L’hépatite B est une maladie infectieuse du foie causée par un virus du même nom. « C’est un énorme problème à l’échelle mondiale, remarque le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses, responsable de la division de bactériologie à l’hôpital Rizk et chef du département de médecine interne à la faculté des sciences médicales de l’Université libanaise. «On sait qu’un tiers de la population de la planète, c’est-à-dire près de deux milliards d’individus, a déjà été exposé à ce virus, note-t-il. Près de 350 millions d’individus sont des porteurs chroniques du virus et quelque 250 000 en décèdent chaque année.»
À l’instar du virus du sida, le VHB se transmet par des aiguilles, des seringues et d’autres matériels à injection intraveineuse contaminés, par des rapports sexuels non protégés, d’une mère à son enfant lors de l’accouchement et de l’allaitement.
La contraction du virus se traduit, dans la majorité des cas, par une atteinte des fonctions hépatiques avec parfois une vraie jaunisse, en ce sens que la personne infectée devient jaune. «Les cas d’hépatite fulminante, où le malade a une fonte aiguë du foie, sont très rares, souligne le Dr Mokhbat. Dans ces cas, la maladie est grave et la mortalité est de 95 %. Les rares personnes qui survivent à la maladie guérissent complètement en général. En effet, plus l’hépatite est sévère et plus les chances de guérison sont élevées. Cela signifie que le système immunitaire a bien réagi et s’est débarrassé du virus. Par contre, plus l’atteinte est indolente et plus les risques que le virus soit logé dans le foie sont élevés. Il se développe ainsi à bas bruit avec une petite réponse immunitaire entraînant une hépatite chronique.»
Dans sa forme aiguë, la maladie ressemble aux hépatites A, C, D ou E avec un accroissement des syndromes préparatoires. «Le malade pourrait ainsi souffrir de douleurs articulaires, de courbatures ou de nausées plusieurs jours durant avant que la fièvre et la jaunisse ne se développent, explique le Dr Mokhbat. Dans sa forme chronique, l’hépatite B se traduit par une fièvre, des douleurs articulaires ou des rushs cutanés. Une défaillance des fonctions hépatiques s’installe progressivement, entraînant le développement d’un gros ventre, des hémorragies, des saignements cutanés, une perte de poids ou une anémie.»
Le Liban, un pays à endémicité intermédiaire
Les individus exposés au virus de l’hépatite B peuvent développer une hépatite chronique ou être porteurs de l’antigène de surface, appelé aussi antigène S. «Les personnes qui survivent à la maladie peuvent soit en guérir complètement en développant des anticorps, soit guérir partiellement en gardant un marqueur, qui est l’antigène S, sans que le virus ne progresse nécessairement à l’intérieur du foie, constate le Dr Mokhbat. Si le virus continue à progresser, une hépatite chronique active s’installe, entraînant une destruction progressive des fonctions hépatiques dans une période de cinq à dix ans. La maladie est asymptomatique au départ. Par la suite, la personne atteinte développe progressivement des symptômes de défaillance hépatique qui se transforment en une cirrhose, associée parfois à un cancer hépatocellulaire. Nous savons actuellement que la principale cause mondiale du cancer primitif du foie est incontestablement l’hépatite B. Il ne s’agit donc pas d’une maladie banale.»
Le Liban est considéré comme un pays d’endémicité intermédiaire, avec une incidence moyenne de 2%. «Puisque l’alcoolisme n’est pas excessivement impressionnant au Liban, les principales causes d’atteintes du foie seraient ainsi l’hépatite B et la stéatose hépatique (infiltration graisseuse du foie), observe le Dr Mokhbat. Quant à la transmission, elle se fait surtout de façon horizontale, c’est-à-dire par voie sexuelle et, malheureusement encore, par les aiguilles et les seringues, surtout en milieu hospitalier. Mais nous rencontrons aussi des cas de transmission d’une mère à son enfant.»
Association de médicaments
Les spécialistes disposent actuellement, pour le traitement de l’hépatite B, de trois médicaments disponibles sur le marché mondial. Un quatrième sera bientôt commercialisé. «Ces médicaments sont efficaces dans près de 40 % des cas, soutient le Dr Mokhbat. L’un d’eux, actif sur une période d’un an, perd 30 % de son efficacité au bout de cette période, le virus ayant développé une résistance. Il est donc impératif d’apprendre la leçon du sida et de comprendre que dans l’hépatite B une association de médicaments est nécessaire.»
Et de poursuivre: «L’hépatite B a un vaccin. C’est ce qui est important lorsqu’on se rend compte du sérieux, de la sévérité et de la difficulté du traitement de la maladie. On a beaucoup parlé des effets secondaires du vaccin. Mais les études rétrospectives menées en ce sens n’avaient pas montré, lors d’une première étape, l’association entre le vaccin de l’hépatite B et les atteintes neurologiques mentionnées. Actuellement, on reprend ces hypothèses. Mais, pour ce faire, il ne faut pas ignorer les études qui n’ont pas identifié une relation entre le vaccin et la sclérose en plaques. Pour le moment, à moins d’avoir des données très solides, je n’ai absolument aucune hésitation à vacciner les gens pour l’hépatite B. La décision doit être prise à la lumière de toutes les études effectuées. Jusqu’à présent, celles-ci ne sont pas en faveur d’une toxicité de ce vaccin.»
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