D’astres flamboyants en clapotis crépusculaires, l’Anglais William Turner, l’Américain James Whistler et le Français Claude Monet se retrouvent dans les halos et vibrations de l’impressionnisme au Grand palais.
Jusqu’au 17 janvier, une centaine d’œuvres prêtées par de prestigieux musées, comme Orsay, le «Met» de New York ou la «Tate» de Londres, prennent le relais de l’exposition de Toronto (Canada), avant de partir pour Londres.
Si le terme «impressionnisme» naît en 1873, pour railler le tableau de Monet Impression, soleil levant, l’esprit en est antérieur d’au moins quarante ans. «Turner devait être le passage entre la tradition et l’impressionnisme», dira Matisse.
À William Turner (1775-1851) donc, l’honneur d’ouvrir le bal, pour avoir su le premier briser le carcan de l’académisme, de la convention des espaces bornés, de l’art «appris» en quelque sorte, auquel il substitue l’art «senti.»
Membre associé de la Royal Academy dès l’âge de 24 ans, ce fils de barbier, sensible aux arts, use de plus en plus de subtiles gradations dans ses lavis brun et gris, pour suggérer sols, taillis, arbres des paysages qu’il parcourt.
La notoriété et l’aisance financière qui en découle aidant, il parcourt l’Europe, du Danemark à Rome et Venise, en passant par la Loire et les Alpes, saisissant dans ses aquarelles la fugacité d’un nuage, le courant de l’eau. Mais aussi l’impétuosité d’éléments comme le feu. L’incendie du Parlement de Westminster, la nuit du 16 octobre 1834, lui inspirera des jaunes et rouges incandescents qu’on retrouve dans ses couchers de soleil.
«Incendie de la peinture»
Cet «incendie de la peinture» semble avoir beaucoup inspiré le scénographe de l’exposition: il a tapissé les murs d’un rouge orangé citrouille digne d’Halloween qui fait presque de l’ombre aux tableaux.
Les salles tapissées d’un bleu strident ont le même effet d’éteignoir sur les admirables nocturnes de Whistler (1834-1903) où les chalands glissent sur l’eau étale du fleuve à Battersea ou à Chelsea, enveloppés d’un halo de «smog.»
Claude Monet (1840-1926) bataille lui aussi pour s’imposer sur ces fonds éclatants et il faut toute la magie des trois versions réunies du Bras de la Seine près de Giverny, venues de Raleigh (Caroline du Nord, USA), du Metropolitan Museum of Art de New York et du Musée des beaux-arts de Boston, pour les faire oublier.
Mais déjà, la série des Parlement, coucher de soleil sur la Tamise, venue de Zurich (Kunsthaus) ou de Krefeld (Kaiser Wilhelm Museum), comme celle des façades des palais vénitiens Dario et Contarini, nous replonge dans ces effets sublimes de dilutions ou scintillements, d’évaporation du temps qui passe.
L’exposition, organisée par la Réunion des musées nationaux, les musées d’Orsay, des beaux-arts de l’Ontario (Toronto) et la Tate Britain (Londres), avec le soutien de ABN AMRO, s’inscrit dans le cadre de la célébration du centenaire de l’Entente cordiale entre la Grande-Bretagne et la France.
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