Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Tribune Le textile, une industrie d’avenir dans la zone euro-méditerranéenne

Par Pascal Lamy* Le 31 décembre de cette année marquera la disparition définitive des restrictions quantitatives au commerce international des produits du textile et de l’habillement, conformément à une décision prise en 1995 lors du dernier cycle des négociations à l’Organisation mondiale du commerce (Cycle Uruguay). À trois mois de la date, cette échéance suscite des inquiétudes, ce qui est bien compréhensible, même si, depuis dix ans, nous nous préparons à cet événement. On entend parler d’hégémonie chinoise, de délocalisations, de pratiques déloyales. Ces inquiétudes sont d’autant plus grandes dans les pays méditerranéens que le secteur textile habillement occupe une place prépondérante, que ce soit en termes d’emploi (3,7 millions de personnes des pays méditerranéens du Sud et de l’Est travaillent dans ce secteur) ou en termes d’exportations. C’est la raison pour laquelle nous, ministres du Commerce de la zone euro-méditerranéenne, nous réunissons aujourd’hui à Tunis pour examiner les moyens dont nous disposons pour faire face ensemble à ce nouveau défi. Ce processus, qui touche à sa fin, est irréversible et va continuer à modifier les conditions de la concurrence internationale dans le secteur du textile et de l’habillement. Depuis les années 80, on a assisté à une forte progression de la régionalisation des échanges sous l’effet conjugué des politiques préférentielles mises en place par les pays industrialisés dont l’UE, et d’une nouvelle organisation de la production axée sur l’importance du “ juste à temps ” dans la commercialisation des produits textile habillement. Ainsi, les importations européennes en provenance des pays méditerranéens ont été multipliées par quatre entre 1988 et 2003 (en passant de moins de quatre milliards d’euros à plus de 16 milliards d’euros). Ce qui se traduit par une part de marché en 2003 équivalente à 23%. Est-ce à dire que la partie est perdue face à des économies émergentes dotées d’insondables réserves de main-d’œuvre peu coûteuse et capables de mobiliser des technologies avancées ? Je ne pense pas ! L’industrie textile européenne et méditerranéenne doit et peut tirer profit de l’ouverture des marchés au niveau mondial. Les négociations en cours à l’Organisation mondiale du commerce offrent la possibilité de parvenir à un meilleur équilibre des conditions d’échange, en accompagnant la suppression des quotas par une réduction des protections tarifaires. Cela peut être le cas, dans le haut de gamme, sur le marché nord-américain. Et c’est ma conviction, l’avenir de l’industrie textile réside aussi dans la conquête de nouveaux marchés. Nous pouvons accroître les échanges Nord-Sud, mais aussi Sud-Sud. L’industrie textile euro-méditerranéenne a des atouts et des avantages compétitifs à valoriser. La région méditerranéenne dispose de facteurs de production combinant coûts raisonnables, qualité, proximité par rapport au marché européen. En revanche, elle souffre d’un déficit d’attractivité des investissements. En 2002, les pays méditerranéens ont attiré seulement 1,5 % des investissements directs à l’étranger (IDE) de l’UE. Nous devons nous attaquer aux causes de ce manque d’attractivité et créer un environnement favorable aux investissements: par la modernisation des infrastructures, par l’ouverture des services, par la facilitation du commerce pour permettre une meilleure circulation des marchandises dans la zone ou encore par l’amélioration de l’accès au financement des PME. Ces évolutions font partie des réformes par ailleurs nécessaires de la gouvernance économique et politique. En outre, la création d’une grande zone de libre-échange euro-méditerranéenne permettra de développer les échanges, pour autant que les réformes soient aussi mises en œuvre. L’UE poursuit sa politique d’intégration régionale de la région méditerranéenne avec le processus Euromed. La création d’un vaste marché intégré est une condition pour encourager l’investissement. Un pas essentiel a été franchi en juillet 2003 à Palerme lors de la conférence Euromed avec l’adoption d’un nouveau “ passeport commun ” pour les échanges des marchandises dans toute la zone. Ces règles d’origine identiques à tous les pays permettront d’élargir la base d’approvisionnement à une zone comprenant une quarantaine de pays. Un autre pas important est donné aujourd’hui avec la signature de l’accord de libre-échange entre la Tunisie et la Turquie. Enfin, la concurrence croissante pose d’importants défis du point de vue du développement durable. L’ouverture commerciale ne doit pas se faire au détriment des conditions de travail ou de l’environnement. Il faut éviter que le non-respect des normes sociales et environnementales soit utilisé comme un avantage compétitif. Nous souhaitons donc promouvoir des méthodes de production de textile/habillement qui respectent les normes environnementales et les normes sociales. Un dernier mot à propos de la Chine : nous avons mis en place un dialogue avec les Chinois sur le commerce textile pour examiner les moyens d’éviter dans la mesure du possible, et dans l’intérêt de l’UE et de la Chine, un recours aux différentes mesures de sauvegarde en notre disposition, en cas de perturbation du marché européen suite à la progression des exportations chinoises. En plus du dialogue institutionnel, les milieux d’affaires européens et chinois établissent des contacts de plus en plus étroits. Nous sommes également attentifs à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique où le syndrome chinois fait grimper l’audimètre. Si les États-Unis adoptaient des mesures protectionnistes, le risque existe d’un détournement vers le marché européen d’une partie des exportations asiatiques qui n’auraient plus accès au marché américain. Une telle initiative américaine serait évidemment préjudiciable au système commercial multilatéral, et l’UE serait obligée de prendre les mesures qui s’imposent. Je préfère, pour ma part, bâtir une stratégie offensive basée sur un plus grand accès aux marchés internationaux, et couplée à des conditions de concurrence loyale et des règles communes pour tous les acteurs, plutôt qu’une stratégie de repli sur soi. La réunion d’aujourd’hui offre une bonne occasion d’approfondir la réflexion sur les moyens d’aller de l’avant. Pour la zone euro-méditerranéenne, le textile habillement est une industrie d’avenir dans l’économie mondialisée de demain. * Commissaire européen au Commerce international.

Par Pascal Lamy*

Le 31 décembre de cette année marquera la disparition définitive des restrictions quantitatives au commerce international des produits du textile et de l’habillement, conformément à une décision prise en 1995 lors du dernier cycle des négociations à l’Organisation mondiale du commerce (Cycle Uruguay).
À trois mois de la date, cette échéance suscite des inquiétudes, ce qui est bien compréhensible, même si, depuis dix ans, nous nous préparons à cet événement. On entend parler d’hégémonie chinoise, de délocalisations, de pratiques déloyales. Ces inquiétudes sont d’autant plus grandes dans les pays méditerranéens que le secteur textile habillement occupe une place prépondérante, que ce soit en termes d’emploi (3,7 millions de personnes des pays méditerranéens du Sud et de l’Est...