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Actualités - Opinion

Tribune Le jour où l’on a enterré la République

Le dernier amendement constitutionnel a provoqué, comme on dit dans un langage plus ordinaire, un séisme politique. Un séisme qui vient ébranler tout l’édifice sur lequel repose l’autocratie libanaise et qui, maintenant, est à visage découvert. Une dictature désormais dévoilée. Hormis un timing exceptionnel et les différentes contraintes exercées sur les députés, la forme de la révision constitutionnelle semblerait, à première vue, avoir été respectée. La façade démocratique des institutions paraît encore intacte. Mais les reconductionnistes ont oublié que l’opportunité politique qui a justifié l’amendement de l’article 49 constitue l’élément décisif pouvant dénoncer l’inconstitutionnalité d’un tel acte. Une disproportion manifeste entre la necessité d’une révision constitutionnelle et la régularité juridique de cette même révision. On évoque également, pour masquer cette sorte de coup d’État blanc à la « Gottwald », une ingérence des Nations unies dans les affaires intérieures du Liban, alors qu’en réalité, l’adoption de la résolution 1559 du Conseil de sécurité ne se serait pas produite aussi rapidement si la « syrianisation » de l’élection présidentielle n’avait été à ce point incisive. Si l’intrusion démesurée de Damas n’avait atteint ce degré d’agressivité. Les fossoyeurs de la démocratie ont procédé avec une cruauté qui n’a d’égal que la haine et le mépris qu’ils inspirent. C’est se livrer à des amalgames primaires que d’inverser la cause et son effet en justifiant une immixtion syrienne par l’internationalisation de la question libanaise. Une imprégnation de machiavélisme paradoxalement teintée d’ineptie à laquelle nous a longtemps familiarisés le discours politique officiel. Comme si le Liban n’était pas, depuis la Conférence de San Francisco, un membre fondateur de l’Organisation des nations unies. Il est dorénavant révolu le temps où l’on présageait d’interminables conspirations chaque fois que le sujet du réequilibrage des relations bilatérales syro-libanaises faisait à nouveau surface sur la scène locale. Un prétexte qui, heureusement, ne pèse plus. Pourquoi cette obstination à accuser la légalité internationale lorsqu’on sait que notre pays a tant œuvré pour que celle-ci acquière une légitimité universelle, au-delà des peuples et des civilisations ? La dénonciation récurrente du système international est un épisode coutumier par lequel nos hommes politiques tentent de faire oublier leurs propres insuffisances. Faudrait-il sans doute remplacer les hommes plutôt qu’un système qui, finalement, par le biais des résolutions du Conseil de sécurité et des initiatives de l’Assemblée générale, est maintes fois venu à la rescousse du Liban et des pays arabes, y compris la Syrie, dans le conflit qui les oppose à l’État d’Israël ? Mais qu’attendait-on de plus ? La faute est à ceux qui espéraient du mandat Lahoud autre chose qu’une militarisation du régime et un travestissement des valeurs démocratiques. La faute est à ceux qui ont pêché par excès de naïveté. C’est-à-dire ceux qui croyaient, à tort d’ailleurs, défendre le dossier de la fermeture de la MTV devant une justice captive du pouvoir politique. La faute est à ceux qui n’ont pas réagi face à la déchéance de la législature de Gabriel Murr. Une déchéance heurtant de front la volonté populaire et décidée par un Conseil constitutionnel qui n’a scandaleusement pas voulu déclarer l’infraction découlant de la non-utilisation obligatoire de l’isoloir dans les bureaux de vote. La faute est à ceux qui ont cru en un dialogue avec un régime qui ne comprend pas le langage démocratique. Ce n’est pas d’une opposition à la prorogation de la présidence dont on aurait eu besoin, mais d’un véritable sursaut républicain avec pour seul leitmotiv la résistance à l’oppression. Aucun mécanisme institutionnel ne permet de sanctionner l’irrrégularité de la procédure de révision. On aurait donc exigé une « actio popularis » pour le faire. Le grand absent de cette pseudocampagne électorale aura été, dans un tel équilibre de force, ce mouvement populaire, bousculant à la fois les formes et les moyens d’un régime qui reconnaît à peine la conception libérale du principe de vérité. Toute opinion en dehors de la vérité qu’impose le pouvoir est qualifiée d’hérésie, de propagande sioniste ou de complot avec l’étranger... L’opposition au sein d’un régime autoritaire est un leurre, comme un appât lancé par les loyalistes. Celui-ci ne peut s’en accommoder qu’en exerçant une nette distinction entre l’opposition autorisée et la dissidence réprimée. C’est ce que les adversaires d’Émile Lahoud n’ont pas compris. Ou l’ont-ils compris tard, à la fin du sexennat, en assistant, impuissants, à la mise à mort de la République. Peut-être auraient-ils mieux fait de suivre l’exemple des universités, c’est-à-dire préferer le chaos dans la rue à la tranquillité que pourrait offrir une tyrannie. À quand une révolution de velours ? Les dysfonctionnements de la société de notre temps, la duplicité et la laideur de notre chose publique ont fait du Liban un homme malade. Mais la perte d’influence de la Syrie, entamée ce dernier mois, annonce une nouvelle ère. L’irréversibilité du processus de libération dont parlait le père Sélim Abou est plus que jamais vraie. Ceux qui se hasardent à crier victoire en arborrant certains portraits sur les panneaux qui arpentent les autoroutes se trompent d’époque. Car l’heure n’est pas au tiers-mondisme, mais au changement. Amine ASSOUAD Président du bureau des étudiants de la faculté de droit à l’amicale de l’USJ
Le dernier amendement constitutionnel a provoqué, comme on dit dans un langage plus ordinaire, un séisme politique.
Un séisme qui vient ébranler tout l’édifice sur lequel repose l’autocratie libanaise et qui, maintenant, est à visage découvert. Une dictature désormais dévoilée.
Hormis un timing exceptionnel et les différentes contraintes exercées sur les députés, la forme de la révision constitutionnelle semblerait, à première vue, avoir été respectée. La façade démocratique des institutions paraît encore intacte. Mais les reconductionnistes ont oublié que l’opportunité politique qui a justifié l’amendement de l’article 49 constitue l’élément décisif pouvant dénoncer l’inconstitutionnalité d’un tel acte. Une disproportion manifeste entre la necessité d’une révision constitutionnelle et...