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Actualités - Opinion

ANALYSE - Le double langage de Poutine a trouvé ses limites

Le tournant qui se dessine actuellement dans les relations russo-occidentales est né de la collision en Ukraine de deux lignes contradictoires de la politique du Kremlin : dérive autoritaire en interne et ouverture affichée à l’égard de l’Occident. L’élection en Ukraine, où l’immixtion ouverte de Moscou s’est heurtée à l’implication des Occidentaux en faveur d’une évolution démocratique de facto favorable au candidat pro-européen, a fait éclater au grand jour l’incompatibilité des deux vecteurs de la politique russe. Car si l’Ukraine, désormais imbriquée entre l’UE et la Russie, a été clairement décrétée par les Occidentaux comme un terrain d’application des principes démocratiques partagés sur le papier avec Moscou, le Kremlin considère l’ex-république soviétique comme un sujet de politique intérieure « comme à l’époque soviétique, quand toutes les décisions sur les républiques de l’URSS étaient évidemment prises par le politburo », selon Dmitri Trenine, de l’antenne moscovite du Centre Carnegie. Du coup, les sorties de Vladimir Poutine contre la « dictature » occidentale sur les affaires du monde et sa « phraséologie pseudo-démocratique », contre le donneur de leçons « en casque colonial », ainsi que le coup de colère de Moscou à l’égard de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) « constituent un pas vers le reniement de la doctrine russe de politique étrangère selon laquelle la Russie et l’Occident partagent les mêmes principes humanistes », relève l’analyste Kirill Rogov sur le site libéral Gazeta.ru. La Russie avait repris à son compte après la chute de l’URSS les grands principes démocratiques professés par les organisations internationales dont elle est membre. De plus, Vladimir Poutine avait lancé après son arrivée au pouvoir en 2000 un rapprochement spectaculaire avec les Occidentaux, visant apparemment à ramener son pays dans le « concert des nations ». Mais, dans le même temps, l’ancien agent du KGB artisan d’une guerre meurtrière en Tchétchénie a opéré à l’intérieur du pays un tournant autoritaire de plus en plus marqué. Il a mis au pas les principaux médias, rétabli le règne des services spéciaux, réduit le Parlement à une Chambre d’enregistrement, écrasé toute force politico-financière susceptible de l’inquiéter, et renforcé par tous les moyens la « verticale » du pouvoir. Jusqu’à présent, M. Poutine réussissait plus ou moins à défendre la dichotomie de sa politique, allant jusqu’à « promouvoir à l’ouest l’idée de la spécificité de la démocratie russe, proposant à ses collègues du G8 des raisonnements paradoxaux selon lesquels ce que l’Occident voyait comme un recul démocratique était pour la Russie un progrès », observe Kirill Rogov. Ces explications sont désormais perçues comme de la « propagande », relève-t-il. Le maître du Kremlin « a commencé de détruire ce qu’il avait lui-même construit avec tant de ténacité : la confiance entre la Russie et le reste du monde », relevait cette semaine l’analyste Lilia Chevtsova dans l’hebdomadaire d’opposition Novaïa Gazeta. Selon M. Rogov, la réaction du Kremlin à la crise ukrainienne n’est pas un simple mouvement d’humeur, mais l’expression d’une stratégie conduisant à une « non-démocratie orientale à économie de marché » sur le modèle chinois. C’est-à-dire, avec poursuite d’une intégration économique avec l’Occident mais sans référence aux principes politiques ou démocratiques. Luc PERROT (AFP)
Le tournant qui se dessine actuellement dans les relations russo-occidentales est né de la collision en Ukraine de deux lignes contradictoires de la politique du Kremlin : dérive autoritaire en interne et ouverture affichée à l’égard de l’Occident.
L’élection en Ukraine, où l’immixtion ouverte de Moscou s’est heurtée à l’implication des Occidentaux en faveur d’une évolution démocratique de facto favorable au candidat pro-européen, a fait éclater au grand jour l’incompatibilité des deux vecteurs de la politique russe.
Car si l’Ukraine, désormais imbriquée entre l’UE et la Russie, a été clairement décrétée par les Occidentaux comme un terrain d’application des principes démocratiques partagés sur le papier avec Moscou, le Kremlin considère l’ex-république soviétique comme un sujet de...