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Actualités - Chronologie

CONCERT - À l’amphithéâtre Aboukhater (USJ) Cette grâce caressante de la harpe… (photos)

Sous une pluie battante, un public nombreux à l’amphithéâtre Aboukhater (USJ), venu applaudir la prestation des musiciens du Conservatoire national supérieur de musique absolument fidèles à la qualité et la régularité de leur concert des mardis soir. Sur scène, par alternance, selon les besoins ou l’expression des œuvres interprétées, en duo ou quartette, Nina Fillipova à la harpe, Ondin Brezeanu au violon, Roman Storojenco au violoncelle et Olga Bolun au piano. Le menu, changé en dernière minute sur les cartons d’invitation, aurait gagné à être plus ramassé et gardé un trio sans clavier qui concurrence, et pas dans le bon sens, cette grâce caressante de la harpe qu’on a malheureusement si peu l’occasion d’entendre. Ou peut-être introduction force du clavier et du violoncelle pour laisser un petit répit aux interprètes de la première partie du programme, car le concert s’est déroulé sans entracte, d’une traite. Toujours est-il que voilà un choix peut-être contestable mais certainement généreux de pages (toutes transcrites et arrangées pour des versions où la harpe, le violon et le violoncelle remplacent les «chatoyances» orchestrales ou la voix humaine) de J-S Bach, Rust, Rossini, Bellini, Tchaïkovsky, Ravel, Prokofiev et Chostakovitch. Joli bouquet de notes pour le plus clair plaisir des auditeurs. En ouverture, la phrase fine et architecturée du kantor dans une Sonate en do majeur n°4 pour violon et harpe. Étrange impression de retrouver J-S Bach dans ses andante, allegro, adagio et menuet, avec des accents plus doux (presque plus féminins) avec l’intervention de la harpe et ses accords «liquescents» tandis que le violon d’Ondin Brezeanu faisait un démarrage peu sûr. Suit une autre Sonate en la majeur, toujours en duo harpe et violon, de HF Rust, élève de Bach et considéré comme un précurseur de Beethoven et du romantisme, que les mélomanes découvrent dans une narration pleine d’originalité, notamment cet andante «graciozo» qui fait la part belle aux cordes de la harpe sous une main aussi habile et surprenante que les tisserandes rompues à la tâche... La voix suave et soyeuse de Rossini retentit dans la salle à travers harpe et violon dans un andante «con variazone» d’une mélodie tout en frémissements, à vous emporter sur un nuage… Euphorie totale dans ce souffle joyeux et frais comme une brise printanière entre tendres trémolos du violon et grappes de notes opalescentes d’une harpe habitée d’insaisissables scintillements. Dans le même sillage bel cantiste, la célèbre aria «casta diva», noble prière de la Norma de Bellini avec, pour unique voix, le dialogue du violon et de la harpe qui suppléent aux artifices et beauté des trilles éthérés et vocalises s’élévant en volutes insaisissables des sopranes. Un beau moment qui laisse l’auditeur ému, rêveur et empreint d’un certain bonheur. Place ensuite à Tchaïkovsky avec la Valse sentimentale, où le violon mène les pas tourbillonnants de la danse tandis que la harpe dresse un écran de cristal et de perlettes translucides pour un rythme un peu salonnard avec un fond d’élégante mélancolie, comme il sied à ce compositeur russe à l’esprit cosmopolite et à la tourmente secrète. De Ravel, on écoute la Pavane pour une infante défunte avec l’introduction du violoncelle et du clavier. Partition qu’on écoute, mi-étonné, mi-médusé, dans ses intonations nouvelles et peu familières. Les phrases suivantes, celles de Prokofiev, introduisent les dissonances harmoniques et l’audace moderne dans ce concert plus porté dans sa première partie à la prosodie classique. Scherzo tout en nuances, à la manière des scènes de Roméo et Juliette, d’où émergent ces jolis pas de deux des amants de Vérone. Pour conclure, du Dmitri Dimitrivietch Chostakovitch. Un adagio et une romance. Moments intenses où déferlent avec force des notes en pluie torrentielle. Avec le temps, le modernisme, considéré outrancier au temps de ce musicien qui se fit rappeler à l’ordre plus d’une fois par les sévères autorités soviétiques, s’est coulé dans un moule moins flamboyant. Utilisation subtile de la musique, où le motif est plus présent que le thème. Motifs qui se prêtent mieux à une écriture tout en contrepoint, en dessinant des courbes tourmentées et inattendues autorisant ainsi de multiples modulations. Amplifiées ici par un arrangement qui accorde au violon et à la harpe une part léonine (magnifique glissandi d’un espace transparent comme du verre transparent derrière les cordes tendues et dextrement pincées) à ce que l’on décrit comme l’âme russe dont Chostakovitch, d’un nationalisme ardent, était éperdument épris. Souvent dramatique et solennel, surtout dans les œuvres interprétées ici, plus enclin à la description des émois, des troubles du cœur et d’une intimité sentimentale, on oublie souvent que Chostakovitch eut aussi une grinçante veine satirique. Une trombe d’applaudissements pour des musiciens chaleureusement ovationnés par un public attentif. Sauf la présence de deux zouaves, loulous de quartier venus certainement par erreur dans cette salle et qui étaient plus préoccupés à expérimenter les prouesses de leurs joujoux de mobiles qu’à prêter oreille au désarroi inspiré de Chostakovitch… Et puis, de toute façon, visiblement ennuyés, ils quittent la salle en claquant les talons, au beau milieu du concert, après s’être confortablement installés bien en vue aux premiers rangs… Un bis après d’insistants applaudissements d’un public qui en voulait encore, et la pluie dehors était toujours au rendez-vous. Ce sont là les premiers plaisirs de l’hiver. Edgar DAVIDIAN

Sous une pluie battante, un public nombreux à l’amphithéâtre Aboukhater (USJ), venu applaudir la prestation des musiciens du Conservatoire national supérieur de musique absolument fidèles à la qualité et la régularité de leur concert des mardis soir. Sur scène, par alternance, selon les besoins ou l’expression des œuvres interprétées, en duo ou quartette, Nina Fillipova à la harpe, Ondin Brezeanu au violon, Roman Storojenco au violoncelle et Olga Bolun au piano.
Le menu, changé en dernière minute sur les cartons d’invitation, aurait gagné à être plus ramassé et gardé un trio sans clavier qui concurrence, et pas dans le bon sens, cette grâce caressante de la harpe qu’on a malheureusement si peu l’occasion d’entendre. Ou peut-être introduction force du clavier et du violoncelle pour laisser un petit...