Yeslam Binladin, un homme d’affaires suisse qui a le malheur d’être le demi-frère d’Oussama Ben Laden, compte sur le parfum qu’il vient de lancer pour dissiper les soupçons qui l’entourent depuis le 11 septembre 2001.
Le parfum porte son prénom, « Yeslam », qui signifie « béatitude » en arabe. « Je ne pouvais plus utiliser le nom Binladin, et Yeslam est un mot rare, qui veut dire béatitude », explique-t-il.
Confortablement installé dans un café de Genève, l’entrepreneur d’origine saoudienne vante la « sensualité florale » de son « jus », mis au point par un expert de Grasse (sud de la France) : muguet, narcisse, jasmin, santal, musc. Les premiers flacons seront en vente dans deux mois, à 80 euros pièce.
Avant les attentats du 11 septembre, il était prévu de lancer toute une gamme de produits portant le nom Binladin, qui est enregistré comme marque commerciale. Les projets ont été abandonnés « pour le moment » par souci de « décence », indique Yeslam, qui insiste sur l’orthographe « Binladin » pour son nom de famille.
Ce père de famille de 54 ans, qui parle d’une voix presque timide, se garde de critiquer Oussama Ben Laden, un de ses 53 demi-frères et demi-sœurs, mais souligne qu’il n’a eu aucun contact avec lui depuis 1981. «C’était une relation distante, j’ai quitté l’Arabie saoudite quand j’avais six ou sept ans, j’ai passé mon enfance en pension, je n’ai jamais été élevé avec lui », explique-t-il.
Habitant Genève depuis 1985 et parcourant le monde dans son jet privé, Yeslam est pourtant devenu la cible de soupçons après le 11 septembre 2001.
Des enquêtes ont été lancées en Suisse et en France pour vérifier si des liens existaient entre sa société, Saudi Investment Company (SICO), et le terroriste le plus recherché de la planète.
En février dernier, les autorités suisses lui ont finalement rendu des documents saisis à son domicile et dans ses bureaux, en concluant qu’une enquête « détaillée » n’avait pas révélé d’activités illégales.
«J’ai subi deux perquisitions, huit contrôles de toutes sortes, j’ai eu beaucoup d’ennuis. Après le 11 septembre, tout le monde me désignait du doigt, se souvient-il. Nous avons nettement senti que les gens ne voulaient plus faire d’affaires avec nous. »
Mais il affirme «comprendre» ces réactions: « Il est normal, quand vous êtes la cible de soupçons, que les gens se montrent prudents, estime-t-il, ce qui n’est pas normal, c’est que certains journaux en tirent des conclusions hâtives. »
Un jour, raconte-t-il, 40 policiers se sont entassés dans ses bureaux genevois pour une perquisition. Mais deux ans plus tard, Yeslam Binladin était invité à faire un exposé sur les relations entre l’islam et l’Occident devant un parterre d’officiers de la police fédérale suisse.
L’homme d’affaires, devenu citoyen suisse en mai 2001, a quitté l’Arabie saoudite il y a 20 ans, coupant les ponts avec le gigantesque groupe de travaux publics que son père avait créé. Mais il est fier du travail accompli par son père pendant des décennies: «Mon père a construit la mosquée de la Mecque et celle de Médine (...) le nom de notre famille est honorablement connu et respecté», affirme-t-il.
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