Malgré ses grandes qualités d’altruisme, d’hospitalité et de galanterie, l’« homo libanus » est affublé d’un énorme défaut qu’on pourrait qualifier de « nombrilisme routier », visible tout au long de son envahissant parcours quotidien :
– Comme le monde entier doit s’adapter à « son » itinéraire, à «ses » désirs et à « ses » besoins, l’usage des rétroviseurs et des clignotants, instruments du respect d’autrui, semble tout à fait superflu. Qu’importe la direction choisie par les autres, ils n’ont qu’à s’adapter !
– Il use et abuse du klaxon à souhait. Il s’énerve ? Il klaxonne. Il jubile ? Il klaxonne. Il s’étonne ? Il klaxonne. Le klaxon exprime, dans son intonation et dans son rythme, chacun de ses sentiments dans toute sa complexité.
– Pour garer sa voiture, croyez-vous qu’il respecte les lignes tracées par de zélés optimistes ? Allons donc ! Il occupe 10 places en même temps.
– La priorité de passage ? Connaît pas ! « Le brave ne meurt jamais », dit un dicton bien de chez nous. Traduction : « Même si je dois bloquer toute la République, je veux gagner le moindre centimètre d’espace qui m’entoure pour passer avant les autres … D’ailleurs, vous ne savez pas qui je suis ? »
– Il y a, sur la route, une queue interminable due à un ralentissement ? Qu’à cela ne tienne… Il se mettra en cinquième, sixième ou septième file s’il le faut, quitte à faire barrage à tout le sens opposé, pour se faufiler devant tous ces « imbéciles » qui n’ont pas su le faire.
– Des trois voies visiblement tracées sur l’autoroute, laquelle prendra-t-il ? Celle de gauche, évidemment, qui lui assure la priorité, même s’il conduit un pousse-pousse, qu’il cueille des pâquerettes et qu’il constitue un danger évident pour les autres, tous les autres
– Les « sucettes » de signalisation qui ont coûté une sacrée fortune à tous les conseils municipaux et autre ministère des Travaux publics ? Heureusement qu’elles servent, pour justifier leur existence, de support pour des photos de candidats aux élections ou pour des annonces publicitaires.
– Les feux ? Quelle blague ! (un jour, je vous jure, je me suis fait engueuler par un gendarme pour avoir respecté le feu rouge. D’autres fois, c’est de « débile mental » que j’ai été traité, surpris à l’arrêt sous un feu rouge à 2 heures du matin). Heureusement qu’il y a Noël.
– Intelligent comme il est, l’«homo libanus » dispose de multiples usages pour son véhicule : il sera son « camion » pour ses déménagements, son « studio » pour ses rendez-vous galants, son « bolide » pour ses virées, son « vestiaire » pour ses sorties de plage et, surtout, sa « cabine téléphonique » pour ses communications.
Et, « last but not least », comme disent les Anglos, parmi les «homo libanus », les plus dangereux appartiennent à quatre catégories :
– les femmes, qui se dandinent en conduisant comme elles se dandinent dans la vie et qui jouent avec les priorités comme on joue de sa séduction ;
– les militaires, qui conduisent leur véhicule comme des chars d’assaut ou des véhicules tout-terrain ;
– les chauffeurs des « personnalités », qui font fi du commun des mortels, les écrasant de leur « supériorité » et ignorant majestueusement les règles élémentaires de la bonne (ou même mauvaise) conduite ;
– les « faucheurs de taxi », mes préférés (voir article du 7 décembre 2004 dans ces mêmes colonnes).
Nagy KHOURY
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