Ni l’âge ni l’adversité n’ont eu raison du talent, de la créativité et de la volonté des Cool Crooners, le plus ancien groupe de jazz du Zimbabwe, récemment parvenu à une célébrité internationale et qui vient d’enregistrer son deuxième album en France.
Les piliers des Cool Crooners faisaient déjà vibrer les tavernes des ghettos noirs dans les années 50. Mais ils n’ont rien perdu de leurs voix fortes et claires, ni de leurs pas de danse étudiés qui font brûler les planches.
«Parfois, les gens sont surpris de voir des vieux comme nous chanter encore», admet Abel Sithole, 70 ans.
Le groupe est né dans le township de Makokoba, le plus ancien ghetto noir de Bulawayo, deuxième ville du pays, à 459 km au sud-ouest de Harare, et l’un des plus pauvres.
Leur « township jazz » est une fusion de blues américain et de jazz occidental mêlés de rythmes africains et de chants traditionnels.
Sithole reconnaît avec fierté l’influence de grands artistes sud-africains, tels que les Manhattan Brothers et Miriam Makeba.
«Notre musique vient du marabi (style musical des années 20 issu du ragtime américain et du blues, qui faisait fureur dans les bidonvilles de Johannesburg) au son duquel nous avons grandi», ajoute-t-il.
Les Cool Crooners ont réussi à survivre dans un pays où, jusqu’à il y a peu, la musique n’était pas considérée comme une profession permettant de gagner sa vie de façon décente, et où les musiciens étaient souvent qualifiés de fainéants, d’inutiles voire de délinquants.
Mais ils ont tenu le coup grâce à leur passion du jazz et à leur détermination, explique Sithole qui a débuté en 1956.
«Je pourrais chanter depuis plus de 48 ans, mais mon père était contre », précise-t-il. « Je pense que j’ai pu tenir grâce à ma volonté de réussir, en dépit des perturbations de la guerre de libération », ajoute-t-il.
Dans les années 60, le jeune jazzman rejoint la guérilla qui combat le régime colonial britannique. Il est fait prisonnier en 1969 et condamné à mort, peine qui sera commuée en 18 ans de prison. Il purgera dix ans avant d’être libéré lors de l’amnistie décrétée au moment de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie du Sud, en 1980.
À sa sortie de prison, il a le choix entre s’engager dans l’armée ou dans la police. «J’ai refusé et j’ai continué avec la musique.»
«J’adore la musique et c’est ce que fais de mieux», explique-t-il, ajoutant: «Je peux chanter n’importe quel standard de jazz, avec n’importe quel groupe, même sans répéter.»
Les Cool Crooners ont en fait débuté séparément au sein de deux groupes, les Cool Four et les Golden Rhythm Crooners, pour n’en former qu’un seul dans les années 90.
Bien qu’ils chantent presque tous depuis près d’un demi-siècle, ces jazzmen sont longtemps restés dans l’ombre. Ils n’ont été « découverts » qu’il y a quelques années à Bulawayo par le réalisateur français Patrick Meunier qui tournait alors un documentaire, sorti en 2001.
Le groupe – composé aujourd’hui de Timothy Sekane, 72 ans, Abel Sithole, 70 ans, Lucky Tondhlana, 65 ans, et Eric Juba, 54 ans – a depuis enregistré deux CD, dont le dernier ce mois-ci en France.
Leur célébrité internationale toute neuve leur a enfin permis non seulement de se produire davantage au Zimbabwe, mais aussi de partir en tournée au Canada, aux États-Unis, en France, en Suisse, en Tunisie, en République démocratique du Congo (RDC), au Malawi, en Tanzanie et au Kenya.
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