Un « dialogue » national sur les problèmes de la jeunesse saoudienne a recommandé la semaine dernière un accroissement de la participation des jeunes à la vie publique, mais certains intéressés doutent que la culture ultraconservatrice du royaume puisse répondre à leurs besoins.
« Tout ce que nous voulons est incompatible avec la culture saoudienne (...) Pourquoi croyez-vous que nous aimons voyager à l’étranger ? » demande Nora, 21 ans, qui a décrit à l’AFP, en compagnie d’un groupe d’amis « libéraux », leurs « besoins non satisfaits » dans un pays où les femmes ne peuvent sortir que couvertes des pieds à la tête par une « abaya ». « Je retire la abaya dès que je monte dans un avion et je n’éprouve aucun regret », dit en écho Samira, 16 ans, maquillée et vêtue de jeans et d’une chemise à manches courtes, car protégée par le haut mur d’enceinte d’un jardin privé.
Bilal, un ami de 17 ans habillé à l’occidentale, indique qu’il soutient le droit des femmes à ne pas porter la abaya, car « c’est une question de liberté personnelle ».
Ce débat sur les problèmes des jeunes, qui s’est déroulé à Dhahran, dans l’est du royaume, constituait la 4e session du « dialogue national » lancé il y a 18 mois par les autorités dans le cadre d’une timide tentative de réforme.
L’absence de toute référence au code vestimentaire des femmes lors du « dialogue », qui s’est achevé jeudi, ou dans ses recommandations confirme Nora dans sa conviction que la question n’est pas encore à l’ordre du jour dans le royaume. Elle explique que les femmes veulent aussi avoir accès aux théâtres et concerts « ouverts seulement aux hommes ».
Les actrices ne sont pas autorisées à se produire en Arabie saoudite, où le théâtre est un domaine réservé exclusivement aux hommes, alors que les salles de cinéma sont interdites. « Qu’est-ce que les films ont à voir avec la religion ? » interroge Samira.
Les contraintes à la liberté de mouvement des femmes ne se limitent pas à l’interdiction qui leur est faite de conduire une voiture, puisqu’elles n’ont pas le droit de marcher seules dans la rue. « Je veux pouvoir marcher dans la rue Tahliah », dit Manal, 17 ans, en référence à une avenue appelée localement « les Champs-Élysées de Riyad » en raison de ses nombreux cafés. « Je ne peux pas marcher là-bas. Je serai ou bien embêtée par les hommes ou alors réprimandée par la Commission » pour la promotion de la vertu et la prévention du vice (police religieuse), dit-elle.
Mais les garçons souffrent eux aussi de restrictions sociales étouffantes, se plaint Aziz, 16 ans, qui s’est fait réprimander un jour par un membre de la police religieuse pour une coupe de cheveux à la mode. Il se plaint de l’interdiction faite aux garçons non accompagnés d’entrer dans les centres commerciaux, ajoutant qu’un policier lui avait dit une fois qu’il ne pouvait y aller seul que le matin. « Comment pourrais-je faire des courses le matin alors que je suis censé être à l’école ? » demande-t-il.
Walid, 17 ans, proteste contre certains aspects du système éducatif, qu’il décrit, comme d’autres membres du groupe, comme une insulte à leur intelligence. « Le professeur de religion à l’école insiste pour dire que le Soleil tourne autour de la Terre », affirme-t-il ainsi. Aziz ajoute que lorsqu’il avait 7 ans, son professeur de religion lui a montré une vidéo sur le jihad (la guerre sainte) en Tchétchénie.
Dans leurs recommandations, les participants au « dialogue » sur les jeunes ont évoqué la question de l’éducation, appelant à « une révision des programmes scolaires (...) et à la formation continue des enseignants ».
Mais certains jeunes ayant participé au débat ont défendu le système actuel, selon le quotidien saoudien Asharq al-Awsat, édité à Londres.
« Lorsque je voyage à l’étranger, je suis fier de savoir comment faire mes ablutions et raccourcir mes prières (en raison du voyage) », a ainsi déclaré un participant, Ali al-Qarni, cité par le journal.
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« Tout ce que nous voulons est incompatible avec la culture saoudienne (...) Pourquoi croyez-vous que nous aimons voyager à l’étranger ? » demande Nora, 21 ans, qui a décrit à l’AFP, en compagnie d’un groupe d’amis « libéraux », leurs « besoins non satisfaits » dans un pays où les femmes ne peuvent sortir que couvertes des pieds à la tête par une « abaya ». « Je retire la abaya dès que je monte dans un avion et je n’éprouve aucun regret », dit en écho Samira, 16 ans, maquillée et vêtue de jeans et d’une chemise à...