Les sorties de la semaine
k k The Polar Express
de Robert Zemeckis
Adapté du célèbre conte éponyme de Chris Van Allsburg, The Polar Express marque la troisième collaboration entre le cinéaste Robert Zemeckis et l’acteur Tom Hanks. Entièrement réalisé en image de synthèse, le film suit la quête initiatique d’un jeune garçon qui doute de l’existence du père Noël et qui décide de monter dans un train en partance pour le pôle Nord.
Ce n’est pas tant l’histoire ni les personnages qui retiennent l’attention, mais plutôt l’énorme avancée technologique. Zemeckis a en effet opté pour un procédé révolutionnaire appelé «performance capture», soit une version très avancée de la technique du «motion capture» (utilisée notamment dans Titanic, Star Wars: Episode I- The Phantom Menace et The Lord of the Rings). Le principe consiste à créer des personnages virtuels à partir de l’interprétation d’un acteur. Celui-ci porte une combinaison recouverte de capteurs placés à des points stratégiques. Les données recueillies sont ensuite traitées par ordinateur. Outre l’aspect réel, l’intérêt du procédé permet également aux acteurs d’avoir la liberté d’interpréter n’importe quel personnage, quels que soient sa race, son age ou son sexe. Ainsi, Tom Hanks prête son corps à cinq des rôles principaux, dont un enfant de huit ans.
The Polar Express se présente comme un spectacle effrayant de grandeur et de vérité. C’est donc aux spectateurs de s’habituer à ces personnages fictifs et pourtant troublants de réalisme. Quelques problèmes subsistent néanmoins: si la gestuelle des personnages semble naturelle, leur démarche paraît saccadée et leur regard éteint. Impossible donc de découvrir le miroir de l’âme. Là réside la faiblesse majeure du film. Les décors sont certes somptueux, la musique entraînante, mais les personnages dégagent peu d’émotion. Ils sont comme écrasés par le poids de la technologie et ne parviennent pas à toucher les spectateurs.
Quoi qu’il en soit, ces derniers se consoleront grâce au spectacle féerique, esthétique et grandiose de plusieurs scènes marquante, telles que celles du ticket volant, du train qui déraille sur un lac glacé et d’une horde impressionnante d’elfes et de caribous. L’audience, incontestablement, se laissera transporter par ce plaisir visuel.
Circuit EMPIRE (sauf SOFIL et SODECO), ESPACE, FREEWAY
l Resident Evil: Apocalypse
d’Alexander Witt
Après Resident Evil, Milla Jovovich incarne de nouveau Alice Pospero, héroïne des célèbres jeux vidéo. Les spectateurs la retrouvent là où ils l’avaient laissée, au beau milieu de Raccoon City (mélange entre Manhattan et Tokyo). Accompagnée d’un groupe de survivants, elle cherche un moyen de combattre le virus ayant transformé les habitants de la ville en zombies assoiffés de chair fraîche.
Rien de bien nouveau donc comparé au premier volet, si ce n’est que le précédent épisode se déroulait sous terre et que là les méchantes bébêtes font surface. Une créature nommée Nemesis fait également son entrée (elle est le sous-titre du troisième volet de la série de jeux). Comme la plupart des suites, The Apocalypse accumule les superlatifs: plus d’action, de zombies, de gore et de mitraillettes. Si le film lasse moins que le numéro un et s’il semble moins oppressant (du fait que l’histoire se déroule cette fois-ci en plein air), il reste tout de même redondant. Le public connaît effectivement la chanson: les monstres, toujours autant carnivores, continuent de pousser des cris grotesques; Milla joue évidemment les gros durs et la fin laisse présager une suite. La mise en scène a néanmoins le mérite d’être dynamique, renforcée par un montage qui multiplie les ralentis et les cadrages serrés des scènes de combats. Destiné surtout aux fans de jeux vidéo et à la gent masculine sûrement émoustillée par des jeunes femmes qui jouent les Rambos, le film n’a d’autre prétention que d’offrir du spectacle (déjà-vu).
Le public notera également certaines références à d’autres films d’action : Mortal Combat (lors de l’ultime confrontation entre Alice et le Nemesis), Evil Dead (la scène du cimetière) ou encore 28 jours plus tard (la scène de l’église). Manque d’inspiration ou clin d’œil ?
Sortie repoussée pour
le jeudi 13 janvier 2005
l Ned Kelly
de Gregor JordanAdapté du roman de Robert Drewe, Our Sunshine, le long-métrage revient sur la vie de l’un des héros les plus populaires d’Australie, Ned Kelly, qui se dressa contre l’injustice durant la période victorienne. Né en 1855, il devient l’ennemi public numéro un après avoir soi-disant tiré sur un policier. Accompagné de son frère et de deux autres complices, il fonde un gang qui sème le trouble de 1878 à 1880.
Les Australiens se sentiront certainement plus concernés par cette tranche d’histoire que nous. D’autant plus que le film perd rapidement l’attention des spectateurs à cause d’une mise en scène plutôt lente, de scènes étirées et de quelques plans dénués de sens, tels que ceux des oiseaux, des arbres, de la faune et de la flore. La nature cacherait-elle un quelconque message sur la liberté et la tolérance, thèmes principaux du film? Si le sujet se présente comme fort intéressant, le cinéaste l’a malheureusement mal présenté. Cela dit, l’honorable interprétation des acteurs rehausse le tout. La distribution compte notamment Heath Ledger, Orlando Bloom et Geoffrey Rush.
CONCORDE, ABRAJ, ZOUK
Sorties prévues pour le jeudi 31/12 (sous réserves) :
- Cellular, de David R. Ellis, avec Kim Basinger et Chris Evans.
- The Manchurian Candidate, de Jonathan Demme, avec Denzel Washington, Liev Schreiber et Meryl Streep.
- I am David, de Paul Feig, avec Ben Tibber, James Caviezel et Joan Plowright.
– Alexander, d’Oliver Stone, avec Colin Farrell, Rosario Dawson, Anthony Hopkins, Angelina Joli et Val Kilmer.
Paroles dE cinéma
Caméra rapprochée
Zemeckis: entre
divertissement et fantastique
Au cours de ses études, ce natif de Chicago écrit, produit et réalise Field of Honor, un court-métrage qui obtient l’Oscar de meilleur film d’étudiant et décroche une quinzaine de récompenses un peu partout dans le monde. En 1978, grâce au soutien de Steven Spielberg, Robert Zemeckis signe son premier long-métrage, la comédie Crazy Day (une évocation de la première tournée des Beatles). Mais c’est en 1984, avec le film d’aventure Romancing the Stone (avec Michael Douglas), que le cinéaste connaît son premier grand succès public. Dès lors, il accumule les succès, son cinéma de divertissement se mariant régulièrement avec le fantastique, comme dans la saga de Back to the Future (1985, 1989, 1990) ou encore Death Becomes Her (1992). La face plus humaniste du cinéaste transparaît dans Forrest Gump (1994) et Cast Away (2000), tous deux portés par Tom Hanks.
Réalisateur, scénariste et producteur de renom, Zemeckis est toujours à l’avant-garde de son art. Sa contribution au cinéma d’animation le confirme: en 1987 il fait sensation avec Who Framed Roger Rabbit?, mêlant prises de vues réelles et célèbres héros animés, puis retrouve Tom Hanks en 2004 pour The Polar Express et son procédé de «motion capture».
D. D.
Courrier
Harry prend de la graine!
De nature plutôt curieuse, j’ai toujours aimé comparer les livres que j’ai lus à leur adaptation cinématographique. De La reine Margot à la trilogie du Seigneur des anneaux, en passant par Vipères au poing ou Embrassez qui vous voudrez, ils avaient presque tous relevé le défi de l’écrivain, sachant respecter l’univers ou l’humour des personnages. Mais j’ai envie de lancer un énorme coup de gueule au réalisateur des Harry Potter. Je crois n’avoir jamais lu ces livres avec autant d’appétit, peu importe le nombre de pages, ils n’ont jamais résisté plus de trois jours entre mes mains. J’ai tout de suite adoré. Harry devenait mon héros. Parfois le soir, au fond de mon lit, je pensais très fort «lumos!» en espérant que la magie des pages s’accomplirait devant moi et que ma chambre s’illuminerait. Vous imaginez ma déception devant ces pauvres films aux effets spéciaux grossiers et exagérés. Pas un brin de finesse ou de suspense… Toute la magie de J.K. Rowling s’est envolée avec les dollars investis. Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban a un peu remonté la moyenne, mais les deux premiers restent un flop monstrueux… J’attends avec impatience La coupe de feu pour affiner mon avis. En attendant, je surfe sur le site Web pour commander le tome 6 qui se fait attendre.
Nour Najjar
En gros plan
La leçon des «Choristes»
Outre la leçon de musique et de chant, Les choristes délivre un enseignement tout à fait intéressant au niveau du cinéma (côté exploitation). Voilà un film – français – qui, a priori, ne disposait d’aucun atout «commercial». Pas de vedettes, pas de sexe, pas de violences spectaculaires, pas de mise en scène extravagante. Et une intrigue toute simple. Avec une promotion plus que discrète. Et pourtant, le public a accroché et, semaine après semaine, il a fait du film de Christophe Barratier un vrai succès [1].
Certes, la presse avait fait son travail en soulignant les qualités du film (et sa carrière-record en France: près de 8 millions d’entrées!). Mais c’est le bouche-à-oreille qui a joué le rôle essentiel, à partir des mérites réels du film: une vérité rare, un dosage parfait d’émotion et de drôlerie, l’écueil évité des clichés et autres facilités, une interprétation sans la moindre faille (la troupe des gosses est étonnante de naturel et d’entrain). Bref, le bonheur: ce n’est pas si fréquent, par les temps actuels, dans les salles obscures. Reste à en tirer quelques leçons. Ce qui est une autre histoire.
[1]: plus de 15000 entrées au Liban!
J.-P. GOUX-PELLETAN
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR DYMA DEMIRDJIAN
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