À Paris, une exposition prémonitoire, «La mer, terreur et fascination», rappelle à quel point les raz-de-marée en Asie ne font que réveiller une peur ancestrale envers l’élément marin.
L’exposition, jusqu’au 16 janvier à la Bibliothèque de France, montre comment les mers ont suscité pendant des siècles la peur, puis au contraire, au siècle dernier, un désir inverse de protection, en raison des dégâts causés par la pollution humaine.
«Et voilà, explique Jean-Noël Jeanneney, président de la BnF, que par un formidable retournement, avec le drame des tsunamis, il ne s’agit plus de protéger la mer contre la folie des hommes, mais de protéger les hommes contre la folie de la mer. Au-delà d’un passé récent, on renoue de façon pluriséculaire avec un passé très ancien, c’est-à-dire avec la terreur.»
Avec la tragédie en Asie « domine désormais le sentiment que cet homme qui était un peu prométhéen, qui pensait qu’il pouvait dominer la planète, sans la polluer, se retrouve comme un fétu de paille en face de cette formidable puissance», poursuit l’historien.
L’exposition illustre combien la mer, cette «étendue sans substance» (Aristote), ce milieu par essence contraire à la nature de l’homme, est restée jusqu’au XXe siècle porteuse de fantasmes et surtout source de terreurs.
Enluminures, gravures, textes littéraires imprimés, manuscrits, ouvrages scientifiques, cartes, films, près de 250 œuvres témoignent – avant d’être exposées au Quartz de Brest (3 mai-13 juillet) – de cette attraction-répulsion.
M. Jeanneney évoque la «vision terrifiante de la mer au temps d’Homère, où les tempêtes ne le cèdent qu’aux courants de Charybde et Scylla, ou bien aux lieux de perdition qu’envoûtent les sirènes».
Dans la Bible, c’est Yahvé qui commande aux flots et ordonne le Déluge, l’ingestion de Jonas par la baleine ou encore l’ouverture de la mer Rouge.
Longtemps, la mer reste peuplée de monstres tapis dans ses profondeurs, et il faut attendre l’époque moderne avec la première traversée de l’Atlantique et la circumnavigation de Magellan pour que la peur prenne une tournure nouvelle.
Au mythe antique de l’Atlantide, aux cités englouties – telle Ys – des légendes bretonnes, succède la terreur réelle des tempêtes et des naufrages, relayée par l’imaginaire des poètes, des peintres et des romanciers.
«Une préoccupation que l’on trouve jusqu’au XIXe siècle, note Jean-Noël Jeanneney. La peur du poulpe de Victor Hugo se double alors d’une attirance pour les grandes profondeurs, comme dans 20000 lieues sous les mers de Jules Verne.»
«La grande mutation survient au XXe siècle. Le sentiment est que l’homme, à force de science, au lieu d’être terrifié par la mer, en devient le protecteur. On n’en est plus à se demander comment se protéger de la mer, mais, avec l’évolution des inquiétudes sur la pollution, à savoir comment la protéger.»
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats