Être libanais et jeune à la fois semble incompatible. D’habitude, être jeune signifierait être pur dans ses actes et ses pensées, être plein d’énergie, motivé, se projeter vers de nouveaux horizons. Avez-vous jamais discuté avec cette nouvelle jeunesse libanaise ? Depuis assez longtemps, la jeunesse libanaise, dont je fais partie, est en train de perdre tout son sens. Nous nous retrouvons devant un avenir incertain, face à un entourage irresponsable.
Il suffit de passer quelques heures sur les campus universitaires pour comprendre véritablement les angoisses et les peines de toute une jeunesse qui se retrouve confrontée à plusieurs obstacles et pressions. En effet, les problèmes les plus communs sont l’orientation académique et professionnelle et l’engagement socio-politique. Pour comprendre les problèmes de la jeunesse, il faudrait réexaminer le chemin qu’elle a dû parcourir, voire subir, avant d’aboutir à une certaine maturité.
Ce parcours débute dans les établissements scolaires. De notre temps, l’orientation académique n’était pas efficace. L’autocensure qui résultait de la mainmise syrienne ne permettait pas un véritable enseignement d’éducation civique, d’histoire, un véritable enseignement culturel. Et nous le sentions. Nous pouvions repérer les défaillances du système éducatif, et ceci malgré notre très jeune âge. Nous sentions ce besoin de nous exprimer. Nous voulions connaître la vérité. La transition de l’école à l’université s’est effectuée avec, dans nos têtes, un besoin de repérer et de saisir la vérité.
Arrivés à l’université, beaucoup d’étudiants réalisent leur mauvais choix et interrompent toute une année d’étude pour recommencer une nouvelle licence.
Ensuite, en parallèle avec notre formation scolaire, nous vivons souvent dans un milieu familial très protecteur. Les parents n’arrivent pas à comprendre véritablement le désir d’engagement des jeunes. Souvent, nous nous retrouvons en conflit ouvert avec eux. Ils pensent souvent que s’engager ne sert à rien. Qu’il faudrait juste se concentrer sur ses études, et c’est tout. Je ne voudrais pas rentrer dans les détails qui font que nos parents sont tellement passifs (souvent l’on explique ceci par le fait qu’ils « ont perdu » la guerre, comme si elle était terminée). Mais je me demande souvent : Que nous proposent nos parents en contrepartie ? La solution est-elle de quitter le pays, de prendre le large parce que nous sommes dégoûtés de la situation actuelle ? Et même si l’on venait à être convaincu de l’opportunité de quitter le pays, ce n’est pas facile, à 21 ans, d’aller à la fois vivre, étudier et travailler à l’étranger.
Concernant la famille, les parents orientent souvent leurs enfants vers des choix universitaires qui ne correspondent pas aux véritables désirs et ambitions de ces derniers. D’ailleurs, il semble qu’il existe des normes. Vivre au Liban signifierait, dans l’esprit de beaucoup, être économiste, gestionnaire ou avocat. Mais que pouvons-nous dire aux étudiants qui présentent des dons certains pour l’art, la musique, la peinture ?
De plus, la société libanaise exerce une sorte de répression implicite sur les jeunes. Beaucoup ont analysé cette société. La jeunesse la regarde souvent comme étant vide et mensongère. On vit pour se faire voir et tout ce que l’on nous a appris sur la culture libanaise comme source de multiculturalisme ne paraît être que l’éloge d’un passé très ancien.
Quant aux autorités en place, il ne s’agit pas d’un État au sens réel du terme, mais d’un pouvoir abusif qui cherche à pousser les jeunes à la démission. Depuis mon très jeune âge, j’ai été témoin de ce processus répressif, orchestré non seulement par les « dirigeants » libanais mais aussi par leurs « maîtres ».
Ces facteurs résument très rapidement les principales sources à l’origine de l’angoisse des jeunes. Je voudrais m’adresser essentiellement aux familles et aux établissements scolaires: Ne vous opposez pas aux aspirations de la jeunesse. Si vous voulez la comprendre, vous n’avez qu’à passer une journée à l’université où vous retrouverez beaucoup de têtes souriantes. Mais en ne se fiant pas trop aux apparences, vous retrouverez une tristesse et une angoisse immenses. Nous n’arrivons pas à changer le cours des choses. Le changement que l’on recherche semble être loin.
En écrivant cet article, je me suis basé sur l’opinion d’une majorité d’étudiants. Dire tout haut ce que l’on pense tout bas semble être très difficile dans ce pays. Pour pouvoir changer tout cela, il faudrait qu’il y ait un début d’interaction entre les jeunes et leurs aînés. En attendant des jours meilleurs, en attendant l’émergence d’un Liban meilleur, nous n’avons d’autre choix que de continuer à construire, pierre par pierre, le chemin qui nous conduira à un avenir plus florissant.
Jad AZKOUL
Étudiant en sciences économiques à l’USJ
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Être libanais et jeune à la fois semble incompatible. D’habitude, être jeune signifierait être pur dans ses actes et ses pensées, être plein d’énergie, motivé, se projeter vers de nouveaux horizons. Avez-vous jamais discuté avec cette nouvelle jeunesse libanaise ? Depuis assez longtemps, la jeunesse libanaise, dont je fais partie, est en train de perdre tout son sens. Nous nous retrouvons devant un avenir incertain, face à un entourage irresponsable.
Il suffit de passer quelques heures sur les campus universitaires pour comprendre véritablement les angoisses et les peines de toute une jeunesse qui se retrouve confrontée à plusieurs obstacles et pressions. En effet, les problèmes les plus communs sont l’orientation académique et professionnelle et l’engagement socio-politique. Pour comprendre les problèmes de la...