury, seule représentante de l’AUB, s’est livrée à une analyse sociologique sur le thème : « Notre Collège prépare-t-il à l’engagement politique ? ».
Il ressort de l’exposé de Mlle Khoury que le collège de Jamhour « privilégie la réussite individuelle et le devoir scolaire », qu’il « s’investit dans le développement de l’affect et des valeurs chrétiennes », mais qu’il « omet le développement de l’engagement politique (au sens large et noble du terme) qui vise la sphère publique, la moins soignée à Jamhour ». « D’une part, le Collège laisse aux élèves l’initiative de contester une injustice, de se mobiliser pour une cause, de s’exprimer et de s’organiser pour la défendre. D’autre part, il se montre réticent face aux “soulèvements patriotiques” et menace même de renvoi le port d’une banderole noire le 22 novembre, en souvenir de l’indépendance perdue », dit-elle.
Pour Mlle Khoury, le Collège est invité à prôner la responsabilisation et les principes de l’engagement « c’est-à-dire à former la réflexion et le jugement critique, développer la volonté et l’expression de la liberté, développer l’esprit d’équipe et la reconnaissance de l’autre, et favoriser la collaboration pour réaliser un projet commun ».
« S’il est vrai que Jamhour encourage ses élèves à entretenir, développer et réussir l’engagement scolaire, religieux et social, la dimension nationale est, par contre, laissée à l’initiative personnelle de chacun. Il n’est nullement demandé au Collège d’être un institut polarisant. Loin de là. Il lui est urgemment demandé d’encourager ses élèves à être de vrais militants pour une noble cause. Il serait aberrant de dédaigner l’implication politique. La neutralité face aux violations flagrantes des droits de l’homme est non seulement un déni de la victime, mais plus encore une complaisance avec le bourreau. Cette neutralité a pour effet nocif de prolonger l’injustice et falsifier la vérité », a ajouté Mlle Khoury. Et de préciser : « L’absence d’initiation directe à l’engagement politique se fait notamment ressentir au niveau universitaire. À leur première année d’université, nombreux sont les jamhouriens induits, à la suite de leurs aînés, dans une dynamique de polarisation. Dans ce nouveau milieu universitaire (culturel, religieux, académique...), appréhendé comme hostile et par manque de jugement critique, la recherche de sécurisation se fait à travers un réductionnisme dichotomique déformateur. Le connu est brave, l’inconnu est méchant. Cette dichotomie hâtive dénote la peur, le repli et plus grave encore dénonce une innocence politique, synonyme d’imbécillité et d’ignorance, propre aux mineurs ». Se livrant ensuite à un classement des élèves de Jamhour en idéal-type entre « isolés » passifs et « engagés » actifs, elle a indiqué que « la pédagogie ignatienne s’accommode de la formation engagée, qui se fait de plus en plus pressante au Liban d’aujourd’hui », évoquant le double fléau que constitue aujourd’hui le désengagement et la dépolitisation des étudiants et des Libanais en général. Pour elle, le renouveau souhaité se profile sur les trois niveaux fondamentaux de l’être humain : cognitif, émotionnel et conatif. Ainsi, Jamhour est-il appelé à une formation des jeunes à la fois académique, humaine et politique, au sens du service de la cité. « La dimension pratique de l’initiation des jeunes à l’engagement s’illustre aussi dans la participation active à la vie politique, branchée sur les revendications indépendantistes du Liban, notamment à travers les manifestations estudiantines. Il serait intéressant d’en débattre, de relever les mots d’ordre et les slogans et de les discuter, de se saisir de la cause nationale qu’elles prônent, d’en connaître les acteurs : Qui ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Avec qui ? Il serait d’autant plus intéressant pour les élèves de participer, si possible, à des manifestations d’allure directement nationale. Dans l’art de gérer la cité, qu’est la politique, pareilles actions pacifiques contestataires seraient l’expression authentique de l’autonomie et de la démocratie, face à l’individu automate écrasé par le sentiment d’impuissance défaitiste que recherchent les monocrates et le zaïm “autocrate” », explique Mlle Khoury.
« Le Liban a vécu l’indifférence des uns, la complicité des autres et la lâcheté morale de tous. Il fut trahi, abandonné et vendu au bord de la route des nations dont il fut la victime sacrificielle. Ses fils ont passé l’épreuve du feu et du sang. Ils ont réussi leur baptême d’adulte dans la foi. Ils leur est demandé incessamment de croire qu’“Espérer c’est s’engager”, comme l’affirme le synode. Pour affermir cette espérance au Liban, le Collège Notre-Dame de Jamhour est appelé à parfaire l’initiation de ses élèves à l’engagement tant académique, religieux, sportif, social que, surtout, politique. Cette initiation sera un efficace levier pour le passage de la neutralité à l’implication, du défaitisme au militantisme, de l’impuissance à l’intrépidité ! Au tournant de la vie estudiantine, les jeunes sont confrontés à des situations quotidiennes inhabituelles, austères et frustrantes. L’action adaptée serait celle de l’homme, que le Collège de Jamhour aura formé à l’affirmation de soi. Engagé pour la cause nationale, cet homme, résilient, confiant en l’efficacité de ses efforts, ouvert à la collaboration avec l’autre (tout autre) conscient de sa responsabilité comme agent de changement, saura prendre l’initiative de mener le combat des valeurs et d’y persévérer. Ce combat se fait non sans risques et sacrifices, mais son école lui aura appris le sens de la générosité et de la gratuité, jusqu’à la croix du Golgotha. »
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Il ressort de l’exposé de Mlle Khoury que le collège de Jamhour « privilégie la réussite individuelle et le devoir scolaire », qu’il « s’investit dans le développement de l’affect et des valeurs chrétiennes », mais qu’il « omet le développement de l’engagement politique (au sens large et noble du terme) qui vise la sphère publique, la moins soignée à Jamhour ». « D’une part, le Collège laisse aux élèves l’initiative de contester une injustice, de se mobiliser pour une cause, de s’exprimer et de s’organiser pour la défendre. D’autre...