Par Salah Honein,
député de Baabda
Le pouvoir libanais est-il conscient qu’il a échoué de façon fracassante parce que sa position officielle s’est éloignée du document de Taëf, dit document d’entente nationale et qui était, jusqu’avant la résolution 1559, l’unique référence légale et légitime concernant la présence syrienne au Liban? Une présence évoquée dans le document de Taëf sous le titre suivant: «Étendre la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire libanais».
Ce titre est très clair et il n’a jamais été question de ce que le pouvoir claironne depuis belle lurette d’un lien de cause à effet entre la présence syrienne et la libération du territoire libanais. Un lien qui s’est transformé, après ladite libération, en une relation organique entre la présence syrienne et la paix globale au Proche-Orient, sans plus...
En outre, l’accord de Taëf est un document purement libanais. Il ne constitue pas un traité bilatéral avec la Syrie, censé ménager son «Ventre mou», comme le prônent inlassablement et d’une manière erronée les farouches gardiens des intérêts syriens au Liban. Et le fait que le pouvoir se soit tellement écarté de la volonté du législateur dote l’opposition d’un sens encore plus poussé de ses responsabilités afin de sauvegarder l’entente nationale. D’autant que l’unique référence s’y rapportant, Taëf, lui donne tous les droits pour s’opposer avec détermination aux allégations des usurpateurs dénuées de tout fondement légal ou légitime.
Rappelons que cet accord de Taëf stipule sans aucune ambiguïté que l’armée syrienne soutiendra les forces de la légitimité libanaise afin qu’elles étendent l’autorité de l’État, et ce sur une durée déterminée de deux ans tout au plus à partir de l’approbation du document d’entente nationale. À la fin de cette période, les deux gouvernements décideront du redéploiement des forces syriennes dans la Békaa, comme ils s’entendront sur le volume des forces syriennes et la durée de leur présence dans la région précitée.
Ce qui fait que les deux parties auraient donc dû être fixées sur cette durée, surtout qu’elle n’avait qu’une seule finalité – étendre l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire libanais – et aucune inconnue. Que viennent faire alors ces inconnues illusoires, imposées de manière illogique, illégale et illégitime? Non seulement a-t-on outrepassé d’une façon outrageuse le document d’entente nationale, mais l’on continue de s’entêter à l’occulter par une phrase que le pouvoir utilise comme un bâton magique: «La présence militaire syrienne est nécessaire, légitime et temporaire.»
Ces mots, qui relèvent plutôt de la magie noire, auraient éventuellement eu un sens s’ils avaient été reliés et associés à la mission fixée par le document de Taëf concernant la présence syrienne et la période qui aurait dû être déterminée par les deux gouvernements pour la réalisation de cette mission. À ce moment-là uniquement, les deux mots «nécessaire et légitime» auraient été en harmonie avec le mot «temporaire».
Sauf que ces trois mots juxtaposés représentent une énorme contradiction et ne peuvent que sonner bien faux à l’oreille de tout homme du pouvoir, même médiocrement averti. Puisque nécessaire veut dire «essentiel, indispensable, inévitable, obligatoire», et que légitime signifie «qui est fondé en droit, qui est consacré et reconnu par la loi». Par conséquent, ce qui est nécessaire ne peut être temporaire dans l’absolu, sauf si la nécessité est définie par un objectif bien précis dans l’espace et le temps. Et ce qui est légitime étant reconnu par la loi, la présence syrienne ne peut être légitimisée que par le document de Taëf, et tout ce qui n’est pas conforme à ce texte est donc illégitime. Par ailleurs, la consécration et la reconnaissance par la loi ne peuvent être que pérennes et permanentes. Par conséquent, «légitime» et «temporaire» ne peuvent non plus concorder que dans un cadre de mission tel que défini par Taëf, jamais dans l’absolu. Cela sans oublier que le document d’entente nationale avait été l’aboutissement de quinze années de souffrances, alors que la phrase magique utilisée par nos «responsables» n’est que le fruit de leur imagination, fertile quand il s’agit de suivisme.
De plus, le document de Taëf avait reçu l’aval des pays arabes en plus des garanties du comité tripartite. Aussi, a-t-il été déposé aux Nations unies, ce qui lui confère une certaine reconnaissance et une légitimité internationales. Tout cela ne vaut-il pas une phrase de trois mots qui, si elle n’est pas rattachée à un contexte bien déterminé comme celui de Taëf, devient une équation insoluble, à cause de cette inconnue vicieuse, le facteur temps, qui la mine et qui mine notre démocratie, notre autonomie et notre libre décision?
Résultat: alors que les deux gouvernements auraient pu appliquer Taëf sérieusement, comme il se doit, nous vivons une situation en marge des lois, du bon sens, de l’amour-propre et du devoir national; gérée de surcroît par un officier des services de renseignements syriens, ce qui contredit tous les principes de coopération entre États qui se respectent. Puis le pouvoir a le toupet de se considérer souverain et se demande comment il a bien pu mériter la 1559. Élémentaire...
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