La rébellion irakienne peut compter sur plus de 200 000 combattants et sympathisants, selon les estimations d’un chef du renseignement irakien qui dresse un sombre tableau de la situation sécuritaire dans le pays à moins de quatre semaines des élections générales. « Je crois que le nombre de résistants est supérieur à celui des militaires en Irak. Je crois que la résistance compte plus de 200 000 personnes », déclare le directeur du service de renseignements irakien, le général Mohammed Abdallah Chahwani, lors d’un entretien avec l’AFP.
Quelque 40 000 personnes forment le noyau dur des combattants. Les autres sont des combattants à « temps partiel » ou des sympathisants qui fournissent des renseignements, un appui logistique et des refuges aux rebelles, selon lui.
Ce nombre est supérieur aux estimations de l’armée américaine en Irak, qui essaie de réduire la rébellion depuis le renversement de Saddam Hussein en avril 2003. Un haut responsable militaire américain refuse de confirmer ou d’infirmer les chiffres du général Chahwani, affirmant sous couvert d’anonymat que l’armée « ne possède pas d’estimations précises sur le nombre d’insurgés ».
L’armée américaine a revu ses estimations à la hausse en octobre, donnant le chiffre de 20 000 rebelles contre 5 000 auparavant. Selon des experts militaires, le nombre d’insurgés est impossible à préciser. Ils estiment cependant « valable » le chiffre du général Chahwani, en tout cas plus crédible que les estimations américaines.
L’analyste Anthony Cordesman, spécialiste de l’Irak au Centre d’études stratégiques et internationales à Washington, indique pour sa part que les chiffres du général Chahwani « reconnaissent le large soutien dont bénéficie la rébellion dans les régions sunnites, tandis que ceux des Américains minimisent ce fait jusqu’à le nier ». Ce soutien se concentre notamment dans les provinces de Bagdad, Babel, Salah Eddine, Diyala, Ninive et Taamim, foyer des sunnites, marginalisés du processus politique depuis l’invasion américaine.
Les liens tribaux et les rapports étroits avec l’ancienne armée (400 000 hommes) dissoute par les Américains en mai 2003 ont renforcé la rébellion. « Les Irakiens en ont assez de l’insécurité, du manque d’électricité. Ils ressentent le besoin d’agir. Il faut s’attendre à ce que des vétérans de l’armée et leurs proches rejoignent la rébellion », affirme le général Chahwani.
En raison de la rébellion, plusieurs villes du centre de l’Irak et certains quartiers de Bagdad sont désormais des zones de non-droit, note-t-il.
Il relativise également le succès de l’assaut américain contre la ville rebelle de Falloujah en novembre, présenté comme une victoire majeure sur l’insurrection. « La majorité des insurgés (de Falloujah) sont encore libres. Ils se sont dirigés soit vers Mossoul, soit vers Bagdad ou d’autres régions », explique-t-il.
Selon lui, l’ancien parti Baas serait un facteur-clé de la rébellion. Le Baas se serait scindé en trois groupes, dont le plus meurtrier est celui qui fait encore allégeance à Saddam Hussein. Ces baassistes seraient plus de 20 000. Opérant à partir de la Syrie, le demi-frère de Saddam Hussein, Sabaaoui Ibrahim al-Hassan, et son adjoint Mohammed Younès al-Ahmed financent la rébellion et exploitent leurs rapports avec l’ancienne armée, notamment à Mossoul, Samarra, Baaqouba, Kirkouk et Tikrit, selon le général, qui souligne que l’ancien numéro deux du régime, Ezzat Ibrahim, est également impliqué.
Et lorsqu’on lui demande si la rébellion est en train de gagner en Irak, le général Chahwani répond : « Je dirai qu’ils ne sont pas en train de perdre. »
Ned PARKER (AFP)
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