Puisque, ces temps-ci, on laisse l’opinion entreprendre des discussions sur des sujets militaires, qu’il nous soit permis de donner quelques précisions dépassionnées dans ce domaine. D’abord revenons tout simplement à la IVe conférence internationale sur les économies du Moyen-Orient tenue à Beyrouth du 3 au 7 juin 2002. La partie des travaux consacrés au Liban a donné lieu à un rapport circonstancié auquel L’Orient-Le Jour du 6 juin 2002 a consacré toute sa sixième page.
1- Records du budget de la défense : nous lisons, dans le tableau intitulé « Effectifs des forces armées » tiré du rapport de la Banque mondiale 2002, World Development Indicators (N.Y. Oxford Press), que le pourcentage des effectifs militaires par rapport à la main-d’œuvre totale au Liban est de 3,1 %, alors qu’en Europe il n’est que de 1,6 et la moyenne mondiale de 0,9.
2- Surcroît d’effectifs : le rapport dit : « Paradoxalement, alors que les pays du monde entier, y compris ceux du Moyen-Orient... ont effectué des coupes importantes dans leur budget militaire et ont procédé à des réductions dans leurs personnels affectés à la défense, le Liban a continué à accroître son budget militaire et à enrôler plus de soldats. »
En outre, ajoute le rapport : « Les calculs économétriques ont démontré que chaque 1 % de la main-d’œuvre “ déviée ” du secteur privé vers le secteur militaire coûte 0,5 % de développement économique, soit 86 millions de dollars par an. De même, chaque 1 % de revenu national brut consacré à la défense prive le pays de 0,5 % de croissance économique. Sachant que la croissance de l’économie nationale s’est établie ces dernières années entre -0,5 % et +0,5 %, il aurait suffi que le pouvoir décide de réduire ses dépenses militaires de 25 % pour assurer au pays une croissance qui lui manque cruellement. »
3- Défense nationale ? Région en ébullition ? Dans une enquête menée par L’Orient-Le Jour auprès des services intéressés (13-15/7/2003), les partisans du service militaire en ont invoqué la nécessité pour « accroître les effectifs nécessaires à la défense », surtout maintenant, insistent-ils, que la région est « en ébullition ». Visiblement, cette plaidoirie pro domo est cousue de fil blanc : en effet, serait-ce nos forces armées (même si elles avaient été triplées) qui auraient pu refouler l’agression israélienne du 14 mars 1978 ? N’est-ce pas la seule force de notre droit qui, en quatre jours, a obtenu du Conseil de sécurité la célèbre résolution 425 du 18 mars 1978 imposant à l’agresseur de se retirer jusqu’à nos frontières internationales ? Trêve donc d’imagination : c’est notre respect de la légalité internationale qui est notre meilleure défense en cas d’agression. Pour le reste, il incombe à l’État, qui prétend appliquer l’armistice de Rhodes, d’empêcher toute provocation pouvant servir de prétexte à une éventuelle agression.
4- Fusion, « brassage » national ? Les observateurs politiques constatent qu’aujourd’hui, après dix ans de service militaire, le clivage dans le pays est plus grand qu’en 1975. Pourtant, les protagonistes de Taëf l’avaient baptisé d’« accord de l’entente nationale ». À noter que la sanglante équipée fondamentaliste de Denniyeh de l’hiver 2000 n’a pas encore fini d’être sanctionnée après quatre ans, et ce justement pour des raisons évidentes relatives au clivage béant.
Que ceux donc qui tiennent mordicus au service militaire présentent des arguments vraiment sérieux, valables, sinon, qu’ils acceptent loyalement une solution souhaitée par l’immense majorité du pays.
Albert SARA
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