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Actualités - Opinion

1924 - 2004 Quatre-vingts ans pour le Liban

Paraître sans interruption pendant 80 ans relève de l’exploit qui, je le crois, mérite d’être salué, d’autant plus que les titres de la presse française actuelle, à l’exception du Figaro qui a dû se saborder durant les 4 années d’occupation, n’ont vu le jour que depuis la Libération en 1944, c’est-à-dire il y a tout juste 60 ans. En dépit de toutes les vicissitudes, de toutes les guerres, des invasions, des occupations, des insurrections, des luttes fratricides, des bouleversements politiques et des crises économiques qui ont jalonné ces quatre-vingts années, notre journal n’a cessé de lutter pour les idéaux de liberté, de justice et de démocratie, sans lesquels notre pays n’a pas de raison d’exister. Cette longévité et cette fidélité à ces valeurs et à ces principes, nous les devons à une équipe soudée, dévouée corps et âme à ce journal, perpétuant la ligne tracée par les illustres fondateurs de L’Orient et du Jour, Michel Chiha, Georges Naccache et Charles Hélou, qui ont marqué l’histoire de notre pays par leur intransigeance et leurs grandes qualités humaines. Nous les devons au même titre à Pierre Eddé et Ghassan Tuéni qui avaient pris le pari de fusionner L’Orient et Le Jour et qui ont établi les bases et créé les conditions assurant la pérennité et l’indépendance de notre journal. Comment ne pas évoquer à cette occasion aussi le souvenir de nos chers disparus Pierre Hélou et Pierre Pharaon qui ont contribué au succès de cette fusion et qui ont fait partie sans discontinuer de notre conseil d’administration. Je ne peux oublier la famille Chiha et cheikh Michel el-Khoury qui ont assumé pendant de longues années l’héritage de Michel Chiha en poursuivant la parution de son journal Le Jour, par fidélité à sa mémoire. Le souvenir de notre cher Raymond Eddé restera attaché à L’Orient-Le Jour dont il a été le lecteur le plusfidèle. Pendant quarante ans, Amine Abou Khaled, Camille Menassa et Issa Goraieb, qui ont fait valoir leur droit à la retraite l’an passé, se sont identifiés à notre journal. Grâce à leur sens du devoir, leur abnégation et leur désintéressement, L’Orient-Le Jour est devenu un des fleurons de la presse francophone et occupe une place de choix dans le peloton de tête de la presse libanaise. C’est à titre d’éditorialiste – et quel éditorialiste ! – que Issa poursuit sa collaboration au journal et continue de jouer un rôle capital en éclairant l’opinion publique et en censurant quand il le faut les hommes politiques et les responsables de notre pays et des autres pays arabes. Durant les longues années passées, de nombreux journalistes, penseurs et écrivains de qualité ont apporté leur contribution régulière et précieuse au journal. À leur tête, j’évoquerai le souvenir de notre regretté Édouard Saab, ancien rédacteur en chef et martyr de la presse libanaise. Kesrouan Labaki, Jean Choueiri, Khalil Gémayel, Maurice Sacre, René Aggiouri, Marwan Hamadé, Samir Frangié, André Bercoff, Jean Chami, Joseph Chami, Marie-Thérèse Arbid, Roger Geahchan ainsi que Christian Merville et Jean Issa qui font toujours partie de l’équipe, et beaucoup d’autres que je ne peux mentionner ici faute de place, ont permis de faire de L’Orient-Le Jour un des bastions des libertés au Liban et dans l’Orient arabe. Je m’en voudrais de ne pas évoquer aussi aujourd’hui le souvenir de notre responsable financier Samir Nassif qui nous a quittés il y a un an. Nagib Aoun est maintenant, sur la recommandation des grands anciens et à la demande de toute la rédaction, notre nouveau rédacteur en chef. Nagib est entré dans le journal comme on entre en religion. Depuis quarante ans, il est d’une fidélité à toute épreuve au journal et d’une efficacité qui l’a imposé tout naturellement pour succéder à Issa Goraieb. Il est secondé dans sa mission par de vieux routiers, tels Abdo Chakhtoura, Gaby Nasr et Michel Touma. Ai-je besoin de présenter le reste de l’équipe des journalistes dont je suis très fier et que nos lecteurs connaissent bien et apprécient à juste titre ? Ils « sont » le journal et leurs noms s’étalent sous toutes les rubriques. Je m’en voudrais en les citant nommément d’oublier l’un d’entre eux, notamment ces soldats de l’ombre sans qui le journal n’aurait pas été ce qu’il est. Nayla de Freige, qui est mon administrateur-délégué, mérite de ma part une mention spéciale. Sa gestion rigoureuse me rappelle (un peu) notre ami Carlos Ghosn, le célèbre « cost killer » de Nissan et de Renault. Sa contribution au redressement des comptes de L’Orient-Le Jour a été déterminante. Nos lecteurs doivent savoir que notre budget est exclusivement couvert par le produit de la vente du journal, par les recettes publicitaires et par l’apport des membres du conseil d’administration qui représentent la quasi-totalité des actionnaires. Nous n’avons jamais eu et nous n’aurons jamais aucun apport extérieur, ni aucune recette occulte ! Je profite de cette occasion pour saluer ici nos fidèles actionnaires et les membres de notre conseil d’administration, leur engagement et le soutien sans faille qu’ils nous accordent et qui nous ont permis de combler les pertes très lourdes enregistrées durant les cinq dernières années. Nous récoltons aujourd’hui le fruit de nos efforts, et grâce au soutien de nos lecteurs, de notre régisseur et de nos annonceurs, nous avons enfin cette année un bilan notablement positif, et cela en dépit d’une conjoncture locale et régionale particulièrement défavorable. Depuis quatorze ans, je suis le principal actionnaire et le président directeur général de ce journal. Durant cette période, nous avons connu des moments très difficiles comme toutes les entreprises de notre pays. Nous n’avons jamais perdu confiance et nous ne cesserons d’envisager l’avenir avec sérénité. Notre souhait à tous est que notre pays s’engage aussi sur la voie du redressement qui passe indiscutablement à l’heure actuelle par une loi électorale basée sur la petite circonscription qui permet aux citoyens d’être réellement représentés et par des élections véritablement libres. Pour terminer, et en souhaitant à nos lecteurs une très heureuse nouvelle année 2005, j’ose espérer qu’ils fêteront aussi avec L’Orient-Le Jour (probablement sans moi cette fois) notre centième anniversaire. Michel EDDÉ
Paraître sans interruption pendant 80 ans relève de l’exploit qui, je le crois, mérite d’être salué, d’autant plus que les titres de la presse française actuelle, à l’exception du Figaro qui a dû se saborder durant les 4 années d’occupation, n’ont vu le jour que depuis la Libération en 1944, c’est-à-dire il y a tout juste 60 ans.
En dépit de toutes les vicissitudes, de toutes les guerres, des invasions, des occupations, des insurrections, des luttes fratricides, des bouleversements politiques et des crises économiques qui ont jalonné ces quatre-vingts années, notre journal n’a cessé de lutter pour les idéaux de liberté, de justice et de démocratie, sans lesquels notre pays n’a pas de raison d’exister.
Cette longévité et cette fidélité à ces valeurs et à ces principes, nous les devons à une...