L’euro a gagné jusqu’à 14,8 % face au dollar en 2004, une envolée qui souligne les déséquilibres de l’économie américaine et la volonté des États-Unis de laisser glisser leur devise pour financer leurs énormes déficits.
Jamais depuis sa création en 1999, l’euro n’avait évolué à de tels niveaux, établissant même d’octobre à décembre de nouveaux records historiques jour après jour.
La devise européenne a atteint fin décembre un nouveau record absolu face au dollar, à 1,3648 dollar : depuis son plus bas historique de septembre 2000, la monnaie unique a bondi de plus de 60 % face au billet vert.
« Ce n’est pas tant l’euro qui a progressé que le dollar qui s’est affaibli », résume Audrey Childe-Freeman, économiste de la Banque canadienne impériale de commerce (CIBC).
Une analyse partagée par Steven Pearson, économiste au groupe HBOS, qui définit trois périodes distinctes en 2004 pour l’euro : forte progression en janvier et février, correction puis stabilisation de mars à septembre, envolée d’octobre à décembre.
« Il y a d’abord eu une période de défiance à l’égard du dollar en janvier et février, phase qui a pris fin après les interventions verbales de plus en plus fermes de responsables de la Banque centrale européenne qui condamnaient l’envolée de la monnaie unique », rappelle Steven Pearson.
L’euro, qui avait grimpé jusqu’à 1,2926 dollar le 18 février, s’est ensuite replié tandis que « le dollar, note Steven Pearson, profitait d’une amélioration de l’économie américaine, avec une croissance ferme et le début du cycle de relèvement des taux d’intérêt américains ».
Pour le couple euro/dollar débute ensuite « une période allant de mars à fin septembre, où les devises restent coincées dans de larges marges sans que les intervenants soient capables de déterminer une direction ferme d’évolution », explique l’économiste d’HBOS.
Ce qui n’a pas empêché l’euro de se replier fortement pour tomber à 1,1761 dollar le 26 avril, son plus bas de l’année 2004. La devise européenne s’est ensuite reprise pour se heurter régulièrement au seuil de 1,2450 dollar.
Tout est bouleversé par l’envolée des prix du pétrole qui atteignent des records historiques sur fond d’inquiétudes sur l’approvisionnement du marché mondial et de forte demande.
« Les perspectives de croissance pour l’économie américaine ont commmencé à être affectées par la flambée du pétrole tandis que les investisseurs se sont à nouveau inquiétés de l’ampleur des déficits budgétaires et commerciaux des États-Unis », souligne Steven Pearson.
Le marché des changes est inquiet : les États-Unis ne peuvent pas financer – et encore moins réduire – leur énorme déficit des comptes courants en raison de l’appétit immodéré des ménages américains pour les biens de consommation le plus souvent importés, tandis que les investisseurs étrangers sont réticents à acheter des actifs américains.
La réélection début novembre de George W. Bush à la Maison-Blanche a accru ce sentiment de défiance.
« On a assisté à de vastes opérations de ventes de dollars et d’achats d’euros par des banques centrales et par des fonds d’investissement contrôlés par des monarchies pétrolières », rappelle Steven Pearson.
Fin novembre, le marché des changes a même connu une véritable tourmente lorsque, coup sur coup, la Banque centrale russe a confirmé avoir rééquilibré ses réserves au détriment du dollar et les autorités chinoises ont laissé entendre qu’elles allaient réduire leurs investissements en bons du Trésor américain.
Enfin, les économistes de la banque Standard Chartered évoquent également le facteur G7 avec « des pays membres qui ont des politiques de changes de plus en plus divergentes ».
« Pour les États-Unis, ont résumé ces économistes, notre devise est votre problème », comme l’a suggéré le secrétaire américain au Trésor américain John Snow lors de sa tournée en Europe mi-novembre.
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Jamais depuis sa création en 1999, l’euro n’avait évolué à de tels niveaux, établissant même d’octobre à décembre de nouveaux records historiques jour après jour.
La devise européenne a atteint fin décembre un nouveau record absolu face au dollar, à 1,3648 dollar : depuis son plus bas historique de septembre 2000, la monnaie unique a bondi de plus de 60 % face au billet vert.
« Ce n’est pas tant l’euro qui a progressé que le dollar qui s’est affaibli », résume Audrey Childe-Freeman, économiste de la Banque canadienne impériale de commerce (CIBC).
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