Dans cette deuxième et dernière partie, l’auteur tente de répondre aux questions posées dans un précédent article, à savoir quelles sont les possibilités au Liban d’introduire efficacement le concept de responsabilité sociale des entreprises. Est-ce qu’une telle conviction existe au Liban ? Si oui, quels sont les axes d’engagement social possibles au Liban ? Comment les entreprises peuvent-elles appliquer cet idéal malgré les difficultés économiques ? Quel est le rôle des employés ? Et, enfin, quels sont les coûts et les résultats à espérer d’un tel engagement ? (Voir «L’Orient-Le Jour» du 28 décembre 2004).
L’activité associative au Liban est l’une des plus importantes au monde, vu le nombre d’associations comparé au nombre d’habitants. Entre organisations non gouvernementales caritatives, associations familiales, anciens élèves et diplômés des universités, écologie, institutions religieuses, clubs sportifs et autres, une myriade d’associations à but non lucratif (du moins c’est ce qu’elles annoncent...) s’activent dans le pays, cherchant plus ou moins désespérément des fonds publics locaux (ministères des Affaires sociales, de la Jeunesse et des Sports, voire de l’Environnement) mais aussi privés et internationaux.
De l’autre côté, plusieurs grandes entreprises, notamment les banques, se lancent petit à petit dans des projets de « sponsoring actif », qui dépassent le cadre de dons directs sans suivi (circuit de charité traditionnel qui reste en vigueur) vers une ébauche de partenariat, surtout visible dans l’activité culturelle et sportive (mécénat artistique, festivals d’été, évènements sportifs...).
Si les entreprises n’ont que rarement tenté de se lancer dans les partenariats à caractère purement social, c’est que plusieurs difficultés se dressent autour de ce domaine tellement en besoin :
– Le caractère confessionnel de la grande majorité des associations à but social (orphelinats surtout), ce qui pose une difficulté majeure aux entreprises qui se disent « laïques ».
– Le manque de crédibilité de beaucoup d’associations qui servent des objectifs politiques.
– La régionalisation de plusieurs associations (problème lié aux deux premiers).
– L’absence de communication adéquate des associations.
– L’absence de transparence.
– La gestion par des volontaires de la majorité des organisations non gouvernementales, à un moment où la « bonne gouvernance » exige un professionnalisme à tous les niveaux de l’activité (pas uniquement l’action « sur le terrain » des assistantes sociales mais aussi des cadres supérieurs et autres membres des conseils d’administration).
– L’absence de planification à long terme, qui permettrait aux associations de construire des partenariats sur la durée, projet par projet.
Néanmoins, tous ces problèmes peuvent être dépassés par les entreprises qui ont une volonté sincère et une conviction solide de l’importance de l’action sociale. Dans un pays qui n’accorde aucun avantage fiscal aux entreprises qui s’engagent socialement (cela représente d’ailleurs un projet que pourrait présenter un député), il n’est pas facile de convaincre les entreprises en ces temps de crise d’ouvrir de nouveaux chantiers en matière de management, chantiers qui ne manqueraient pas de réclamer un financement...
Essayons quand même d’identifier quelques points qui pourraient inciter les entreprises et leurs dirigeants à considérer cette nouvelle approche de l’action sociale :
– L’image « humaine » que dégage un engagement social soutenu d’une entreprise. Cette image sera travaillée grâce à une communication commune avec l’association partenaire, mettant l’accent non simplement sur la réalisation commune mais sur le problème résolu et les conséquences positives du projet mené.
– La clarté de l’action caritative sur la durée : la planification budgétaire de l’action sociale sera systématique et incluse dans la gestion financière de l’entreprise. Cette clarté bénéficie aux deux parties prenantes.
– En terme de communication interne, l’action sociale de l’entreprise peut et doit attirer l’attention des employés sur un problème social choisi, voire à recruter des volontaires parmi les employés. Le fait d’avoir une entreprise qui s’engage dans des projets sociaux avec une association parallèlement à l’engagement personnel des employés en tant que volontaires de cette même association améliore beaucoup le climat social de l’entreprise.
– Au niveau national, contribuer à la création d’une société plus juste, plus équilibrée ne peut qu’aider au développement social et économique, qui se reflétera finalement sur le chiffre d’affaires de l’entreprise.
– Un engagement sérieux et durable dans des projets loin des opérations quotidiennes de l’entreprise ouvrirait de nouveaux horizons pour l’entreprise et ses ressources humaines. C’est souvent en travaillant sur des dossiers non opérationnels que les managers trouvent des solutions pratiques à leurs problèmes de gestion quotidienne. Il y a souvent de nouvelles idées à puiser dans une activité aussi proche de l’humain que le développement social.
Reste à savoir qui va initier cette approche au sein des entreprises au Liban. La réponse immédiate serait : les dirigeants, souvent propriétaires-gérants de sociétés locales. Mais les managers supérieurs ne sont pas les seuls à pouvoir lancer l’idée : les multinationales opérant au Liban sont souvent invitées par leur maison mère à entamer des actions sociales, avec des directives plus ou moins précises.
Et le grand défi actuel est de motiver les employés, notamment les cadres moyens qui représentent la majorité des employés dans le secteur des services (premier secteur au Liban par le chiffre d’affaires), à demander à leurs conseils d’administration d’engager leur entreprise dans une action sociale d’envergure.
Omar MOMTAZ
Institutions des œuvres sociales au Liban
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L’activité associative au Liban est l’une des plus importantes au monde, vu le nombre d’associations comparé au nombre d’habitants. Entre organisations non gouvernementales caritatives,...