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Actualités - Analyse

Macroéconomie Les changes flottants ne sont pas une solution

par Charbel CORDAHI* Le régime de changes le plus approprié pour un pays est une question de circonstances. Les mérites respectifs des taux de change flottants ou fixes dépendent de la situation économique, ainsi que des politiques budgétaire, fiscale et monétaire mises en place. L’instauration d’un régime de changes flottants au Liban ne peut pas, dans le contexte économique actuel, assurer le plein emploi ni maintenir la stabilité des prix. Depuis quelque temps, des voix remettent en cause le système de changes fixes. Pour les défenseurs des changes flottants, la fin des changes fixes permettrait de réduire le chômage en abaissant le prix relatif des produits domestiques et en augmentant la demande mondiale pour les produits libanais. Ils prétendent que les changes flottants protégeraient le pays des chocs monétaires externes, comme par exemple l’inflation importée depuis plus d’un an à cause de la dépréciation du dollar face à l’euro. De même, ils argumentent que les taux de change flottants permettraient un ajustement rapide aux chocs économiques, en absorbant les effets sur l’emploi de la baisse de la demande pour les exportations libanaises et en réduisant le déficit de la balance commerciale. Or, ces arguments ne sont pas d’actualité dans le cas du Liban. Le gouvernement a pris l’habitude de financer ses besoins par recours à l’emprunt. L’adoption d’un régime de changes flottants le libérerait de la nécessité de se préoccuper de la perte de réserves étrangères et le conduirait à s’engager davantage dans des politiques expansionnistes qui provoqueraient une forte inflation. Le taux de change fixe limite la spéculation sur les modifications dans les taux qui pourrait conduire à l’instabilité sur le marché des changes et qui provoquerait des effets négatifs sur l’équilibre intérieur et extérieur. En cas de changes flottants, les modifications du taux auraient des effets macroéconomiques étendus, et la Banque centrale se sentirait, dans l’état actuel de déficit budgétaire et de dette publique, dans l’obligation d’intervenir sur le marché des changes, ce qui accroîtrait l’incertitude sans donner réellement une autonomie plus grande à la politique monétaire. Dans un pays comme le Liban, où les importations constituent une part importante de la consommation intérieure et des échanges internationaux (7,17 milliards de dollars d’importations en 2003, contre 1,52 milliards d’exportations), la réaction des prix domestiques aux variations du taux de change est rapide, et les effets sur le pouvoir d’achat sont significatifs. En abandonnant la fixité du taux de change, le Liban renoncerait aux bénéfices de la prévisibilité de la valeur de sa monnaie sur le commerce et l’investissement. Les insinuations selon lesquelles les changes flottants permettraient de réduire la dette publique ne sont pas réalistes : au 30 novembre 2003, la dette interne représentait 52,8 % de la dette totale, contre 47,2 % pour la dette externe. En cas de dépréciation de la monnaie, la baisse de la dette interne sera compensée par la hausse de la dette externe ! Dans le contexte économique actuel du Liban, le régime de changes fixes crée un environnement plus favorable à la discipline budgétaire et à un faible niveau d’inflation. Cela permet de maintenir la stabilité des prix et de préserver l’équilibre du secteur bancaire. Les appels au flottement de la monnaie sont inconsistants à l’heure actuelle. Il faudrait, avant de passer à un autre régime de change, réduire le déficit budgétaire, rembourser une partie de la dette publique et revenir à la croissance. * économiste, chercheur au Centre de recherches et d’études doctorales de l’Esa
par Charbel CORDAHI*

Le régime de changes le plus approprié pour un pays est une question de circonstances. Les mérites respectifs des taux de change flottants ou fixes dépendent de la situation économique, ainsi que des politiques budgétaire, fiscale et monétaire mises en place. L’instauration d’un régime de changes flottants au Liban ne peut pas, dans le contexte économique actuel, assurer le plein emploi ni maintenir la stabilité des prix.
Depuis quelque temps, des voix remettent en cause le système de changes fixes. Pour les défenseurs des changes flottants, la fin des changes fixes permettrait de réduire le chômage en abaissant le prix relatif des produits domestiques et en augmentant la demande mondiale pour les produits libanais. Ils prétendent que les changes flottants protégeraient le pays des chocs...