«Nous allons remporter notre première victoire en cent ans », estimait hier Taher Rahim, propriétaire d’un café de Sadr City à Bagdad, résumant les attentes et les espoirs des chiites au lendemain d’un scrutin qu’ils espèrent remporter.
Dans le quartier chiite populeux du nord-ouest de la capitale irakienne, où la circulation automobile est toujours interdite, les habitants sont dans la rue, où des grappes d’enfants dépenaillés jouent au milieu de détritus.
Ce quartier pauvre, où s’entassent pas moins de deux millions d’habitants, est le cœur chiite de la capitale et le témoin vivant de la marginalisation des membres de cette communauté qui a été réprimée sous le régime du président déchu Saddam Hussein. « Nous avons été écartés du pouvoir pendant cent ans », renchérit M. Rahim dans le petit café où s’entassaient des dizaines de clients savourant le thé trop sucré servi dans de petits verres.
Construit au début des années 1960 par l’ancien président Abdel Karim Kassem, et appelé alors la Cité de la révolution, le quartier a été baptisé ensuite Saddam City avant de devenir Sadr City, après la chute de l’ancien régime. Ce sont les habitants qui ont choisi d’appeler leur « ville » de ce nom en hommage aux religieux chiites Mohammed Baqer Sadr et Mohammed Sadek Sadr, éliminés respectivement en 1980 et en 1999 par les services de sécurité de Saddam Hussein.
« Cette élection marque définitivement la fin de la dictature », affirme Saleh Chemine, un chef tribal du quartier, qui a voulu résister à Saddam Hussein mais qui a été maté par ses services de sécurité.
Sadr City a voté comme un seul homme dimanche, suivant en cela l’appel de la figure emblématique des chiites en Irak, le grand ayatollah Ali Sistani. Le jeune chef chiite radical Moqtada Sadr, qui s’est opposé un temps à la prestigieuse figure religieuse, a laissé à ses adeptes le choix de participer au vote et ils semblent avoir choisi de le faire massivement.
Les chefs politiques de la communauté, comme Abdel Aziz Hakim, qui dirige la principale formation chiite du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak et conduit la liste de la Coalition irakienne unifiée, se sont retenus de tout triomphalisme et avaient même appelé à une participation des sunnites, qui ont boudé la consultation, au prochain gouvernement.
Mais chez l’homme de la rue chiite, le sentiment est que l’élection va corriger une injustice, celle qui a consisté à les écarter des affaires au profit de la minorité sunnite depuis la naissance de l’Irak moderne au début du XXe siècle. « Au niveau politique, la situation n’a cessé de s’améliorer depuis la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003 et les élections constituent un premier pas dans le processus consistant à réparer une injustice », a affirmé Taha Rahim, un cadet d’une académie de police qui a choisi de servir au sein des forces de l’ordre dont l’accès était restreint pour les chiites sous l’ancien régime.
Pour l’un des directeurs des bureaux de vote, Khairi Mizbane, la victoire de la liste à dominante chiite ne fait pas de doute à Sadr City : « Inchallah, la liste de la Coalition unifiée va l’emporter », dit-il. Selon lui, sur les 2 700 électeurs inscrits dans son bureau, 2 100 ont voté, ce qui constitue un taux de participation d’environ 80 %.
Rares parmi les habitants de Sadr City sont ceux qui mettent en doute le processus électoral, comme Jassem Rahim, un fidèle de Moqtada Sadr pour qui le scrutin n’est qu’un « scénario préparé d’avance pour servir les intérêts des forces d’occupation ».
(Ammar KARIM, AFP)
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