Les sorties de la semaine
k Alexander
d’Oliver Stone
L’Alexandre d’Oliver Stone est la deuxième adaptation cinématographique de la vie du général macédonien après Alexandre le Grand de Robert Rossen, réalisé en 1956 et porté par Richard Burton dans le rôle titre.
L’un des films les plus attendus de l’année arrive enfin dans nos salles. Stone ne faillit pas à sa réputation de réalisateur «rentre dedans», dont les films appellent à la controverse. Son dernier, loin d’être le meilleur, a cependant de quoi faire parler de lui. Le sujet est effectivement assez périlleux: revenir sur la vie de l’un des plus grands conquérants de l’Antiquité. Riddley Scott et Wolfgang Peterson s’étaient déjà plongés dans cette période pour signer les fresques épiques Gladiator et Troy.
Faisons rapidement une petite parenthèse historique afin de nous mettre dans le contexte. Le film suit la vie d’Alexandre à travers les histoires narrées par Ptolémée: de son enfance à sa mort, des cours d’Aristote aux conquêtes qui firent sa légende, de l’intimité aux champs de batailles. Fils du roi Philippe II, il soumit la Grèce révoltée, fonda Alexandrie, défit les Perses, s’empara de Babylone et atteint l’Indus pour établir à 32 ans l’un des plus grands empires ayant jamais existé.
Les précédents films du réalisateur témoignaient déjà de son profond attachement aux hommes de pouvoir qui ont marqué l’histoire (Nixon, JFK). Ce n’est donc pas étonnant qu’il se soit attaqué à un tel personnage. Le cinéaste choisit de faire de cette superproduction un film intimiste qui met surtout en valeur la personnalité d’Alexandre. Délibérément, Stone prend parti. Le cinéaste met plus l’accent sur la psychologie d’Alexandre que sur son incroyable parcours. Si l’histoire prétend qu’il aurait eu trois femmes, quelques maîtresses et une liaison homosexuelle, le réalisateur privilégie clairement la dernière supposition. Le caractère homosexuel du héros ne fait pas de doute. La femme n’est utilisée que pour procréer. L’amour pur et profond n’est montré qu’à travers la relation d’Alexandre et de Héphaïstion. Mais Stone ne s’arrête pas là. Il laisse entendre que la réelle motivation d’Alexandre, son envie de conquérir toujours plus, viendrait d’abord d’une volonté de s’éloigner d’une mère castratrice. Si Colin Farrell semble s’être investi dans son rôle, il manque considérablement de crédibilité et de charisme pour interpréter un personnage mythique. De plus, l’ensemble de l’interprétation frôle parfois la caricature : Angelina Jolie (la mère d’Alexandre) représente la sorcière castratrice amoureuse de son fils (l’accent qu’elle emprunte est également douteux), Val Kilmer (le père d’Alexandre) est décrit comme un ivrogne rustre et sauvage, Anthony Hopkins (Ptolémée) est, quant à lui, le vieux philosophe nostalgique et rempli de sagesse. Extrêmement théâtraux, les dialogues ne donnent pas la force nécessaire aux acteurs pour construire leur personnage.
Alexander a néanmoins le mérite d’être un projet ambitieux et risqué, ponctué de très belles scènes de combats, notamment celle de l’armée macédonienne contre les Indiens. L’idée de l’inversion des couleurs est un procédé audacieux qui rappelle les qualités du cinéaste. Autre grand défi du film, mené d’une main de maître, est celui d’avoir parfaitement recréé la ville de Babylone, célèbre pour ses jardins suspendus. Le résultat est impressionnant. Techniquement et visuellement grandioses, les combats, les décors ainsi que les costumes captivent le spectateur mais ne semblent malheureusement pas former un ensemble homogène et harmonieux, mais plutôt une série d’éléments détachés les uns des autres.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
k k I Am David
de Paul Feig
I Am David est l’adaptation cinématographique du roman à succès North to Freedom d’Anne Holme. Simple et sans prétention, le film n’a d’autre but que de filmer la découverte de la vie à travers les yeux d’un enfant de douze ans. Détenu prisonnier dans un camp de concentration communiste de Hongrie, David (Ben Tibber) ne connaît rien du monde extérieur. Grâce à l’aide d’une personne dont l’identité n’est dévoilée qu’à la fin du film, il parvient à s’échapper. Avec comme seuls compagnons un compas et une lettre mystérieuse, le jeune garçon commence son odyssée. Malgré un message de base un peu mielleux (la vie est un cadeau) et quelques épisodes plutôt improbables, voire artificiels (la scène où David sauve une fillette d’un incendie), l’histoire parvient néanmoins à toucher et à émouvoir. Le spectateur suit le voyage initiatique d’un enfant. Il est témoin des ses premiers pas, de ses premières expériences, de ses peurs et de son évolution. Essentiellement construit autour du personnage de David, le film se divise en plusieurs épisodes (marqués par les différentes rencontres que le garçon fait) et est également ponctué de flash-back. Ces scènes s’intéressent précisément aux liens qui unissent David à l’un des prisonniers du camp (joué par Jim Caviezel), sorte de père protecteur. Ben Tibber porte avec brio le film sur ses épaules. Les émotions grimpent crescendo tout au long du film. Le réalisateur manipule d’ailleurs parfaitement le spectateur et connaît les astuces pour lui tirer quelques larmes. Rien à craindre, l’expérience est assez agréable, il suffit de se laisser porter.
EMPIRE ABC/SODECO/
GALAXY, ESPACE
l Cellular
de David R. Ellis
Le scénariste Larry Cohen semble incontestablement avoir été touché par le mal du siècle: la téléphonite aiguë. Après s’être occupé du scénario de Phone Booth, il rempile et propose un nouveau film avec la même idée de base: couper la communication entraîne la mort. Une jeune femme (Kim Basinger), kidnappée et séquestrée, passe un appel téléphonique au hasard et tombe sur Ryan (Chris Evans). Ce dernier, qui n’a rien d’un superhéros, se lance dans une course contre la montre afin de sauver celle qui n’est qu’une voix.
Histoire de ne pas trop montrer qu’il manque d’inspiration, Cohen inverse cette fois le principe. Le jeune homme au bout du fil n’est pas enfermé dans une cabine mais libre comme l’air. Cela permet ainsi de donner la bougeotte au personnage central, de l’impliquer dans de multiples courses-poursuites, carambolages et combats à coups de poing. Rien à dire, Cellular maintient un rythme respectable, mais le spectateur ne peut s’empêcher de sentir naître une petite irritation face à la dose indigeste d’improbabilités et de rebondissements totalement prévisibles. Inévitablement, le suspense lâche l’histoire et le spectateur doit alors se rabattre sur les personnages, le scénario ou le décor. Si les acteurs offrent des prestations «respectables», ils incarnent des rôles assez réductifs (la kidnappée est jolie, le méchant est très méchant et le héros a le physique d’un sportif). Côté scénario, nous dirons simplement que ce n’est pas le point fort du film. Quant à la ville de Los Angeles, elle se présente plutôt comme une jolie carte postale, à l’opposé du Los Angeles singulier et envoûtant du réalisateur Michael Mann dans Collateral.
Circuit EMPIRE (Sauf SOFIL et ST-ÉLIE), ESPACE, FREEWAY
Sorties prévues pour le jeudi 6/01/2005 (sous réserves) :
- The Manchurian Candidate, de Jonathan Demme, avec Denzel Washington et Meryl Streep.
- Les rivières pourpres 2: les anges de l’apocalypse, d’Olivier Dahan, avec Jean Reno et Benoît Magimel.
Paroles dE cinéma
Caméra rapprochée
Le monde est «Stone»
Passionné par tous les aspects du 7e art, Oliver Stone n’aura de cesse de se diversifier et de cumuler les fonctions : réalisateur, producteur, scénariste et même acteur. Scénariste de tous ses films, il sera aussi crédité pour les scripts de Midnight Express, Scarface ou encore Evita. En tant que producteur, on le retrouvera notamment aux génériques de Blue Steel, Reversal of Fortune et Larry Flynt.
Sa carrière de réalisateur ne décolle vraiment qu’en 1986, avec Salvador et Platoon. Le premier s’en prend à l’interventionnisme américain en Amérique du Sud, tandis que le second restitue les combats au Vietnam. Pour cette dernière œuvre, quasi autobiographique, il obtiendra l’Oscar du meilleur réalisateur. En 1987, avec Wall Street, il s’en prend aux courtiers et anticipe la crise boursière. En 1989, Born The 4th of July évoque la difficile reconstruction psychologique des vétérans du Vietnam (nouvel Oscar du meilleur réalisateur). Puis vient le scandale de JFK dans lequel Stone accuse la CIA de complicité dans le meurtre du président américain. Trois ans plus tard, autre film, toujours accompagné de la même controverse qui s’attache au réalisateur telle son ombre: Natural Born Killers. Stone est alors accusé de faire l’apologie de l’ultraviolence. Il ne faut pas oublier pour autant de mentionner quelques œuvres moins scandaleuses mais intéressantes, comme The Doors ou U-Turn. Par la suite, le réalisateur s’est repenché vers des films politiques et historiques: après deux documentaires sur Fidel Castro et la Palestine, il filme l’épopée d’Alexandre le Grand, un film qui fait également couler beaucoup d’encre.
D.D.
Courrier
«Bleu, Blanc, Rouge» : la trilogie des couleurs
Inspirée des trois couleurs du drapeau français, la trilogie Bleu, Blanc, Rouge marque la magie de l’univers du réalisateur polonais Krzysztof Kieslowski. Il traite des thèmes aussi abstraits que la liberté, l’égalité et la fraternité, des notions «infilmables» qu’il concrétise de manière très accessible.
Dans Bleu, Julie (Juliette Binoche), la femme d’un grand compositeur qui a trouvé la mort avec leur enfant lors d’un accident d’automobile, va tenter de retrouver la liberté malgré les pressions et les pièges de son entourage. Ce personnage stoïque face aux signes et aux événements qui l’assaillent aura l’envie de lutter et de vivre.
Dans Blanc, Dominique (Julie Delpy) quitte son mari Karol et avoue au tribunal qu’il est impuissant. Le divorce est prononcé. Karol rentre à Varsovie, humilié, sans le sou, et tente de s’imposer en tant que l’égal de sa femme… pour se venger d’elle.
Dans Rouge, Valentine (Irène Jacob) fait la connaissance d’un juge retraité, amer et misanthrope. La fraternité la pousse vers le juge pour le sauver.
Au cœur de ces trois films résident un symbolisme et une métaphysique qui remettent en question beaucoup de choses. Esthétiquement fabuleuses, ces trois œuvres sont d’une force incroyable, avec des histoires simples mais bouleversantes et poignantes à la fois. La présence d’émotions fortes, les images d’une poésie magistrale et l’atmosphère musicale troublante en font une trilogie éblouissante et vraiment réussie.
Élias Abou Charaf
En gros plan
Paroles d’un rebelle: Sean Penn
«L’état actuel d’Hollywood est navrant. La plupart des films tentent d’impressionner, plutôt que d’exprimer (...). On camoufle les problèmes derrière des poursuites de voitures et des vaisseaux spatiaux. Je ne dis pas que ce genre de films n’a aucune valeur – je respecte totalement l’importance du facteur distraction –, je dis simplement qu’il devrait y avoir un équilibre entre les films de ce genre et des films plus “importants”, et que ce n’est pas le cas.» Le tableau brossé par Sean Penn a déjà été rapporté, mais il reste valable: il est cruel et, si l’on y ajoute l’épidémie des remakes et des suites, il est complet. Certes, des cinéastes de talent travaillent à Hollywood, d’où nous viennent, de temps à autre, des films remarquables. Mais le «business» demeure la préoccupation dominante.
Il y a le Sean Penn cinéma et le Sean Penn politique (étroitement mêlés). L’homme est d’une franchise terrible, et il ne ménage personne – à commencer par le président Bush, comme on sait. Pour conclure: il est plus que douteux qu’on puisse voir au Liban le dernier film réalisé par Sean Penn: The Assassination of Richard Nixon!
J.-P. GOUX-PELLETAN
Contacts: Société générale de presse et d’édition SAL, Kantari, imm. Kantari Corner. E-mail: redaction@lorientlejour.com (230 mots).
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR DYMA DEMIRDJIAN
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