Le massacre d’êtres humains, qu’ils soient israéliens, palestiniens, juifs, musulmans, chrétiens ou païens, hommes, femmes, enfants, est un crime impardonnable. Ce qui s’est passé à Taba est criminel. Ce qui s’est passé et se passe en Palestine, en Irak est criminel. Ce qui s’est passé au Liban est criminel. Les attentats-suicide sont criminels. Mais aussi les guerres sont criminelles, et surtout leurs « dommages collatéraux ». Mais le plus grand crime contre l’humanité a été accompli par le Liban.
Car le « message » du Liban est d’enseigner au monde l’amitié et la convivialité entre les peuples, les religions et les races. Qu’avons-nous fait de notre mission ?
Le monde a besoin de nous. Les Américains et les Arabes ont besoin de nous. Les Européens et les Turcs ont besoin de nous. Les chrétiens, les musulmans et les athées ont besoin de nous. Car c’est bien chez nous que le monde peut trouver une réponse à sa question principale actuelle : est-ce que les musulmans et les non-musulmans peuvent fonder une nation démocratique viable ? Est-ce que la démocratie de type occidental peut s’adapter et s’appliquer aux États musulmans, en commençant par les Turcs ?
Malheureusement, jusqu’à maintenant, nous autres Libanais continuons à nous chamailler et à vouloir marquer des points les uns par rapport aux autres.
La dernière occasion en date a été ce que certains membres de l’opposition croient être une victoire, avec la résolution 1559. Avons-nous pensé à ce qui arriverait si nous l’appliquions inconsidérément ?
Imaginons que les Syriens quittent le Liban et que l’armée libanaise se redéploie au Sud et tente de désarmer les camps et les milices. Ils vont refuser et, pour accomplir sa mission, l’armée va attaquer les camps et les villages où sont implantées les milices, avec plein de « dommages collatéraux », c’est-à-dire quelque chose qui ressemble à Gaza aujourd’hui.
Ma solution à cette question est un « rêve irréaliste» (comme tout rêve) : que, pour une fois, les Libanais agissent avec raison et humanité, qu’ils remplacent « les deux négations » qui ont fondé le premier Liban (ni Orient ni Occident) par deux affirmations (à la fois Orient et Occident, à la fois arabe et phénicien, à la fois chrétien et musulman).
Du point de vue pratique, nous devrions commencer à donner l’exemple au monde en créant un État « laïc », dans lequel les lois pourraient ne pas contredire les lois divines des uns et des autres. Un État dans lequel il n’y aurait plus de différence entre chrétien et musulman, homme et femme, riche et pauvre, druze et maronite, athée et croyant.
Il est temps donc que le Liban soit à la hauteur de sa mission. Car c’est de son message que dépendent la paix et la survie du monde. Pour cela, il faudrait que nos chefs politiques et religieux se réunissent pour un dialogue beaucoup plus consistant que celui qui se passe actuellement. Ils doivent se réunir en séminaire et n’en sortir qu’après avoir établi une constitution laïque et démocratique.
Nous devrions commencer par nous entendre entre nous et avec nos frères syriens et palestiniens sur des moyens « pacifiques » d’appliquer la 1559, même si cela doit nous faire renoncer aux Fermes de Chebaa ou à la résistance contre l’ennemi. Car qui veut donner l’exemple doit commencer lui-même par certains renoncements. Et ce qui nous est demandé n’est pas énorme. Que les Fermes soient libanaises ou syriennes, peu importe, les Syriens ne sont-ils pas nos frères ? Quant à la résistance palestinienne, elle ne gagne rien à rallumer la guerre avec Israël. Au contraire, ce serait ce que voudraient les Israéliens, lancés avec leurs amis américains dans une fuite en avant infernale.
Mais ce sacrifice accepté pourrait nous apporter à tous beaucoup plus. Le Liban pourrait enfin délivrer son message, redevenir la « lumière du monde », la « Cité sur la Colline », le pays du « lait et du miel » qu’a chanté la Bible.
Roger AKL
Paris
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Car le « message » du Liban est d’enseigner au monde l’amitié et la convivialité entre les peuples, les religions et les races. Qu’avons-nous fait de notre mission ?
Le monde a besoin de nous. Les Américains et les Arabes ont besoin de nous. Les Européens et les Turcs ont besoin de nous. Les chrétiens,...