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Actualités - Rencontre

Rencontre Ghada Ghanem et Talal Haïdar: la cantatrice et le poète(photos)

Un soprano lyrique dans un café estudiantin, face au Conservatoire national supérieur de musique de la rue Monnot. Qu’est-ce qu’un soprano lyrique? Pas dramatique, peut être un peu «coloratura», entre le léger et le dramatique. Cheveux noirs lisses, sourire un peu désabusé, jeans moulants et simple chemisier vert clair. Voilà Ghada Ghanem qui tend son troisième CD fraîchement sorti dans les bacs. Explication et présentation: «Un choix qui reflète ma personnalité et qui facilite au public d’être branché sur des pieces courtes et connues…» Du bel canto bien entendu, avec des pages, splendides et raffinées, où les compositeurs ont pour nom K.Weill (oui, avec l’admirable tango habanera Youkali), G. Gershwin (Summertime, vous l’avez deviné), G.Puccini, R. Hahn, F. Poulenc , G. Fauré, A. Catalani et F. Durante. Pour reprendre le souffle, des pièces pour piano de son accompagnateur Ramzi Yassa, qui interprète en solo au clavier Chopin, Liszt, Tchaïkovski. Belle ambiance romantique et feutrée. Du rêve, des intermittences du cœur et une sensibilité à fleur de peau. «La voix est un cadeau de Dieu, dit-elle d’emblée, mais un cadeau qu’on perfectionne…» Et s’égrène le chapelet des confidences. Dès l’âge de trois ans, c’est déjà la fascination du chant. Mais le détour par les gammes au piano semblait incontournable. Et dès neuf ans, c’est le tremplin pour faire des vocalises, plus tard sous la férule de Badiha Haddad. S’enclenche alors le cycle d’études serrées où «la musique, c’est aller, coûte que coûte, au bout de ses rêves…» Sans faire une nomenclature exhaustive du parcours de la jeune cantatrice, disons que de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (où elle obtient un diplôme en droit) aux cours de chant à New York, Houston (USA) et Graz (Autriche) en passant par le Conservatoire national supérieur de musique et le prix d’encouragement de la Société Wagner, Ghada Ghanem a laborieusement préparé ses premiers récitals à travers le monde (Angleterre, Russie, Japon, Jordanie). «Si je chante Haïdar, c’est que sa poésie me ressemble…» On désigne aussi les étapes d’une carrière naissante, où, par delà l’enseignement au conservatoire, la jeune femme a marqué le paysage culturel par un spectacle (Ornina) et des CD (After Black Room – sur les poèmes de Omar el-Khayyam- Come Ready and See Me, mixant textes français, anglais, russe et arabe où repertoire lyrique du XIXe siècle et mouwachahate font bon ménage) et actuellement en préparation Raiihat al-matar (l’odeur de la pluie) avec le poète Talal Haïdar «Si je chante Talal Haïdar, souligne-t-elle, c’est parce que sa poésie me ressemble. J’aime ce qui est abstrait, ce qui me donne la liberté des choses et d’être… C’est un projet auquel je me suis attelée depuis plus de deux ans. On attend juste le moment opportun pour lâcher le CD.» Fervente admiratrice de Joan Sutherland («un rossignol», dit-elle), de Teresa Stratas (chantre de la douleur humaine) et de Renée Fleming, tout comme de Domingo et Pavarotti, Ghada Ghanem ne jure que par la musique, «ma dévotion totale et mon mode de vie». Parcours qu’elle veut entier sans jamais songer au prix à payer. Et comment voit-elle l’avenir du chant dans un pays où, hélas, triomphe une insignifiante musiquette avec des divas de pacotille aphones mais aux plastiques ravageuses, éhontément remodelées et rafistolées par des chirurgiens experts, ce «trend» banalisant et unifiant la beauté des corps et des visages de l’époque...? «L’avenir du chant? répond-elle un peu songeuse et ironique. Mais voyons d’abord l’avenir du Liban… Le manque de professionnalisme ici n’aide guère les artistes. Et nul ne nous tend la main. On aimerait par exemple être davantage sollicités par les gens qui organisent festivals et concerts. Un jumelage avec les vedettes étrangères ne devrait pas être exclu. Sinon on demeure des artistes à contre-courant, mordus par la passion de notre art et de notre métier, mais aux débouchés improbables… Pour le moment, pas de carrière au Liban. Je suis rentrée de New York parce que je veux vivre auprès des gens que j’aime.» Talal Haïdar, poète visionnaire Café mondain pour un poète visionnaire qui a tâté aussi, avec bonheur, pas mal de domaines où le mot, l’image et la musique sont de pertinents réflecteurs de la société et des bouteilles à la mer des émotions volées à la vie. Cheveux et moustache blanc de neige, œil brillant, sourire prompt à se dessiner, costume vert pétri, fringant, élégant et jeune sexagénaire, prêt à un discours qui fait feu de tout bois… Préambule voyage (car il est l’ homme aux semelles de vent pour rester dans l’espace du Parnasse et d’ailleurs Georges Schéhadé l’avait surnommé «le Hollandais volant») en égrénant des souvenirs de Helsinki et de Munich, pour parler ensuite philosophie en évoquant, sans jamais s’appesantir, Heidegger, Kant, Einstein… Mais retour à cette Odeur de pluie (le titre du CD) où Ghada Ghanem chante Talal Haïdar. Rencontre fortuite lors d’un dîner où le poète murmure à sa cantatrice de voisine: «Ne chante pas si on te le demande, mais chante si tu en as envie…» Le contact est établi et le fluide passe: une belle amitié faite de reconnaissance, d’admiration et de respect mutuels est née. Et quand elle a chanté, le poète en a conclu que c’est une «bénédiction» qui vient sur la chanson arabe, sombrée dans un gouffre… Avec elle, l’espoir est revenu, et il songe que c’est déjà la passerelle entre la gloire de la chanson arabe et l’avenir triomphant dont Ghada Ghanem fait partie. Le dernier mot est toujours à la voix Alors, pour celui qui a écrit pour Feyrouz, Sabah, Wadih el-Safi, Marcel Khalifé, Magida el-Roumi, Samira Tawfic et bien d’autres, a germé l’idée de ce CD. Comment parle un poète? Certainement pas en termes de financier, de comptable ou d’ affairiste. Mais propos «différents» où viennent s’imposer des valeurs (hélas, mises au rancart par notre société de consommation) d’émotions, de sensibilité, de saisons qui passent, d’odeurs capiteuses, d’azur bleu ou chargé de nuages, de feuilles d’automne qui frissonnent au vent... Tendez les oreilles, le discours vaut bien le détour. «Je veux écrire ta voix, dit le poète à la cantatrice, car celui qui chante “vole” les paroles, et le dernier mot est toujours à la voix…» Une voix qui l’a appelé pour lui écrire, maintenant et plus tard… «Car, précise le parolier, elle va vers la jeunesse et moi j’en reviens!» Petit sourire coquin avant de continuer: «Après l’invasion techno et les voix criardes, j’avais peur que toute notre gloire de la chanson arabe ne tombe dans l’oubli. Avec la voix de Ghada Ghanem, j’ai repris confiance car j’ai senti de la tendresse, de la limpidité, de l’ampleur. Un fait perdu depuis que Feyrouz soupirait cet indescriptible “Ah”…» Mais il est évident qu’une parole ne fait pas la voix. C’est le mélange voix, parole et musique qui donne toute sa chair et sa pulsion émotive à une chanson. D’où le choix des compositeurs. On cite volontiers Zaki Nassif, Ziad Rahbani (qui a toujours le texte!), Sabah, Charnoubi et Élie Schoueiri (né du souffle de Assi Rahbani, souligne Haïdar). Et voilà que «l’odeur de la pluie» embaume la terre comme le poète dispense la poésie et l’amour... Romantique tout cela? Sans nul doute, et la formule du poète ne tarde pas: «Puissent l’innocence et la fraîcheur de l’enfance rester en nous le long d’une traversée humaine.» Cet impénitent voyageur («Je voyage entre les chambres avec un mât d’étoiles et quatre mages qui font flamber l’histoire…» de ses propres aveux!) qui ne jure que par la poésie, «seule à pouvoir changer le monde», raconte, lui qui est toujours en prise avec le temps (oui proustien à l’orientale), avec sérieux, cet épisode anecdote de son enfance. «À cinq ans, je glissais les feuilles mortes des peupliers dans mon oreiller. Horrifiée, ma mère ne comprenait pas que ce n’était pas de la boue que j’y mettais, mais une odeur d’automne...» Voilà comment parle un poète, écho de son temps, amplificateur des remous secrets qui nous hantent et lumière de ce qui est même le plus sombre en notre labyrinthe intérieur. Ghada Ghanem sera, pour ce verbe vibrant, sensuel, éthéré et transparent, la voix des mots et la chair de leur sonorité. Un moment attendu. Edgar DAVIDIAN

Un soprano lyrique dans un café estudiantin, face au Conservatoire national supérieur de musique de la rue Monnot. Qu’est-ce qu’un soprano lyrique? Pas dramatique, peut être un peu «coloratura», entre le léger et le dramatique. Cheveux noirs lisses, sourire un peu désabusé, jeans moulants et simple chemisier vert clair. Voilà Ghada Ghanem qui tend son troisième CD fraîchement sorti dans les bacs. Explication et présentation: «Un choix qui reflète ma personnalité et qui facilite au public d’être branché sur des pieces courtes et connues…» Du bel canto bien entendu, avec des pages, splendides et raffinées, où les compositeurs ont pour nom K.Weill (oui, avec l’admirable tango habanera Youkali), G. Gershwin (Summertime, vous l’avez deviné), G.Puccini, R. Hahn, F. Poulenc , G. Fauré, A. Catalani et F....