Au Swaziland, dernière monarchie absolue d’Afrique, un homme se marie autant de fois qu’il le veut, n’en déplaise aux élues, pas toujours heureuses, d’un pays où les femmes sont d’éternelles mineures sans droits. Cette tradition est strictement respectée et appréciée par le roi Mswati III lui-même qui, à 36 ans, a déjà onze épouses et deux fiancées. « Quand mon mari est mort, je n’ai pas eu le droit de sortir de chez moi pendant deux ans, même pas pour travailler et nourrir mes trois enfants. C’est notre culture », se souvient Olga Nkambule, 49 ans, dont le doux sourire éclaire des traits prématurément vieillis par les épreuves. En signe de deuil, «j’aurais dû rester assise, sans rien faire», s’insurge cette couturière, qui s’estime chanceuse car son époux n’ayant pas de frère, elle a échappé à un remariage forcé avec l’un de ses beaux-frères, une coutume encore bien ancrée.
Dans ce royaume de 1,2 million d’habitants, enserré entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, la majorité est fixée à 21 ans pour les deux sexes. Mais les filles restent mineures toute leur vie. Elles n’échappent à l’autorité paternelle que pour passer sous celle d’un mari, sauf contrat de mariage spécifique, une possibilité ignorée par la plupart des femmes swazis souvent très tôt retirées de l’école.
Sans beau-frère polygame ou autre famille pour la prendre sous son aile, mais aussi sous sa coupe, Olga s’est retrouvée seule. Interdite de toute activité, elle aurait pu mourir de misère sans la solidarité d’autres femmes, assez courageuses pour enfreindre les tabous.
Certaines lui commandaient des robes qu’elle cousait en cachette. D’autres osaient venir chercher ses travaux pour les vendre et lui rapporter l’argent. « Mais elles ne disaient pas qu’ils étaient réalisés par une femme en noir, une veuve, sinon personne n’en aurait voulu », ajoute avec un sourire espiègle cette femme qui, de la pointe de son aiguille, gagne quelque 1 500 rands (environ 248 dollars/191 euros) par mois.
Depuis quelques années, Olga rejoint une fois par semaine l’atelier Philani Bomake. Une vingtaine de couturières viennent à tour de rôle fabriquer des uniformes scolaires dans ce hangar de tôle surchauffé par le soleil, à Manzini, poumon économique du pays à 40 km de la capitale administrative Mbabane.
Cet atelier, qui leur permet d’arrondir leurs maigres fins de mois alors que 65% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, est l’un des projets soutenus par l’Association de la communauté des affaires du Swaziland (ASBC).
L’ASBC chapeaute d’autres projets similaires tels qu’un restaurant, une poterie et une boutique où sont vendus tapis, bijoux de graines multicolores et autres ouvrages réalisés par des femmes qui accèdent ainsi à un minimum d’indépendance financière.
« Les femmes n’ont aucun droit ici et la plupart sont ignorantes. Il faut les éduquer », explique Ntombi Nkosi, 53 ans, très fière de ces rares projets qu’elle défend en tant que présidente de la ligue féminine du Congrès national de libération Nqwane (NNLC).
«Une Swazi ne peut obtenir ni prêt bancaire ni passeport sans l’autorisation de son mari. Elle n’a aucun droit sur ses enfants», dénonce la responsable du NNLC, parti interdit comme toutes les formations d’opposition.
Enseignante exclue du service public pour ses sympathies progressistes, Ntombi a créé sa propre école maternelle dans le garage aménagé de sa villa. Avec sa casquette d’un rouge éclatant, cette femme dénote dans la société traditionnelle swazi.
Elle est née en Afrique du Sud où ses parents vivaient alors. «Cela fait une grosse différence, explique-t-elle. Grandir sous le régime d’apartheid n’était pas facile. Mais cela m’a appris à me battre pour mes droits.»
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats