On a écrit peu de choses sur l’histoire de l’imagerie médicale au Liban depuis la découverte de Roentgen. Pas de registres, pas de recherches, pas de documents sérieux conservés. J’ai glané dans les archives des hôpitaux universitaires et des anciens hôpitaux de Beyrouth, des historiettes et des documents cliniques qui m’ont permis de tracer l’itinéraire de notre spécialité depuis 1898. Cette rareté documentaire est due probablement au fait que, dans les trente premières années, la spécialité en tant que telle n’existait pas dans notre pays et que les appareils étaient manipulés souvent par des généralistes et des physiciens (...).
La véritable évolution de la radiologie dans notre pays s’est faite surtout à partir des hôpitaux affiliés aux deux écoles de médecine d’alors. Que s’est-il vraiment passé et quels sont les pionniers de l’imagerie médicale au Liban ?
Du côté de l’Université
américaine
Deux ans après la découverte de Roentgen, en 1895, fut installé dans le laboratoire de biologie de l’école de médecine un appareil rudimentaire amélioré en 1899 et manipulé par des généralistes occupés à regarder des squelettes et des corps étrangers avec des temps d’exposition de plusieurs dizaines de minutes. En 1900 et 1902, l’Hôpital Saint-Jean de Prusse et l’Hôpital Maurice Rotier, affiliés à l’université, acquirent des appareils plus perfectionnés pris en charge par le Dr Arthur Bacon, aidé par Brahim Succar (Abou Amaal), technicien courageux qui réalisa une des premières radiographies du thorax à Beyrouth. En 1907, le Dr Nader Kaddoura prit la relève en tant qu’assistant suivi par le Dr Toufic Hajjar, qui fut envoyé en 1910 à Paris pour acquérir certaines notions de radiologie. Il revint en 1912, exerça deux ans et émigra ensuite en Égypte.
De 1913 à 1931, le Pr Edward St John Ward s’occupa de la radiologie, même pendant la Première Guerre mondiale. De plus, il faisait fonction de «dean» de l’école de médecine, professeur de chirurgie, de pharmacologie et de physiologie et devint en 1924 professeur de radiologie. Il avait de plus une clinique en ville, station Graham, et fréquentait l’Orient Hospital où sont conservés les deux premiers rapports écrits de radiologie.
De 1931 à 1934, Kingsley Blake prit la direction du service à l’AUH, suivi par le Dr Albert Oppenheimer, de 1934 à 1944. En 1938, les Drs William Chehadé et Georges Saliby furent nommés assistants. En 1946, Richard Kegel puis Kurt Greineder et Lennard Giacai s’occupèrent successivement du service de radiologie. En 1954, Georges Saliby devint directeur du service, suivi du Pr Sylvanus Morton. À partir de 1958, vinrent successivement les regrettés Rafic Melhem et Ghassan Rizk, puis nos amis Philippe Issa et Naïm Attallah.
Du côté français
Les pères de la Compagnie de Jésus furent au début du siècle les premiers radiologistes. Le père Maurice Collangettes réalisa en 1900 et en 17 minutes une première radiographie du thorax. Il a été jusqu’en 1925 titulaire de la chaire de physique. L’ampoule avec laquelle il travaillait était conservée à la faculté de médecine jusqu’aux événements de 1975 et elle se trouve actuellement chez le Dr Zahi Hakim. Il est probable que les pères Marcellier et Gauthier l’aidèrent à l’Hôpital du Sacré-Cœur (Khandak el-Ghamik) ainsi que les médecins et chirurgiens de cet hôpital.
La radiologie francophone prit véritablement son essor en 1925 avec la création de l’Institut de radiologie et de lutte contre le cancer, inauguré par le Pr Regaud de l’Institut du Radium de Paris. Le Dr Lemarche en fut le premier directeur puis, en 1934, le Pr Chaumet inaugura les premiers cours de radiologie et de radiothérapie. C’est en 1926 que fut installé le premier appareil de radiothérapie.
Le père François Dupré La Tour lui succéda en 1941, puis Joseph Jalet en 1943. De 1946 jusqu’en 1975, l’institut fut dirigé par mon maître Paul Ponthus, grand organisateur et bâtisseur. Il fit de l’institut le premier centre de radiologie et de radiothérapie du Moyen-Orient. Il me faut ici saluer la mémoire du Dr Afif Barbir qui assista M. Ponthus une vingtaine d’années en radiothérapie. Il me faut aussi saluer le passage du Pr Edouard Stephan qui s’occupait particulièrement de radiologie cardiaque. Moi-même, je fus nommé assistant en 1958 puis vinrent successivement mes amis Fathi Homsi, Zahi Hakim, Halim Saad, Jean et Joseph Haddad, Joseph Dabbas et Riad Ghorra. Le Pr Sami Tohmé s’occupait de neuroradiologie depuis 1959. Pendant ces années, de nombreux hôpitaux furent implantés en ville, équipés d’appareillages de plus en plus sophistiqués.
En ville
La première installation de RX est probablement celle des Drs Hajj et Youssef Charabié, en 1912, dans un petit appartement rue du Fleuve. Pendant la grande guerre, l’appareil fut confisqué par l’autorité ottomane. Dès 1920, Beyrouth a vu l’implantation de nombreuses cliniques radiologiques dont les plus connues sont celles du Dr Zoego, à Hawouz el-Saatié (1923), du Dr Nader Kaddoura, à Assour (1924), du Dr Greineder, adossée à l’Hôpital Saint-Charles, du Dr Joseph Asmar, rue de Damas, et enfin celle du Dr Varjabédian (1938), station Graham. En province, les appareils furent installés dans les sanatoriums de Bhannès, Azounié, Dahr el-Bachek, et à Saïda les cliniques de Fouad Osseiran et Nabih el-Shaab (entre 1920 et 1930).
Dès 1925, la radiologie libanaise subit une évolution rapide. En 1928, on pratiquait la cholécystographie orale et la radiologie digestive et urinaire. En 1945, vinrent les premières aortographies translombaires, les artériographies et phlébographies sériées des membres, et les fines tomographies. En 1950, furent réalisées, simultanément à l’Institut de radiologie et l’Orient Hospital, les premières lymphographies et les pneumo-retro-péritoines. En 1954, nous avons pratiqué les premières cholangiographies I.V avec leurs cortèges d’accidents anaphylactiques, et les pelvigraphies gazeuses avec le regretté Dr Robert Misk. En 1963 furent installés le premier amplificateur de brillance, la radio-cinéma et les circuits télévisés. Puis commença rapidement l’ère de l’imagerie médicale avec les scanners, les échographes et la résonance magnétique (le premier scanner cérébral fut installé à l’Hôtel-Dieu en 1978 par le Dr Sami Tohmé ainsi que la première résonance magnétique en 1991 à l’Hôpital Sacré-Cœur).
La démographie médicale radiologique suivit l’essor des techniques. En 1930, il y avait une dizaine de radiologistes au Liban. En 1950, 23 radiologistes étaient inscrits au tableau de l’Ordre des médecins. Nous en avons actuellement 226 inscrits au tableau des deux Ordres.
La Société libanaise de radiologie fut fondée en 1957 avec 26 membres, dont une femme : le Dr Hasna Doueihi. Les trois premiers présidents de la société furent les Drs Nader Kaddoura, Assaad Salhab et Ibrahim Gebara.
Notre parc radiologique actuel est impressionnant. Entre 35 et 40 IRM installés ou en voie d’installation, une soixantaine de CT Scan, une trentaine de tables d’angio-cathéter, 13 accélérateurs, 3 Cobalt, plusieurs centaines d’échographes et environ 400 tables de radiologie conventionnelle.
Nous avons maintenant entre les mains un appareillage performant, télécommandé, numérisé, magnifiquement carrossé. Nous travaillons dans des services vastes, lumineux, conditionnés, bientôt reliés entre eux et avec le monde par l’image et le son. Nous vaquons à notre travail légers, libres, écoutant de la musique, occupés à presser des boutons, regarder des écrans et des images à trois dimensions. Pour ceux d’entre nous qui ont suivi ce cheminement, émerveillés, ivres comme des pilotes au volant de leurs bolides, l’oubli a effacé le souvenir de nos aînés et gommé de nos esprits cette déontologie radiologique qui faisait leur force et leur courage, car il existe un code de déontologie propre à notre discipline. L’explosion technologique n’est pas sans conséquences déontologiques: les contraintes financières deviennent lourdes, les investissements nécessaires, une formation continue de qualité, indispensable, ces facteurs tenant compte de la fiabilité, du coût, du maniement, des indications et utilisations abusives des appareillages. Dans ces conditions, il nous faut être particulièrement vigilants à ce que notre indépendance professionnelle ne soit pas compromise par une trop grande augmentation des charges financières auxquelles nous somme soumis. Donc, une adaptation de notre déontologie au progrès devient nécessaire.
C’est parce que nous sommes aujourd’hui captivés par nos techniques que je termine ce survol panoramique d’un siècle de radiologie libanaise par cette réflexion de Georges Duhamel dans son ouvrage Grandeur et périls de la médecine:
« Je ne me défie pas de la machine que je regarde avec admiration sur son socle. Je ne me défie pas du nombre des machines. Je me défie de ma façon d’employer les machines, de faire abus des machines. Je me défie de l’influence que peuvent exercer sur moi ces créatures métalliques. Je me défie de la machine qui peut naître en moi. Car je veux rester homme et humain. »
On a souvent raconté cette conversation qui aurait eu lieu entre Ambroise Paré et Charles IX malade :
– « J’espère, dit Charles IX, que tu vas mieux soigner le roi que les pauvres d’hôpital. »
– « Non Sire, c’est impossible. »
– « Et pourquoi ? »
– « Parce que je soigne les pauvres comme des rois. »
Rester homme et humain, et soigner tous nos malades comme des rois, c’est ce que je souhaite à tous mes confrères, jeunes et moins jeunes, pour affronter les dérives possibles d’une noble profession devenue un noble métier, dans la fidélité au passé et dans la foi en notre avenir.
Pr Fouad N. Boustany
Extraits d’une conférence sur
l’histoire de la radiologie au Liban, donnée récemment à Beyrouth.
VIENT DE PARAÎTRE
«Quel régime pour votre cœur?» du Dr Zeidan Karam
Il ne s’agit pas d’un savant traité de diététique, ni d’un livre de cuisine. L’ouvrage du Dr Zeidan Karam, Quel régime pour votre cœur ?, se veut plutôt « une réflexion sur le rapport entre l’une de nos activités les plus fondamentales » qu’est l’alimentation et la maladie la plus fréquente qui touche « notre civilisation », à savoir l’athérosclérose ou la maladie des artères.
Cet ouvrage met en relief les grands principes de santé utiles dans la vie quotidienne de tout un chacun, présentant ainsi les produits à éviter et à consommer pour faire baisser le taux du mauvais cholestérol dans le sang, augmenter celui du bon cholestérol et régulariser le taux du sucre en cas de diabète.
Un aperçu du système cardio-vasculaire s’impose donc, avec bien entendu des explications concernant l’athérosclérose, la structure des artères, la survenue de l’infarctus et les facteurs de risque menant aux maladies coronariennes. L’auteur passe en revue par la suite les aliments qui favorisent l’occlusion et le développement de l’infarctus, s’attardant longuement sur les lipides, c’est-à-dire les matières grasses, les glucides ou les sucres, et les protides, ou protéines.
Dans la partie consacrée aux lipides, l’auteur distingue, d’une part, entre les acides gras saturés, retrouvés principalement dans le beurre, la margarine, la crème et le saindoux et, d’autres part, les acides gras insaturés possédant des propriétés anticoagulantes et retrouvés essentiellement dans les huiles de tournesol, d’olive, de soja et de maïs, dans les baies rouges, l’avocat et toutes sortes de légumes riches en fibres.
Dans ce chapitre, il répond à des questions concernant le cholestérol, le rapport entre celui-ci et les maladies coronariennes, les triglycérides et leurs effets nocifs sur l’organisme. Il procède dans ce cadre à une analyse détaillée de certains aliments (œufs, viandes, volailles, poissons, crustacés, fruits de mer, produits laitiers, charcuterie, huiles d’olive, de sésame et de noix, etc.), la façon de les choisir et de les cuisiner, les problèmes qu’ils posent au Liban, notamment au niveau de la santé publique. Le Dr Zeidan analyse également certaines boissons alcoolisées, le vin, l’arak, le whisky et la bière, à titre d’exemple, qui « doivent être consommés modérément pour profiter des effets bénéfiques de ces alcools sur nos artères, surtout celles du cœur, et diminuer, par ce biais, l’incidence des infarctus et des morts subites ».
Le café, le thé et les tisanes n’échappent pas non plus à une analyse de l’auteur, qui s’attarde sur les bénéfices de l’eau sur l’organisme, les effets néfastes du sel, les avantages des légumes et des légumineuses.
Un chapitre est également consacré à la culture biologique et aux organismes génétiquement modifiés, ou OGM. Il s’agit, rappelons-le, d’organismes dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle.
Une analyse du système alimentaire actuel de la population ainsi que des conseils sur la meilleure façon de cuisiner ont également été évoqués par le Dr Zeidan, qui conclut son ouvrage par les quatorze règles d’une bonne alimentation.
Diététique
Vrai ou faux ?
• Le café pris le soir pourrait causer une insomnie
Vrai. La caféine est assimilée par l’organisme au bout de 15 à 20 minutes et s’y maintient pendant trois heures et demie environ. Il est donc conseillé aux personnes qui souffrent d’insomnie d’éliminer les aliments riches en caféine au moins quatre heures avant de dormir.
La caféine est également retrouvée dans le thé, certaines boissons gazeuses, le cacao et le chocolat.
• Les suppléments en vitamines sont nécessaires à
l’organisme
Faux. Une personne qui suit un régime équilibré comprenant toutes les catégories alimentaires (fruits, légumes, viandes, produits laitiers et matières grasses) n’a pas besoin de prendre des suppléments en vitamines. Ceux-ci sont nécessaires dans certains cas spécifiques, notamment pour les personnes qui suivent un régime végétarien ou un régime strict pauvre en calories, ainsi que pour les personnes adultes.
• La cuisson des légumes à la vapeur est plus bénéfique que la cuisson à l’eau
Vrai. Les légumes cuits à la vapeur conservent plus les vitamines et les minéraux qu’ils contiennent. La cuisson à l’eau contribue à une perte essentielle de ces vitamines et minéraux, notamment si la durée de cuisson est longue. Il est donc conseillé de diminuer la durée de cuisson et la quantité d’eau utilisée ou de réutiliser l’eau de cuisson riche en vitamines et en minéraux.
Ces réponses nous ont été fournies par Mlle Maya Haddad, chef du service diététique à l’hôpital Mont-Liban.
DU MONDE ENTIER
Après l’Europe, les antidépresseurs sont au banc des accusés aux États-Unis, les autorités médicales ayant reconnu qu’ils augmentent les risques de suicide chez les jeunes.
Il s’agit des conclusions auxquelles a abouti un groupe de trente et un experts ayant analysé les résultats des essais cliniques conduits sur 4 000 enfants et adolescents par les laboratoires pharmaceutiques produisant les cinq antidépresseurs autorisés aux États-Unis pour les moins de dix-huit ans. Cette série de tests a indiqué qu’un jeune prenant ces médicaments avait en moyenne deux fois plus de risque d’avoir des pensées suicidaires qu’un autre ayant pris un placebo.
Les conclusions de ces essais cliniques ont été jugées suffisamment alarmantes par le comité consultatif d’experts de la Food and Drug Administration (FDA) qui s’est prononcé, à une forte majorité, pour l’imposition de l’avertissement le plus sévère possible (bordé de noir) sur les fiches d’informations des antidépresseurs fournies aux médecins par les laboratoires pharmaceutiques. Le comité a aussi estimé que ces laboratoires devraient fournir une notice destinée aux patients expliquant en termes simples les dangers potentiels liés à la prise de ces médicaments.
Si les experts de la FDA se sont accordés pour imposer les avertissements, aucun d’eux n’a demandé l’interdiction de ces médicaments, comme ce fut le cas dans plusieurs pays européens, dont la Grande-Bretagne, à la fin de 2003.
Des médecins ont toutefois estimé souhaitable que l’usage des antidépresseurs chez les jeunes diminue dans la mesure où non seulement ils présentent des risques mais leur efficacité est douteuse.
Selon les dernières statistiques disponibles, les médecins américains ont rédigé près de onze millions d’ordonnances pour des antidépresseurs destinés à des moins de dix-huit ans en 2002, soit 8 % du total de ces médicaments prescrits aux États-Unis.
Les femmes sont plus touchées que les hommes par les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Une étude effectuée par le Pr Sudha Seshadri, neurologue de l’École de médecine de Boston, a en effet montré que la probabilité pour les femmes de plus de 55 ans d’en avoir souffert au cours de leur vie est de 21%, contre 17% pour les hommes du même âge, a rapporté l’agence «Destination santé».
Ces conclusions remettent ainsi en cause l’idée selon laquelle les femmes seraient épargnées par les pathologies vasculaires. Cela est vrai avant la ménopause, parce qu’elles sont protégées grâce aux œstrogènes. « Ce n’est qu’à partir de 85 ans que le danger se dissipe, le risque déclinant à 9 % pour les hommes et à 16 % pour les femmes », précise Sudha Seshadri, soulignant que le risque est plus élevé chez les personnes présentant une hypertension artérielle, quel que soit l’âge. « On sait que les sujets ayant une pression supérieure ou égale à 140/90 mm Hg ont un risque d’AVC deux fois plus élevé que ceux dont la pression artérielle est normale », constate le Pr Seshadri.
Les AVC sont dus soit à la présence de bouchons dans les artères cérébrales et carotidiennes, soit à une hémorragie par rupture de l’un de ces vaisseaux. Ces maux sont souvent à l’origine de séquelles graves, comme l’hémiplégie, c’est-à-dire une paralysie d’une moitié du corps, ou l’aphasie, c’est-à-dire une difficulté ou une impossibilité de parler. Les AVC peuvent également mener à la mort : un cas sur quatre dans le mois qui suit l’accident.
RUBRIQUE RÉALISÉE PAR NADA MERHI
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