«Que fait notre armée à Gaza ? » La question était posée ouvertement hier par des médias, des responsables militaires et des hommes politiques en Israël, après la mort en deux jours de 11 soldats dans ce territoire palestinien. Deux opérations de guérilla palestinienne ont provoqué un choc au moins aussi fort que ceux produits par les attentats aveugles en Israël contre des civils, pourtant plus meurtriers. C’est qu’elles se sont produites moins de deux semaines après le rejet par le parti de droite au pouvoir, Likoud, d’un plan de retrait unilatéral de Gaza, présenté par son propre chef, le Premier ministre Ariel Sharon. « La malédiction de Gaza », titre en une le quotidien Maariv pour qui « cela ne peut plus durer ». Cette position traduit la grogne de responsables militaires. Le Yediot Aharonot, le journal le plus lu du pays, écrit en manchette « Coup sur coup » en référence aux deux attaques palestiniennes.
Le quotidien indépendant Haaretz s’en prend dans un article au vitriol au lobby des colons juifs, qui s’était mobilisé pour obtenir le 2 mai le rejet par 50 000 des membres du Likoud du plan Sharon de « séparation » d’avec les Palestiniens. « À partir du 2 mai, Israël s’est engagé dans une nouvelle guerre, la guerre des colons, la guerre contre le démantèlement de la moindre colonie », écrit le journal. « La majorité des Israéliens est écœurée par cette guerre et n’y prendra pas part », prévient le journal en référence aux sondages montrant qu’une majorité d’Israéliens est en faveur du retrait de Gaza et de l’évacuation de ses colonies, contrairement à la base du Likoud.
« Quel objectif a aujourd’hui la présence militaire à Gaza ? » s’interroge pour sa part un officier supérieur israélien, cité par la radio publique. Le problème, selon lui, n’est pas au niveau tactique, l’armée étant capable de prendre le contrôle de zones entières de la bande de Gaza au prix de pertes tolérables pour elle et lourdes pour les Palestiniens. Mais les responsables politiques doivent, selon lui, lever l’incertitude et décider si le but est de rester à Gaza ou d’en partir. Ces responsables sont divisés. M. Sharon affirme bien qu’il a toujours l’intention d’appliquer son plan de retrait, quitte à le modifier, mais il doit tenir compte de la base de son parti et de l’opposition de près de la moitié de ses ministres.
L’opposition de gauche, qui a appelé à une manifestation de masse demain soir à Tel-Aviv, a quant à elle haussé le ton. « Ce gouvernement a perdu la boussole », a déclaré le dirigeant travailliste Ofir Pines, qui a mis en demeure M. Sharon de décider « s’il est chef du gouvernement ou chef de parti ». Le député du parti Meretz Yossi Sarid a estimé pour sa part que l’armée « s’embourbe à Gaza comme elle s’était embourbée au Liban », estimant que l’opinion finirait par forcer le gouvernement à en sortir, comme cela avait été le cas pour le Liban.
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