WASHINGTON, d’Irène MOSALLI
«C’est vrai qu’à vous seule vous valez les dix, mais vous serez en train de courir sans arrêt quand vous aurez à shooter. » C’est en employant ce langage du football (dont elle est grande amatrice) qu’un sénateur républicain s’est adressé à Condoleezza Rice pour lui dire le poids de la responsabilité qui allait lui incomber. D’autres se plaisent à rappeler que contrairement à son prénom (dérivé d’une annotation musicale, « con dolcezza » ou avec douceur), elle penche pour la manière forte.
En attendant, Condoleezza Rice, qui durant le premier mandat du président Georges W. Bush était sa conseillère pour la Sécurité nationale et sa plus proche collaboratrice, subit, depuis hier, le feu roulant des questions des membres de la commission des Affaires étrangères du Sénat qui doit approuver, ou pas, sa nomination comme secrétaire d’État durant le second mandat de Bush. Sans surprise, les neuf sénateurs démocrates de cette commission (les neuf autres sont républicains, de même que son président) ne vont pas être tendres avec elle en se concentrant sur les menaces terroristes d’avant le 11 septembre 2001, l’imprécision des rapports secrets précédant la guerre en Irak et l’occupation de ce pays. Elle sera également sur la sellette à propos de sa position par rapport à la prolifération des armes nucléaires en Corée du Nord et en Iran.
Selon ses collaborateurs, sa stratégie de défense est la suivante : ne pas renier ses engagements, ses principes, ses conseils passés, mais surtout axer en profondeur le débat sur les buts qu’elle va poursuivre.
Avant tout, elle se propose de fonder la politique étrangère de l’Administration sur la diplomatie, après une période dominée par les actions militaires en Irak et en Afghanistan. On dit également d’elle que malgré son intransigeance dans les négociations avec ses partenaires, elle peut devenir flexible lorsqu’on lui présente de nouvelles données.
Bush en Europe le mois prochain
L’une de ses priorités consistera également à réchauffer les liens avec les alliés traditionnels. C’est précisément dans cette optique que le président Bush effectuera un voyage en Europe le mois prochain pour rendre visite au chancelier allemand Gerhard Schröder, après un passage au quartier général de l’Otan à Bruxelles et un autre au Centre de l’Union européenne. Le chef de la Maison-Blanche pourrait également recevoir à Washington le président français Jacques Chirac avant ou après ce périple.
Il est en outre prévu qu’une fois installée dans sa nouvelle fonction, Condoleezza Rice, qui privilégie l’interaction et le face-à-face, effectue continuellement des déplacements à l’étranger, contrairement à son prédécesseur, Colin Powell, qui préférait négocier par téléphone.
La stimulation des échanges économiques avec l’étranger figure également en premier sur l’agenda de Condoleezza Rice. Pour preuve, son choix du secrétaire d’État adjoint, Robert Zoellick (51 ans), jusque-là représentant au Commerce et, par ailleurs, un véritable expert en matière de diplomatie et de sécurité nationale. Une initiative qui laisse aussi présager une certaine indépendance du département d’État vis-à-vis de la Maison-Blanche et du Pentagone, tant M. Zoellick est considéré comme un politicien privilégiant une politique étrangère réaliste, et plus éloignée des néoconservateurs en tout cas que son prédécesseur, Richard Bolton.
Aujourd’hui âgée de 50 ans, Condoleezza Rice est née à Birmingham (Alabama) de parents professeurs qui l’ont toujours poussée à exceller dans tous les domaines. Elle a ainsi étudié le piano dès l’âge de trois ans, pris des leçons de français et d’espagnol, participé à des concours de patinage artistique. Elle a, par la suite, entrepris des études sur l’histoire de la Russie à l’université de Denver, puis de sciences politiques à l’université de Stamford. Durant le mandat du président Georges Bush père, elle tenait le rôle d’experte de l’Union soviétique au sein du Conseil national de sécurité.
Depuis deux semaines déjà, Condi a adopté le rythme de sa nouvelle fonction en se rendant très tôt, chaque matin, dans un bureau de transition au département d’État pour plancher sur les divers aspects de son nouveau job.
Condoleezza Rice est la 66e secrétaire d’État et la première femme noire à accéder à ce poste. Elle est la deuxième après Henry Kissinger à avoir assumé ce rôle après être passée par le Conseil national de sécurité.
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