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Actualités - Rencontre

Rencontre Simon Shaheen: du oud au violon, un amour sans concession(photos)

Cheveux noir d’ébène, moustache à l’orientale, teint clair, accent de Tarchiha (Palestine) d’où il est originaire, tout de noir vêtu comme un héros romantique du haut de ses 49 ans, Simon Shaheen (graphique à l’américaine pour un nom bien de notre région) a une allure de grande jeunesse. Regard vif et pétillant derrière des lunettes de myopie, qui s’allume littéralement dès qu’on évoque le oud (ou le kaman) et le violon, deux amours qui dominent et régissent toutes ses pulsions créatives et sa sensibilité. Instruments de prédilection, pour son cœur, ses sens et son imaginaire, qui partagent sans conteste et sans concession sa vie. Une vie établie depuis l’âge de 20 ans à New York, où il a émigré pour terminer des études supérieures à l’École de musique de Manhattan (avec une maîtrise en violon) alliant les «takassims» de la musique arabe à la prosodie de la musique classique occidentale. Un musicien unique en son genre, qui interprète avec brio aussi bien une Partita de Bach sur son Galiano italien 1773, que les mélopées lyriques des «mouwachahat» andalous sur son oud. On l’avait applaudi il y a quelque temps à Beiteddine avec son ensemble oriental. Tout en sillonant le monde (sauf la Chine et la Russie où il n’a pas encore donné de concert), il dirige simultanément deux groupes: le Near Eastern Musical Ensemble et le Kantara pour la musique fusion, qui fait actuellement un malheur partout où elle passe. Invité par le Conservatoire national supérieur de musique pour une fructueuse série de «master class», fort de ses sept CD déjà sur le marché dont le dernier, Flamme bleue, délicieux mixage de latino-oriental, a fait un tabac et pulvérisé les records de vente tout en raflant trois Grammy, nominé également pour onze prix, il avoue, comme un enfant pris en faute, que c’est la première fois qu’il voyage sans son violon. «Une dualité qui m’habite…» Compositeur, interprète (virtuose) et directeur de deux ensembles de musique, Simon Shaheen, d’une désarmante simplicité et d’une insatiable curiosité intellectuelle, est d’une inépuisable vitalité. Infatigable voyageur, le musicien revient régulièrement à Beyrouth depuis 1996 (révélé par sa prestation au Masrah al-Madina) car, dit-il, «Beyrouth est un centre cosmopolite exceptionnel au Proche-Orient et un confluent de cultures différentes. Avec une remarquable jeunesse ouverte aux beautés du monde…» Pour ce qui est de la musique classique occidentale, incluant les plus belles pages de Brahms, Haydn, Fauré et Debussy, Simon Shaheen a remporté, en 1992, le premier prix de l’archet dans la Compétition de jeunesse pour violon. C’est avec une grande assurance qu’il confie: «Partitas et sonates sont le livre sacré du violon. Bach et Mozart sont ceux qui ont le mieux écrit pour cet instrument…» Et c’est ce qu’il traduit avec éloquence sur son Galiano 1773, inséparable ami d’une indéfectible fidélité. Mais on ne peut pas ne pas se pencher non plus avec Simon Shaheen sur les trémolos et les envolées plaintives ou joyeuses du oud ou du kaman. «Les deux mondes m’habitent , dit-il , cette dualité c’est ma vie. Le oud et le kaman sont pour moi des “médiums”, des moyens d’expression. Sans une grande sincérité, une relation profonde et radicale, faite d’amour et de passion réciproques, avec ces deux instruments, il n’y a pas d’interprète…» Pour ce qui est de la composition, le vent de l’inspiration a toujours soufflé sur Simon Shaheen. Il est né dans une famille où père et oncles étaient musiciens. Les études de composition ont été prises très au sérieux avec un diplôme, obtenu haut la main, de la Colombia University: «L’étude est importante, souligne Shaheen, mais la sensibilité, le talent et la création sont quelque chose de différent. Pour composer j’ai besoin de calme. Je travaille sans partition, sans instrument. J’entends les mélodies dans ma tête, avec leurs arrangements.» Autre souhait pour ce musicien à qui tout réussi? «Oui, dit en souriant ce boulimique du travail, à part sauvegarder ma production et la transmettre aux gens de tout âge, j’aimerais écrire… de la et sur la musique! Écrire surtout en termes scientifiques. Tel l’ouvrage de Stravinsky intitulé Les six conférences.» Et quelle est la définition de la musique pour lui? «La musique c’est le résultat de plusieurs composantes, si l’une manque, la musique est absente... L’important c’est la création d’une mélodie. C’est la forme qui trouve, à travers une expression scientifique, le chemin de la création. La science de la musique est fondamentale, car la science est un art... Ce qui est à mettre davantage en valeur c’est la beauté bien vivante et existante, malgré la chute momentanée, de la musique arabe, celle dont la “assala” (l’authenticité) est évidente. Elle est d’une beauté immortelle.» Edgar DAVIDIAN

Cheveux noir d’ébène, moustache à l’orientale, teint clair, accent de Tarchiha (Palestine) d’où il est originaire, tout de noir vêtu comme un héros romantique du haut de ses 49 ans, Simon Shaheen (graphique à l’américaine pour un nom bien de notre région) a une allure de grande jeunesse. Regard vif et pétillant derrière des lunettes de myopie, qui s’allume littéralement dès qu’on évoque le oud (ou le kaman) et le violon, deux amours qui dominent et régissent toutes ses pulsions créatives et sa sensibilité. Instruments de prédilection, pour son cœur, ses sens et son imaginaire, qui partagent sans conteste et sans concession sa vie. Une vie établie depuis l’âge de 20 ans à New York, où il a émigré pour terminer des études supérieures à l’École de musique de Manhattan (avec une maîtrise en...