Après un essai sur le management au Liban (publié dans L’Orient-Le Jour en mai), voici une réflexion à l’usage des entreprises et de leurs dirigeants. Il s’agit de présenter le concept de développement durable sous un aspect pratique, touchant directement les décisions quotidiennes dans le monde des affaires.
Cette approche, connue sous les noms de « responsabilité sociale des entreprises » ou « Corporate Social Responsibility », gagne du terrain dans les sociétés industrielles avancées, bien que les États de tels pays réalisent l’importance du développement social et lui dédient les efforts nécessaires.
Mais qu’en est-il d’un pays en développement comme le Liban ? Les entreprises sont-elles conscientes de l’importance du partage ? Quels sont les outils dont elles disposent ? Quels objectifs peuvent-elles réaliser en incorporant cette philosophie dans leur activité ?
Depuis quelques années, l’Organisation des Nations unies a mis en avant l’idée de développement durable. Cette nouvelle approche du partage des richesses entre les nations industrielles et les pays en voie de développement fut la conséquence logique du mauvais usage des aides qui souvent étaient détournées au profit des régimes en place dans les pays les moins riches.
Un vieil adage libanais dit : « mieux vaut apprendre à pêcher que donner tous les jours un poisson à manger. » De fait, au lieu de créer une dépendance alimentaire et sanitaire de populations entières, en jetant les aides financières « à fonds perdus », l’Onu et les pays donateurs commencent à changer la philosophie des aides au développement. Ils préfèrent désormais investir dans des projets productifs qui permettent aux populations en difficulté d’assurer leurs propres besoins. Des aides techniques à l’agriculture en passant par les systèmes d’irrigation jusqu’aux usines adaptées, les aides au développement s’éloignent de la finance pour se rapprocher des investissements « en nature ».
Cette nouvelle approche, qui commence à faire ses preuves sous la forme de « success stories », notamment sur le continent africain, est aussi appliquée au niveau micro-économique dans les pays développés. Elle consiste à engager les entreprises dans le développement social des plus démunis, en sortant des sentiers battus de la « bienfaisance » ou de la « charité » qui ont prévalu jusqu’ici.
Un des exemples les plus connus sont ceux de Bill Gates et Microsoft. Au lieu de se limiter à verser des sommes certes importantes annuellement aux différentes associations américaines, l’homme le plus riche du monde a mis en place une politique d’investissement dans l’éducation qui permet d’aider ses concitoyens les plus démunis à avoir accès à l’éducation et surtout à l’informatique. C’est sa façon de contribuer à la réduction du « fossé digital » (digital divide) au sein de la société américaine.
Généralisée à divers aspects au sein des entreprises, cette méthode de partenariat et de suivi des aides est connue sous le nom de « responsabilité sociale des entreprises ». Depuis longtemps, beaucoup d’entreprises multinationales et surtout européennes ont choisi chacune un problème humain ou social particulier, et se sont fait les « partenaires privilégiés » des associations non gouvernementales ou des agences gouvernementales qui s’attaquaient au dit problème. Souvent, le problème en question avait plus ou moins un lien avec l’activité principale de l’entreprise. Exemples : France Télécom (télécommunications) soutient les enfants autistes ; Nike (chaussures de sport) fait campagne contre les mines anti-personnel ; IKEA (meubles) plante des forêts en Amazonie, etc.
À noter la différence entre l’engagement social de développement et les activités traditionnelles de sponsoring. Dans le premier, le but recherché n’est pas uniquement l’amélioration de l’image de l’entreprise mais surtout une réelle contribution à l’avancement de la société (de l’environnement en général) dans laquelle évolue l’entreprise. Si le sponsoring peut être justifié financièrement à coup d’études de marché portant sur l’image et le « brand awarness », la responsabilité sociale d’une entreprise est un investissement à très long terme, émanant d’une conviction profonde chez toutes les parties prenantes de l’entreprise (actionnaires, dirigeants, employés, voire clients et fournisseurs) que personne ne peut avancer seul et réussir dans une société confrontée à de nombreux problèmes.
Est-ce qu’une telle conviction existe ? Si oui, quels sont les axes d’engagement social possibles ? Comment les entreprises peuvent-elles appliquer cet idéal malgré les difficultés économiques ? Quel est le rôle des employés ?
Tâchons de répondre à ces questions, en espérant convaincre les Libanais de l’importance de l’équilibre social pour un pays comme le nôtre.
Omar MOMTAZ
Institutions des œuvres
sociales au Liban
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