Cette rubrique vise à donner la parole à une personnalité active sur le plan politique, social ou culturel. Cette personnalité adressera spontanément un message court – une sorte de SMS – aux jeunes.
Cette semaine, à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous avons choisi d’offrir cette tribune à Ghazi Aad, porte-parole de l’association Solide (Soutien aux Libanais en détention et en exil) qui s’occupe du dossier des détenus libanais dans les prisons syriennes. Océanographe de profession et cloué sur une chaise roulante depuis le début des années 90 à la suite d’un accident de la route, il déclare :
« Ces dernières années, les jeunes ont été le moteur de la continuité de la cause des détenus libanais dans les prisons syriennes. C’est avec beaucoup de courage et beaucoup de détermination qu’ils ont soutenu les parents et les associations des droits de l’homme face à la politique du déni des autorités libanaises et syriennes. J’ai un message fort à transmettre aux jeunes, qui doivent lutter surtout contre l’ignorance. »
« Ce qui m’a le plus étonné dans le cadre de mon travail sur le dossier des Libanais victimes de disparition forcée et détenus arbitrairement aux mains des forces syriennes, c’est le degré d’ignorance qu’ont les citoyens libanais de leurs droits civiques. Généralement, le Libanais traite avec la question des droits et des devoirs d’une manière superficielle. Je suis presque sûr que s’il avait une meilleure connaissance de l’essence de ses droits, beaucoup de choses auraient changé. Les agressions contre les droits des citoyens sont nombreuses, mais beaucoup d’entre elles auraient pu être évitées ou résolues si les citoyens étaient au courant de leurs droits et étaient déterminés à en obtenir le respect total, sans exceptions. Beaucoup d’entre eux ignorent que les lois internationales et locales interdisent leur arrestation sans mandat d’amener clair, tout comme elles imposent la nécessité de connaître le lieu de l’arrestation, prohibent l’usage de la torture et mettent l’accent sur la nécessité de nommer des avocats de défense et d’assurer des procès équitables, ainsi que tout ce qui garantit le respect de la vie et de la dignité humaine. »
« Dans les cas de disparitions forcées, la plupart des citoyens ignorent que la disparition est un crime contre l’humanité, un crime continu, sans prescription, jusqu’à ce que lumière soit faite sur le sort de la victime et que les responsables aient été sanctionnés. Dans la plupart des cas, et malgré toutes les lois existantes, le citoyen se résigne devant toutes ces agressions et accepte la logique selon laquelle il ne sert à rien de persévérer face à une affaire de disparition forcée. Certaines familles ont ainsi, malheureusement, annoncé la mort de leurs proches parce que les personnes concernées leur ont indiqué qu’il ne servirait à rien de poursuivre les recherches. Alors que selon la Déclaration universelle pour la protection contre les disparitions forcées, ils ont le devoir d’agir ou de porter plainte officiellement. Ce prétexte du décès de la victime est inacceptable sur le plan légal, sauf si le corps est retrouvé et identifié. Il s’agit d’un principe consacré par toutes les lois divines. »
« Le plus important pour les parents est de savoir qu’ils ont trois droits fondamentaux: savoir quel est le sort qui a été réservé à leurs proches, sanctionner les auteurs des crimes et réclamer des dédommagements. Or les responsables insistent à ajouter à leur panel un autre crime en refusant la reconnaissance de ces droits aux parents et en poussant ces derniers à déclarer le décès de leurs fils. J’aurais souhaité que les parents des 17 000 disparus du Liban ne se taisent pas, continuent à revendiquer leur droit à connaître le sort de leurs proches et se solidarisent avec les parents et les ONG qui œuvrent dans ce sens. Il faut poursuivre sur cette voie pour que le mouvement devienne plus global et plus fort, d’autant que la loi d’amnistie ne touche pas les crimes continus, c’est-à-dire les disparitions forcées. »
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Cette semaine, à l’occasion de l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous avons choisi d’offrir cette tribune à Ghazi Aad, porte-parole de l’association Solide (Soutien aux Libanais en détention et en exil) qui s’occupe du dossier des détenus libanais dans les prisons syriennes. Océanographe de profession et cloué sur une chaise roulante depuis le début des années 90 à la suite d’un accident de la route, il déclare :
« Ces dernières années, les jeunes ont été le moteur de la continuité de la cause des détenus libanais dans les prisons syriennes. C’est avec beaucoup...