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OPINION - À propos du 30 novembre Les manifestations sont-elles la solution ?...

Par Georges KHADIGE Combien sont les Libanais inscrits sur les registres de l’état civil et résidant au Liban? Deux millions? Trois millions? Quatre millions? Certainement pas ce dernier chiffre. Pour qu’un million se mobilise et descende dans la rue, cela veut dire que plus du quart, environ un tiers de la population, sont descendus dans la rue! Or est-il si facile de réunir un million, même dans des pays comme la France, l’Angleterre, les États-Unis ou même... la Chine? Pourquoi donc ce chiffre slogan qui ne peut qu’embarrasser ceux qui l’ont avancé ? La manifestation du 19 novembre a rassemblé quelques milliers de jeunes exaltés, unis par leur idéal de jeunes et la fougue de leur jeunesse. Pour montrer qu’il y a eu au Liban des gens qui ne pensent pas comme eux, qui ont d’autre façon d’envisager la politique du Liban, quelques dizaines de milliers de personnes dans la rue, voire cent ou cent cinquante mille, et pour autant que ce chiffre soit lui-même réaliste et réalisable, n’auraient-elles pas suffi ? Et d’ailleurs combien y avait-il effectivement dans la rue le 30 novembre? Qui les a comptés? Qui a vérifié leur identité pour savoir combien il y avait parmi eux de non-Libanais, toutes nationalités confondues, nécessairement non concernés par les vrais problèmes du Liban ou même concernés par des objectifs contraires à l’intérêt de ce pays? Non! Ce ne sont pas les manifestations et les contre-manifestations qui permettent d’ériger la patrie et de la consolider. Georges Naccache avait écrit: «Deux négations ne font pas une nation.» En nous permettant de le paraphraser, nous dirions: «Deux manifestations ne font pas une nation.»... et encore moins une conviction. Une conviction chez les Libanais et une conviction chez les pays qui nous observent. Une nation est une «communauté de vie», le désir d’une vie commune, d’un destin commun, d’un idéal commun. Une nation, une patrie, ce n’est pas vivre côte à côte, et encore moins face à face, mais ensemble, en communion, en symbiose. Est-il si difficile pour les Libanais de trouver un dénominateur commun ? Sont-ils si divisés sur l’essentiel, sur la vision du Liban, sur le Liban qu’ils veulent? Je ne le crois pas. Le drame, c’est que nous passons beaucoup plus de temps à ressasser ce qui nous divise que ce qui nous rassemble. Nous nous braquons sur la moitié vide du verre au lieu de nous réjouir de sa moitié pleine. Sur quoi ne sommes-nous pas d’accord? Sur des relations privilégiées avec notre sœur et voisine la Syrie? Point du tout. Ne pas les vouloir serait manquer gravement de sens politique, de sens historique et encore plus de sens géographique, donc de bon sens tout court. Mais les relations privilégiées, que nous sommes tous censés vouloir et souhaiter, sont des relations équilibrées, dans le respect mutuel l’un de l’autre et la reconnaissance de l’autre, sans domination ni hégémonie. Cela, quelqu’un est-il censé le contester au Liban? Quelqu’un le conteste-t-il vraiment en son for intérieur? Certes non. Alors pourquoi ne pas en profiter et favoriser son extériorisation par un dialogue franc, sincère et dépourvu de toute provocation? Et la vie commune? Connaissez-vous un seul Libanais, à quelque communauté ou tendance qu’il appartienne, qui ne souhaite pas la vie commune avec les membres des autres communautés et des autres courants politiques? Ne les voit-on pas en société, dans le travail, dans la vie mondaine, dans la vie de tous les jours, dans les activités culturelles ou caritatives travailler main dans la main ou vivre main dans la main? Bien sûr, chacun rêve d’avoir le pouvoir pour lui ou pour sa communauté, les fonctions publiques de même, mais en rêve-t-il au détriment du visage particulier du Liban? Au détriment de la convivialité qui le caractérise? Au détriment des sons des cloches des églises et de la prière du muezzin du haut des minarets des mosquées? Au détriment de la rencontre de toutes les communautés le soir dans le centre-ville, au son du ronronnement des narguilés, ou même à Tripoli, Saïda, Tyr, Jbeil ou Kaslik? Certainement pas. Alors pourquoi ne pas chercher de ce côté-là et renforcer les motifs de cohésion naturelle au lieu de ruminer sans cesse ce qui nous sépare de l’autre, ce qui nous divise, beaucoup plus d’ailleurs artificiellement que réellement. Qui dans ce pays aura le courage, et quand l’aura-t-il, de le proclamer haut et fort pour se présenter comme le rassembleur et non le diviseur? L’artisan de l’unité nationale dans le consensus retrouvé et non le compromis artificiel. La psychanalyse, paraît-il, fait découvrir à l’homme son subconscient soit pour l’en libérer, soit au contraire pour l’exploiter. Qui se lancera dans la belle aventure de la psychanalyse, libanaise pour en extraire toute la force et toute la dynamique? J’affirme que ce qui rassemble les Libanais, toutes communautés et toutes tendances confondues, est bien plus important que ce qui les divise, mais il faut que certains politiciens cessent de mener leur politique politicienne, qui consiste à diviser pour régner, à favoriser l’exacerbation des instincts, à jouer sur le fanatisme aveugle et obscurantiste pour pouvoir continuer à mieux dominer le peuple, souvent naïf et crédule, et qui se laisse facilement prendre par la voix des entrailles. Qui osera crier à ces politiciens: cessez votre jeu diabolique, cessez de faire prévaloir vos intérêts sur ceux de la nation, cessez d’exploiter les instincts des braves gens pour arriver à vos fins? Prenez exemple sur les grands hommes de l’histoire afin d’y figurer dans son Panthéon et non dans ses oubliettes. Reprenez-vous alors qu’il en est encore temps, car le jour où le peuple prendra vraiment conscience de vos manœuvres, il sera impitoyable à votre égard, et il sera tard pour vous de regretter. Méditez la publicité qui dit: «Vaccinez vos enfants, il ne sert à rien de regretter.» Redressez-vous, rectifiez votre attitude, avant que vos agissements ne vous détruisent et que vous ne deveniez les rebuts de l’histoire, pour reprendre, en la paraphrasant et en l’adaptant, mutatis mutandis, une expression attribuée au général de Gaulle.
Par Georges KHADIGE

Combien sont les Libanais inscrits sur les registres de l’état civil et résidant au Liban? Deux millions? Trois millions? Quatre millions? Certainement pas ce dernier chiffre. Pour qu’un million se mobilise et descende dans la rue, cela veut dire que plus du quart, environ un tiers de la population, sont descendus dans la rue! Or est-il si facile de réunir un million, même dans des pays comme la France, l’Angleterre, les États-Unis ou même... la Chine? Pourquoi donc ce chiffre slogan qui ne peut qu’embarrasser ceux qui l’ont avancé ? La manifestation du 19 novembre a rassemblé quelques milliers de jeunes exaltés, unis par leur idéal de jeunes et la fougue de leur jeunesse. Pour montrer qu’il y a eu au Liban des gens qui ne pensent pas comme eux, qui ont d’autre façon d’envisager la...